La torture plus acceptée en France depuis les attentats de 2015

Des personnes se recueillent devant un mémorial en... (PHOTO MIGUEL MEDINA, ACRHIVES AFP)

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Des personnes se recueillent devant un mémorial en l'honneur des victimes du Bataclan, près de la salle de concert parisienne, le 15 novembre.

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Thibauld MALTERRE
Agence France-Presse
PARIS

Serait-ce une conséquence des attentats djihadistes de 2015 en France ? La possibilité de la torture est acceptée par plus d'un Français sur deux, selon un sondage d'une association de lutte contre la torture.

« On se doutait qu'il y avait une acceptation de plus en plus grande de la torture, dans le contexte de la montée du terrorisme, mais on ne se rendait pas compte que l'évolution était aussi dramatique », a commenté pour l'AFP le délégué général de l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT), Jean-Etienne de Linares.

Ainsi, selon le rapport annuel de l'ACAT sur le phénomène tortionnaire dans le monde, 54 % des Français interrogés considèrent comme justifié qu'un policier envoie des décharges électriques sur une personne soupçonnée d'avoir posé une bombe prête à exploser pour la faire parler. Ils n'étaient que 34 % en 2000 (sondage CSA pour Amnistie internationale).

Pour 36 % des personnes interrogées, on peut accepter « dans certains cas » le recours à des actes de torture, une hausse de 11 points par rapport à 2000. Et 18 % d'entre elles se sentiraient capables de pratiquer la torture dans des cas exceptionnels.

« Par rapport à l'interdit absolu de torturer, les digues cèdent les unes après les autres : acceptabilité plus grande dans l'opinion, discours guerrier, complaisance à l'égard d'États pratiquant la torture comme le Maroc... De renoncement en renoncement, un terreau se met en place et qui sait ce qu'il se passera s'il y a un, cinq, dix attentats de plus », a déploré M. de Linares.

Cette évolution d'une partie de l'opinion publique française, vue comme une « tolérance croissante à l'égard de la pratique de la torture d'État », va de pair avec une méconnaissance du phénomène tortionnaire, selon l'ACAT.

« Les Français ne se rendent pas compte qu'un État sur deux est un État tortionnaire qui utilise au quotidien ces méthodes pour opprimer ses opposants et faire avouer des suspects de droit commun », souligne Jean-Etienne de Linares.

« Faire taire »

Le rapport 2016 présente une analyse détaillée de neuf pays : Allemagne, Congo-Brazzaville (le régime de Denis Sassou-Nguesso, au pouvoir depuis 32 ans, « s'appuie en partie sur la persistance du recours à la torture comme moyen pour museler toute velléité d'opposition »), Nigeria, Chine, Ouzbékistan (« un des États les plus répressifs au monde », où « dans un contexte d'impunité totale, la torture est devenue une méthode d'enquête ordinaire »), Uruguay, Mexique (« le nombre de plaintes pour torture a augmenté de 600 % en dix ans »), Tunisie et Koweït.

En Tunisie, si l'usage de la torture est « moins systématique qu'avant la révolution » qui a renversé le régime de Zine El Abidine Ben Ali en 2011, elle continue d'être « fréquemment employée » selon l'ACAT, notamment contre les jeunes présentant un profil salafiste et suspectés d'appartenir à des groupes terroristes ou des délinquants de droit commun.

« Si la torture est une pratique quotidienne dans beaucoup de pays, c'est d'abord parce que des policiers mal formés et mal payés l'utilisent comme une méthode d'enquête », afin d'obtenir des aveux et de « faire du chiffre », notent les auteurs du rapport.

La torture ne permet pas selon l'ACAT d'obtenir des informations fiables, mais elle est très utile pour les régimes autoritaires qui souhaitent terroriser leurs opposants : « Faire taire et non pas faire parler. Une redoutable efficacité dès lors qu'il ne s'agit pas d'obtenir des renseignements, mais d'écraser toute velléité de révolte ».

L'ACAT a aussi observé le développement au cours de la dernière décennie d'un nouveau phénomène : la torture infligée à des migrants par des groupes criminels à des fins de rançons, principalement dans le Sinaï et en Libye (visant Érythréens, Éthiopiens et Soudanais notamment), mais aussi au Mexique, ciblant des migrants d'Amérique latine.

Dans les « maisons de torture qui ont poussé comme des champignons » dans le désert du Sinaï, au Soudan, en Libye, au Yémen, des milliers de migrants « sont torturés devant un téléphone relié à leur famille (...) par des bourreaux sans scrupules qui espèrent en retirer des sommes faramineuses ».

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