Un Brexit à double tranchant pour les villes frontalières d'Irlande

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La grande préoccupation du moment est la chute de la livre sterling, qui affecte déjà la population et pourrait rendre les affaires difficiles, si elle persiste.

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Douglas DALBY
Agence France-Presse
DUNDALK

À Dundalk et Newry, villes situées de part et d'autre de la frontière entre l'Irlande et la région britannique d'Irlande du Nord, seule démarcation terrestre entre le Royaume-Uni et l'UE, tout le monde se demande à quoi la vie va ressembler après le Brexit.

«Vous imaginez le bazar si nous étions tous en train de faire la queue derrière un poste douanier?» s'exclame Paddy Malone, expert comptable à Dundalk, côté sud.

Outre le fret important qui traverse chaque jour par la route la frontière, longue de 500 km, Malone estime que 4500 personnes de la région de Dundalk et Newry, dans le Nord, passent chaque jour la ligne de démarcation pour se rendre à leur travail.

L'inquiétude d'un retour aux contrôles douaniers, abolis en 1993, est déjà dans tous les esprits, même s'il faudra attendre la sortie effective du Royaume-Uni pour voir le changement, et cela prendra des années.

La grande préoccupation du moment est la chute de la livre sterling, qui affecte déjà la population et pourrait rendre les affaires difficiles, si elle persiste.

La livre était à 1,20 euro lundi matin, au plus bas depuis deux ans.

Les commerçants de la région, des garages aux petits magasins, acceptent les paiements dans les deux devises et affichent le taux de change chaque jour.

Mais sitôt connu le résultat du référendum vendredi, les propriétaires de la bijouterie Diamonds Jewellers à Dundalk ont enlevé les panneaux annonçant un taux de change de 1,30 euro pour une livre, ne voulant pas effrayer les acheteurs en livres.

«Ca ne vaut plus ça,» explique Jenny Browne, 36 ans, vendeuse du magasin, qui n'est pas prête à réafficher un taux, s'attendant à une grande volatilité. «Ce serait plus facile si nous étions plus éloignés de la frontière», estime-t-elle, redoutant une ruée des Irlandais du Sud vers le Nord si la livre reste faible.

Contrebande

Ciara Travers, 37 ans, fait son magasinage à Dundalk: «Nous essayons de soutenir le commerce de la ville en faisant notre magasinage ici et en gardant l'argent dans le Sud. Mais ça pourrait changer si le Nord devient vraiment meilleur marché», dit-elle.

Pour Paul McDonagh, 37 ans, en fonction de l'évolution du taux de change, on pourrait aussi assister au retour de la contrebande à grande échelle qui apporta la prospérité dans la région, avant l'abolition de la frontière.

Mais il est surtout préoccupé par la possibilité de la fin des fonds de l'UE pour des projets transfrontaliers destinés à ancrer le processus de paix dans le Nord.

Le territoire est dirigé par un fragile gouvernement de coalition né de l'«Accord du Vendredi saint» conclu en 1998 pour mettre fin au conflit entre partisans de l'union avec le Royaume-Uni et nationalistes aspirant à l'union avec l'Irlande, qui a fait 3500 morts entre 1969 et 1998.

À dix minutes en voiture, à Newry, de l'autre côté de la frontière, Jamie McAteer, étudiant de 18 ans, qui travaille à temps partiel dans un magasin de meuble, s'inquiète. Un affaiblissement de la livre attirerait plus de clients, mais il a voté pour rester dans l'UE et dit que lui et ses amis songent à demander un passeport irlandais.

«Je voulais étudier en Espagne, mais je ne sais plus si je pourrai être candidat à un Erasmus si nous ne sommes plus citoyens de l'UE», s'inquiète-t-il.

Les achats ont grimpé dans ce magasin haut de gamme depuis la dépréciation de la livre. Mais sans toutefois que se forment les files d'attente d'il y a deux ans, lorsque la livre était arrivée à parité avec l'euro. A cette époque, Dundalk était quasiment devenue une ville-fantôme, et tout le monde se ruait vers le Nord.

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