Tentative de coup d'État en Turquie: au moins 60 morts

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La situation était confuse, mais la tentative de prise de pouvoir par une faction militaire semblait avoir échoué, samedi matin.

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Burak AKINCI, Pascale TROUILLAUD
Agence France-Presse
ANKARA, ISTANBUL

Un groupe de putschistes de l'armée a tenté de prendre le pouvoir en Turquie, entraînant une violente riposte d'Ankara dans la nuit de vendredi à samedi avec des affrontements qui ont fait au moins 60 morts, civils et policiers, et mené à 336 arrestations.

Après que son premier ministre Binali Yildirim a assuré que tout était «largement sous contrôle», le président turc Recep Tayyip Erdogan était moins affirmatif, déclarant samedi avant l'aube qu'il «y a en Turquie un gouvernement et un président élus par le peuple» et que «si Dieu le veut, nous allons surmonter cette épreuve».

La situation dans ce grand pays de 80 millions d'habitants, membre-clé de l'OTAN, restait confuse six heures après l'annonce de la tentative de coup d'État.

Des coups de feu sporadiques étaient toujours audibles au petit matin dans plusieurs quartiers d'Ankara et d'Istanbul, après une nuit marquée par des explosions causées, selon les médias, par des bombardements aériens.

«Ceux qui sont descendus avec des chars seront capturés car ces chars ne leur appartiennent pas», a ajouté M. Erdogan. Il a félicité les Turcs pour être descendus «par millions» dans les rues pour défendre la nation, notamment sur l'emblématique place Taksim à Istanbul, noire d'opposants au putsch.

Le premier ministre Yildirim a ordonné samedi à l'armée d'abattre les avions et les hélicoptères se trouvant aux mains des militaires putschistes, a indiqué un responsable turc. «Des avions de combat ont décollé de leur base d'Eskisehir», dans l'ouest de la Turquie, pour combattre les appareils rebelles, a précisé ce responsable.

À son arrivée à l'aéroport d'Istanbul, où l'attendait une foule compacte de sympathisants, M. Erdogan a dénoncé tôt samedi «une trahison» menée depuis plusieurs heures par des soldats putschistes, qu'il a accusés d'être liés à son ennemi juré Fethullah Gülen, un imam exilé depuis des années aux États-Unis.

Le mouvement de ce dernier a condamné, dans un communiqué, «toute intervention armée» et fustigé les commentaires «irresponsables» du pouvoir turc.

«J'ignore pour l'instant le sort du chef d'état-major», qui selon les médias serait prisonnier des putschistes à Ankara à son quartier général, a indiqué M. Erdogan.

Devant la presse à l'aéroport Atatürk, le chef de l'État a affirmé que l'hôtel où il se trouvait en vacances à Marmaris, station balnéaire du sud-ouest de la Turquie, avait été bombardé après son départ.

«Retour à la normale»?

Le premier ministre Yildirim a fait état de 120 arrestations liées à la tentative de coup d'État «idiote» et «vouée à l'échec». Vers 3h, il a affirmé que la situation était «largement sous contrôle» à la télévision NTV.

Un porte-parole du service de renseignements a également évoqué un «retour à la normale».

Le Parlement, autour duquel des chars ont été déployés, a été bombardé dans la capitale Ankara, où 17 policiers ont été tués, a annoncé l'agence Anadolu.

À Istanbul des soldats ont ouvert le feu sur la foule, faisant des blessés, a constaté un photographe de l'AFP.

Des avions de chasse F-16 ont abattu un hélicoptère des putschistes, selon la télévision turque, après qu'un couvre-feu et la loi martiale ont été instaurés.

Deux heures environ après l'annonce du coup d'Etat, le président Erdogan avait prédit son échec, la voix blanche à la télévision et s'exprimant depuis un endroit non précisé, avec un portable via FaceTime.

«Prise de pouvoir totale»

La chaîne publique turque de télévision avait diffusé peu avant minuit (21H00 GMT) un communiqué émanant des «forces armées turques», faisant état de la proclamation de la loi martiale et d'un couvre-feu sur l'ensemble du territoire national.

«Nous ne permettrons pas que l'ordre public soit dégradé en Turquie (...) Un couvre-feu est imposé sur le pays jusqu'à nouvel ordre», a indiqué un communiqué signé par le «Conseil de la paix dans le pays», qui dit avoir «pris le contrôle dans le pays».

Le premier ministre a averti ceux impliqués dans cette action «illégale» qu'ils payeraient «le prix le plus élevé».

Les ponts enjambant le Bosphore entre l'Asie et l'Europe à Istanbul ont été fermés dans les deux sens.

À Istanbul, des grandes artères menant notamment à la place Taksim, dans le centre de la première métropole de Turquie, étaient bloquées par les forces de l'ordre et la présence policière était importante dans les rues.

Les télévisions ont montré des foules importantes réunies près de l'aéroport Atatürk à Istanbul, se réjouissant de la tentative de coup d'État. Mais d'autres, notamment place Taksim, protestaient en masse contre le putsch.

De nombreux habitants semblaient saisis d'inquiétude, voire de panique, et se sont précipités dans les magasins pour acheter bonbonnes d'eau et nourriture et aux distributeurs d'argent pour retirer des liquidités.

Les putschistes ont, dans un communiqué publié sur le site internet de l'état-major des armées, justifié leur «prise de pouvoir totale dans le pays» par la nécessité «d'assurer et de restaurer l'ordre constitutionnel, la démocratie, les droits de l'Homme et les libertés et laisser la loi suprême du pays prévaloir».

«Tous nos accords et engagements internationaux restent valides. Nous espérons que nos bonnes relations continueront avec les autres pays», poursuit le texte.

Le président américain Barack Obama a appelé à soutenir le gouvernement turc «démocratiquement élu», «faire preuve de retenue et éviter violence ou bain de sang».

La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a également exhorté à la «retenue» et au «respect des institutions démocratiques». Son homologue russe Sergueï Lavrov, dont le pays vient de se réconcilier avec la Turquie, a demandé d'éviter «tout affrontement meurtrier».

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a jugé «crucial de réinstaurer le pouvoir civil et l'ordre constitutionnel rapidement et pacifiquement».

En Iran voisin de la Turquie, le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a exprimé sa «grande inquiétude».

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