Turquie: une vaste opération anti-PKK fait 63 morts

Une femme passe devant un bâtiment portant les... (PHOTO MURAD SEZER, ARCHIVES REUTERS)

Agrandir

Une femme passe devant un bâtiment portant les traces d'une précédente opération des forces turques contre des militants du PKK, à Diyarbakir, le 7 décembre.

PHOTO MURAD SEZER, ARCHIVES REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Mahmut BOZARSLAN, Gokan GUNES
Agence France-Presse
DIYARBAKIR, ISTANBUL

Le gouvernement turc a lancé une vaste opération contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui a fait au moins 62 morts dans les rangs de la rébellion kurde et un soldat tué en quatre jours, selon l'armée.

Soixante-deux «terroristes» ont été «neutralisés», 56 dans le district de Cizre et six autres dans celui de Silopi, situés tous deux dans la province de Sirnak (sud-est), entre mardi et jeudi, a indiqué l'état-major turc dans un communiqué publié sur son site vendredi.

Le soldat turc a été tué vendredi à Cizre, a ajouté l'armée, précisant qu'une opération militaro-policière d'une ampleur inédite lancée en début de semaine était toujours en cours.

Environ 10 000 militaires et policiers et de nombreux chars ont été déployés à Cizre et Silopi, selon les médias, pour déloger de jeunes partisans du PKK qui ont transformé des quartiers entiers en zone de guerre en érigeant des barricades et en creusant des tranchées.

Après plus de deux ans de cessez-le-feu, des combats meurtriers ont repris l'été dernier entre les forces de l'ordre turques et le PKK, faisant voler en éclats les pourparlers de paix engagés fin 2012 pour tenter de mettre un terme à un conflit qui a déjà fait plus de 40 000 morts depuis 1984.

Mais aux traditionnelles embuscades en zones rurales et montagneuses, les rebelles kurdes privilégient cette fois les combats dans les centres urbains dans l'espoir de susciter des soulèvements, une stratégie peu payante jusqu'à présent et qui met en danger les habitants.

La méthode des autorités turques consiste à décréter un strict couvre-feu avant d'envoyer policiers et soldats.

Un responsable gouvernemental turc a affirmé à l'AFP que les rebelles du PKK avaient affuté leurs compétences en matière de guérilla urbaine en combattant l'organisation État islamique (EI) à Kobané, dans le nord de la Syrie.

«Ils ont beaucoup appris grâce à DAECH (acronyme arabe de l'EI)», a-t-il soutenu.

«Vous allez disparaître»

Sur la lancée de la victoire de son parti aux élections législatives du 1er novembre, le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan a réaffirmé sa volonté «d'éradiquer» le PKK.

«Vous allez disparaître dans ces mêmes tranchées que vous avez creusées», a lancé jeudi le chef de l'État lors d'un discours à Konya (sud), «cette lutte se poursuivra jusqu'à ce qu'un environnement de paix soit établi».

Ces opérations, ainsi que les déclarations martiales des dirigeants turcs, ont suscité l'indignation de nombreux opposants politiques, notamment dans les rangs du Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde).

«Ils parlent d'une "grande opération de nettoyage". (...) La seule chose que vous pouvez nettoyer sur ces terres ce sont les égouts, rien d'autre!», s'est exclamé Selahattin Demirtas, coprésident du HDP, lors d'une conférence de presse à Diyarbakir vendredi.

«Ce que fait le gouvernement ne repose sur aucune base légale», a dénoncé cet avocat de formation. «Nous n'avons rien volé, nous n'avons pas envahi la terre de quelqu'un d'autre, nous n'avons brûlé le village de personne. Nous voulons vivre sur ces terres comme des gens respectables», a-t-il poursuivi.

Environ 500 manifestants qui souhaitaient se rendre dans le district de Sur à Diyarbakir, actuellement sous couvre-feu, ont été violemment dispersés par la police vendredi à l'aide de grenades lacrymogènes et de canons à eau, a constaté un journaliste de l'AFP.

Lors d'une brève suspension de ce couvre-feu la semaine dernière, un journaliste de l'AFP a pu constater des scènes de dévastation - ruines fumantes, façades d'habitations calcinées, rues éventrées -, résultat des affrontements des jours précédents.

Le responsable gouvernemental a affirmé à l'AFP que le processus de paix ne pourrait reprendre qu'une fois que le PKK aurait déposé les armes.

«Nous devons voir des résultats concrets. Il ne doit plus rester un seul élément armé en Turquie», a-t-il insisté.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer