Le monde s'organise après le choc du Brexit

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Maureen COFFLARD
Agence France-Presse
Londres

Après la décision des Britanniques de quitter l'Union européenne (UE), qui a coûté son poste au premier ministre David Cameron et laissé un pays divisé et des marchés mondiaux groggy, les dirigeants européens tentaient de préparer une transition la moins douloureuse possible.

Selon les résultats définitifs du référendum de jeudi sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l'UE, 51,9 % des électeurs ont voté pour le Brexit. La participation a été forte (72,2 %).

Prises à contre-pied par ce vote qu'elles n'avaient pas anticipé, les places boursières mondiales ont terminé la séance en déroute vendredi, à l'exception notable de Londres, qui tirait son épingle du jeu du fait de la présence de nombreuses multinationales qui, pour certaines, ont peu d'activité en Europe.

La chute de la livre britannique a cependant obligé la Banque d'Angleterre à se dire prête à débloquer 250 milliards de livres (326 milliards d'euros).

L'agence Moody's a abaissé de stable à négative la perspective de la note du Royaume-Uni, signifiant qu'elle pourrait dégrader cette note dans un avenir proche.

Le vote laisse un pays divisé, avec Londres, l'Écosse et l'Irlande du Nord qui voulaient rester, tandis que le nord de l'Angleterre ou le Pays de Galles ont largement voté pour le Out. Une pétition signée par plus de 350 000 personnes appelait à un nouveau référendum tandis qu'une autre, signée par 90 000 personnes, réclamait l'indépendance de Londres et son maintien dans l'UE.

Le premier ministre conservateur David Cameron a annoncé sa démission quelques heures après la publication des résultats. «Les Britanniques ont pris une décision claire (...) le pays a besoin d'un nouveau leader pour prendre cette direction», a-t-il déclaré, très ému.

M. Cameron a précisé qu'il resterait en poste jusqu'à l'automne et la désignation d'un nouveau leader par son parti. Il a ajouté qu'il laisserait à son successeur le soin de mener la négociation avec l'UE sur le processus de sortie de son pays.

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a jugé «scandaleux» que M. Cameron ait choisi de ne démissionner qu'en octobre. «Tout un continent est pris en otage» par cette décision, a-t-il déclaré à la chaîne ARD.

«Pourquoi devrais-je faire le sale boulot?», titrait en Une samedi le tabloïd The Sun à côté d'une photo d'un David Cameron à la mine frustrée. Le Daily Telegraph, conservateur et pro-Brexit, annonçait en Une «la naissance d'une nouvelle Grande-Bretagne», alors que l'Independent titrait: «Bienvenue sur l'île de Boris» en référence à l'ancien maire de Londres Boris Johnson, qui a fait campagne pour le Brexit.

«Incline-toi, Grande-Bretagne!», appelait de ses voeux le Daily Mail, saluant «le jour où les masses silencieuses de Grande-Bretagne se sont élevées contre la classe politique arrogante et inaccessible».

«Coup porté à l'Europe»

Entré dans le club européen en 1973, mais voulant surtout y voir un marché unique et non un projet politique, le Royaume-Uni est le premier pays à le quitter en 60 ans de construction européenne.

«C'est le côté émotionnel qui l'a emporté», a estimé Iain Begg, de la London School of Economics.

Face au spectre d'une décomposition de l'UE déjà affaiblie par la crise des réfugiés et la persistance de la crise économique, dirigeants et responsables européens se sont mobilisés après avoir accusé le coup.

«Le vote des Britanniques met gravement l'Europe à l'épreuve», a déclaré le président français François Hollande, ajoutant: «L'Europe ne peut plus faire comme avant».

Le chef du gouvernement italien Matteo Renzi a renchéri en estimant essentiel de «rénover» la «maison Europe».

La chancelière allemande Angela Merkel a regretté «un coup porté à l'Europe» et au «processus d'unification européenne».

Alors que les mouvements populistes prospèrent à travers l'Europe, le Brexit pourrait provoquer une réaction en chaîne. Déjà, la chef de l'extrême droite française Marine Le Pen (FN) et le député d'extrême droite néerlandais Geert Wilders ont appelé à des référendums dans leurs pays.

En visite en Écosse, le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine, Donald Trump, a salué une nouvelle «fantastique».

Pour le président russe Vladimir Poutine, «l'attitude présomptueuse et superficielle» du gouvernement britannique est à l'origine du Brexit.

Le président Barack Obama a, lui, assuré que Londres et l'UE resteraient des «partenaires indispensables» des États-Unis.

Pour l'OTAN et l'ONU aussi, le Royaume-Uni demeurera respectivement «un allié fort et engagé» et «un important partenaire».

Les chefs de la diplomatie des six pays fondateurs de l'Union doivent se réunir dès samedi à Berlin. Mme Merkel a invité lundi à Berlin MM. Hollande, Tusk et Renzi, avant un sommet à Bruxelles, mardi et mercredi.

«L'Allemagne va continuer à jouer un rôle central, voire même encore plus important au sein de l'Union européenne», a déclaré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, au quotidien allemand Bild.

Paris et Berlin présenteront aux autres pays européens des «solutions concrètes» pour rendre l'UE «plus efficace», «sans entrer dans de grandes constructions», a dit à l'AFP le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault.

Une sortie «sans précipitation»

Londres va à présent entrer dans un long tunnel de négociations avec l'UE sur les conditions de sortie, qui pourraient durer jusqu'à deux ans. D'ici là, le Royaume-Uni restera lié par les accords existants.

Les dirigeants des institutions de l'UE ont pressé le pays de lancer «dès que possible» cette procédure en se disant «prêts», le FMI insistant pour une transition «en douceur» et M. Obama pour une sortie «sans heurts».

Nationalement, la démission de M. Cameron ouvre la question de sa succession. Le chef de file conservateur de la campagne pro-Brexit Boris Johnson, ancien maire de Londres, semblerait un choix logique. Mais celui qui a été hué et injurié par une foule de partisans de l'UE devant chez lui vendredi pourrait se révéler trop clivant pour rassembler un parti et un pays divisés.

Il a estimé que la sortie de l'UE devait se faire «sans précipitation».

Le leader du parti europhobe Ukip, Nigel Farage, autre grand gagnant du référendum, a, lui, immédiatement appelé à la formation d'un gouvernement pro-Brexit.

Le premier ministre écossais, Nicola Sturgeon, a quant à elle remis «sur la table» la possibilité d'un second référendum d'indépendance de l'Écosse. Elle doit présider une réunion d'urgence de son gouvernement autonome samedi matin.

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