France: nouveau front et pas d'issue en vue dans la crise sociale

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Des usagers se dirigent vers l'un des quelques trains en circulation à la gare Saint-Lazare, à Paris, le 1er juin.

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Bertrand PINON
Agence France-Presse
PARIS

Grève illimitée des cheminots, menaces d'extension à d'autres transports : un nouveau front s'est ouvert dans la crise sociale en France, sans perspective d'issue rapide au conflit malgré l'imminence de l'Euro-2016 de football (soccer) à partir du 10 juin.

Le trafic ferroviaire était fortement perturbé mercredi matin, avec seulement trois à quatre trains régionaux sur dix et 60 % des TGV en circulation, selon la Société nationale des chemins de fer (SNCF).

En banlieue parisienne, le scénario était le même partout pour les voyageurs tentant de rejoindre leur travail : gros retards pour les rares trains annoncés, qui roulaient bondés. «C'est la galère aujourd'hui, plus que pour les autres journées de grève», résumait Christine, hôtesse d'accueil patientant sur un quai de la gare d'Ormesson, à l'est de Paris.

Les liaisons internationales étaient relativement épargnées, avec un trafic normal programmé des trains pour le Royaume-Uni (Eurostar) et l'Allemagne, et 75 % maintenus à destination de la Suisse (Lyria) ou du Benelux (Thalys).

La SNCF a toutefois averti d'une circulation réduite trois à quatre trains sur dix vers l'Italie et l'Espagne.

«Cette semaine va être la semaine la plus forte de mobilisation depuis trois mois maintenant», a affirmé mardi soir Philippe Martinez, numéro un du syndicat contestataire CGT (Confédération générale du travail), en pointe depuis mars de la fronde contre une réforme du droit du travail.

La grève engagée par les cheminots est la huitième en trois mois, mais la première à durée illimitée.

Le conflit à la SNCF porte avant tout sur des revendications liées au temps de travail. Mais la CGT, majoritaire dans l'entreprise publique, y a adjoint celle du «retrait» de la loi travail défendue pied à pied par le gouvernement socialiste.

Ce dernier, soucieux d'apaiser le foyer, a fait pression sur la direction de la SNCF pour faire aboutir les négociations internes. Sans succès jusqu'ici.

Guerre d'usure

L'exécutif refuse de céder sur la réforme du droit du travail et semble prêt à une guerre d'usure. «Reculer serait une faute politique», a estimé mardi le premier ministre Manuel Valls. Le président François Hollande a réaffirmé que le projet «ne sera pas retiré».

À la tête de l'opposition de droite, son prédécesseur Nicolas Sarkozy, a dénoncé «la pagaille» régnant en France et «la faiblesse, la lâcheté, la perte totale d'autorité» de l'exécutif, dans une interview à l'hebdomadaire Valeurs actuelles à paraître jeudi.

«Le gouvernement a fait preuve de faiblesse face à la rue. Ce que l'on voit aujourd'hui, c'est la chienlit (pagaille, désordre, NDLR)», a déclaré M. Sarkozy.

Pour le pouvoir, plombé par une impopularité record, la réforme du droit du travail doit permettre de déverrouiller le marché de l'emploi et mieux lutter contre un chômage avoisinant 10 %, notamment en privilégiant les accords d'entreprise.

Mais ses détracteurs estiment qu'elle va accroître la précarité des salariés. Exigeant son retrait, ils ont multiplié depuis mars les manifestations, émaillées de violence et ont programmé une nouvelle journée de manifestations le 14 juin.

À neuf jours de l'Euro-2016, qui va drainer vers la France des milliers de partisans, d'autres grèves sont prévues, notamment dans les transports parisiens à partir de jeudi. Selon la direction, les perturbations devraient toutefois être très limitées.

D'autres actions perdurent dans les raffineries ou émergent dans d'autres secteurs comme le ramassage des déchets ou les aéroports.

Dans le transport aérien, la menace perdure d'une grève de trois jours à partir de vendredi des aiguilleurs du ciel. Chez Air France, le SNPL (Syndicat national des pilotes de ligne), syndicat de pilotes majoritaire, a aussi voté le principe d'une grève dure en juin contre des mesures de productivité.

Le climat de tension a été attisé ces derniers jours par une sortie polémique de Pierre Gattaz, président du MEDEF (Mouvement des entreprises de France), principale organisation patronale, qui a comparé les militants de la CGT à des «terroristes».

Le numéro un du syndicat réformiste CFDT (Confédération française démocratique du travail) Laurent Berger, qui soutient la réforme gouvernementale, a renvoyé mercredi les deux camps dos à dos, fustigeant une «coalition de ceux qui préfèrent le statu quo».

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