Les Islandais aux urnes pour des législatives anticipées

Si, comme l'anticipent les sondages, la coalition gouvernementale... (Photo Frank Augstein, AP)

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Si, comme l'anticipent les sondages, la coalition gouvernementale de droite sortante est battue, l'Islande aura connu le troisième virage politique depuis 2009, les électeurs jouant depuis l'alternance.

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Camille BAS-WOHLERT
Agence France-Presse
REYKJAVIK

Déterminés à tourner la page des « années fric », les Islandais ont commencé à voter samedi pour des législatives anticipées qui pourraient voir le parti Pirate d'inspiration libertaire et la gauche hisser leur drapeau sur le toit du Parlement.

Si, comme l'anticipent les sondages, la coalition gouvernementale de droite sortante est battue, l'Islande aura connu le troisième virage politique depuis 2009, les électeurs jouant depuis l'alternance.

La petite île volcanique isolée des confins de l'Arctique ne serait alors gouvernée par une majorité de centre-gauche que pour la seconde fois depuis la proclamation de la République en 1944, après la parenthèse sociaux-démocrates/Gauche-Verts de 2009-2013.

Les bureaux de vote ont ouvert à 9 h locales (5 h, HAE) à Reykjavik, une heure plus tard dans les campagnes. Le scrutin s'achève à 22 h.

Les résultats seront connus dans la foulée mais le mode de scrutin à un tour ne permet pas de dégager de majorité et ce n'est qu'après des tractations que se dessinera le nouveau rapport de forces politiques.

Les Pirates, donnés autour de 20 % derrière le Parti de l'indépendance (droite sortante) mais devant le mouvement Gauche-Verts, pourraient, pour la première fois, avoir les cartes en main.

Emmenée par une militante de WikiLeaks, Birgitta Jonsdottir, cette formation hétéroclite a scellé un accord préélectoral avec trois partis de l'opposition de la gauche et du centre (Gauche-Verts, sociaux-démocrates et Avenir radieux) pour former une coalition gouvernementale.

« Ces partis peuvent très bien coopérer, ils ont beaucoup de points communs. Ce sera un choix gouvernemental tout à fait viable », a justifié la populaire présidente des Gauche-Verts, Katrin Jakobsdottir, possible future première ministre.

Les Pirates ont néanmoins vu leur crédit fondre de moitié depuis la crise des Panama Papers en avril en raison de « conflits internes à répétition » entre personnes et sur le programme, relève samedi le quotidien de référence Morgunbladid.

« Des dissensions semblables ont fait imploser d'autres partis Pirates à l'étranger [...]. Les Pirates sont une étrange agrégation d'individus que réunit avant tout leur opposition à la politique traditionnelle et au système », note le journal.

Trois sondages publiés vendredi placent en tête le Parti de l'indépendance (entre 22,5 et 27 %) soutenu par une partie des milieux économiques, des patrons-pêcheurs et des eurosceptiques.

Suivent les « Piratar » (de 17,9 à 21,2 %) et le mouvement Gauche-Verts (16,2 à 16,8 %), selon les enquêtes de l'université de Reykjavik et des instituts MMR et Gallup.

Sentiment « anti-establishment »

Traditionnellement, le président islandais confie au dirigeant du parti arrivé en tête le soin de négocier une coalition mais l'allié du Parti de l'indépendance, le Parti du progrès, est en déshérence à environ 10 % des intentions de vote (contre 24,4 % des suffrages en 2013). Le chef d'État pourrait directement sonder l'alliance annoncée par les Pirates.

Pour Birgir Armannsson, député du Parti de l'Indépendance qui, avec le Parti du progrès (centre-droit) gouvernait depuis 2013, la sanction des urnes ne fait aucun doute compte tenu du « sentiment anti-establishment » prévalant en Islande.

Ce rejet des partis traditionnels trouve ses origines dans la crise financière de 2008 doublée du scandale des Panama Papers qui a emporté en avril le premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson (Parti du progrès), dont le nom figurait sur une liste de 600 Islandais titulaires d'un compte offshore.

Malgré sa démission et l'implication de plusieurs ministres dans ce scandale, le gouvernement de centre-droit s'était maintenu au prix d'un remaniement cosmétique et d'une promesse de convoquer des élections six mois avant la fin de la mandature au printemps 2017.

Si l'Islande, île de 332 000 habitants, a renoué avec la prospérité (plus de 4 % de croissance attendue cette année) grâce au tourisme et à un système financier redressé, les Islandais, surtout les plus jeunes, n'ont plus que méfiance envers leurs élites.

« Depuis la crise, l'Islande s'en est économiquement très bien sortie », remarque Olafur Hardarson, professeur de sciences politiques à l'Université d'Islande. « Mais du point de vue politique, moral et social, elle reste à la traîne » et les électeurs exigent du changement.

La tâche s'annonce ardue pour les Pirates : aucune coalition formée de plus de deux partis n'est allée au bout de son mandat, rappelle le Morgunbladid.

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