Turquie: offensive contre les médias, Erdogan rencontre l'opposition

Samedi, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait... (Photo AP)

Agrandir

Samedi, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait prévenu dans un entretien à France 24 que si «les médias soutiennent le coup d'État, qu'il s'agisse de médias audiovisuels ou autres, ils en paieront le prix».

Photo AP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Gokan GUNES, Pascale TROUILLAUD
Agence France-Presse
Istanbul

Une quarantaine de journalistes ont été les nouvelles victimes lundi des purges tous azimuts lancées en Turquie par le président Erdogan, qui a eu un long entretien avec des chefs de l'opposition sur les conséquences du coup d'État manqué du 15 juillet.

La justice a lancé des mandats d'arrêt à l'encontre de 42 journalistes, dont la célèbre Nazli Ilicak, dernier épisode d'une chasse aux sorcières déclenchée contre les partisans de Fethullah Gülen, prédicateur exilé aux États-Unis accusé par Ankara d'avoir ourdi le putsch.

Dans un rare geste d'unité, Recep Tayyip Erdogan a eu un entretien de près de trois heures lundi avec le dirigeant du parti CHP, Kemal Kiliçdaroglu. Ce dernier, qui avait juré qu'il ne mettrait jamais les pieds au palais présidentiel, en est ressorti en se déclarant satisfait de cet «entretien positif (pour la) normalisation», sur la télévision NTV.

M. Erdogan avait aussi invité le chef du Parti de l'action nationaliste (MHP, droite), Devlet Bahceli. Mais celui du HDP prokurde, Selahattin Demirtas, régulièrement qualifié de «terroriste» par le président, n'avait pas été convié.

Sur les 42 journalistes visés par des mandats d'arrêt, cinq ont été déjà arrêtés et 11 auraient quitté le pays, a assuré lundi l'agence de presse privée Dogan. La police recherchait dans la station balnéaire de Bodrum (ouest) Nazli Ilicak, figure de premier plan du monde des médias en Turquie.

Mme Ilicak avait été limogée du quotidien progouvernemental Sabah en 2013 pour avoir critiqué des ministres impliqués dans un scandale de corruption.

«C'est le dernier signe alarmant dans ce qui devient de plus en plus une purge éhontée fondée sur l'appartenance politique», a jugé Amnesty International.

Le monde des médias avait déjà été frappé par la purge avec le retrait, le 19 juillet, des licences de nombreuses chaînes de télévision et de radio.

Par ailleurs, lors d'une nouvelle descente de police lundi, 40 suspects de l'académie militaire d'Istanbul ont été arrêtés, a annoncé l'agence progouvernementale Anadolu.

Et 31 universitaires, dont des professeurs, ont été placés en garde à vue à l'issue de coups de filet dans des milieux supposés gulenistes d'Istanbul, a indiqué Dogan.

La purge s'est étendue également à la compagnie nationale Turkish Airlines. Le fleuron du transport aérien turc a annoncé le licenciement de 211 employés en raison de leurs liens allégués avec Gülen.

«Vous faites fausse route»

Après dix jours de cavale, sept soldats suspectés d'avoir fait partie du commando ayant attaqué l'hôtel de Marmaris (ouest) où se trouvait en vacances le président au début du putsch ont été mis en garde à vue. Trois d'entre eux ont été capturés lors d'un contrôle routier dans le cadre d'une vaste chasse à l'homme.

Depuis le putsch raté, plus de 13 000 personnes ont été placées en garde à vue, 5800 en détention et près de 50 000 fonctionnaires suspendus ou limogés dans le cadre de la plus vaste purge depuis l'arrivée de M. Erdogan au pouvoir en 2003.

Après le putsch raté qui a fait 270 morts, ce grand ménage suscite l'inquiétude des pays occidentaux, mais aussi de nombreux Turcs.

Dimanche, le CHP avait organisé, avec le soutien du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, un gigantesque rassemblement sur la place Taksim à Istanbul pour dire son opposition au putsch.

Lors de ce rassemblement pacifique qui a noyé l'emblématique place Taksim sous une mer de drapeaux turcs rouges, le chef du CHP a exhorté le gouvernement à respecter l'état de droit et à «punir au plus vite» ceux qui auraient lynché des soldats la nuit du coup.

Le chef d'état-major Hulusi Akar, qui avait été retenu en otage par les putschistes lors de cette dramatique nuit du 15 au 16 juillet, a assuré aux procureurs lundi que les conjurés lui avaient proposé de parler directement avec Gülen s'il se ralliait à eux.

«Je leur ai dit «vous faites fausse route (...), ne faites pas cela, ne versez pas le sang»», a expliqué Le général Akar. Ce à quoi le chef rebelle Mehmet Disli aurait répondu : «C'est le chemin que nous avons pris. C'est sans retour.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer