En Suède, les migrants vivent dans la peur des pyromanes

Sur la photo, un pompier combat l'incendie d'un... (PHOTO ADAM IHSE, ARCHIVES AFP / TT NEWS AGENCY)

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Sur la photo, un pompier combat l'incendie d'un centre d'hébergement pour demandeurs d'asile aux abords de Munkedal, le 20 octobre dernier. Au moins 25 de ces centres ont été réduits en cendre ou endommagés cette année en Suède.

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Crise migratoire

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Crise migratoire

L'Europe fait face à une crise migratoire sans précédent, alors que depuis 2015 des centaines de milliers de personnes ont tenté de traverser la Méditerranée pour trouver refuge dans l'«Eldorado européen», plusieurs y laissant leur vie. Un nombre de réfugiés poussé à la hausse notamment par la guerre syrienne et l'établissement du «califat» de l'EI à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Sören BILLING, Gaël BRANCHEREAU
Agence France-Presse
Stockholm, Lund

«J'ai vu le feu, je suis sorti en courant»: un rien bravache, Dawit, Éthiopien de 13 ans réfugié en Suède, s'exprime sans émotion apparente, mais l'incendie volontaire de son foyer a entaillé son espoir de vivre un jour en sécurité.

Au moins 25 centres d'hébergement pour demandeurs d'asile ont été réduits en cendre ou endommagés cette année par des brasiers allumés le plus souvent au cours de la nuit, quand dorment leurs pensionnaires.

Certains comme à Örebro ont été caillassés, d'autres vandalisés. À Malung, une croix de deux mètres de hauteur a été dressée et enflammée aux abords d'une pension, rappelant un funeste rituel du Ku Klux Klan, l'organisation suprémaciste américaine.

Le premier ministre social-démocrate Stefan Löfven a promis «un juste châtiment pour les lâches» dont les agissements entachent le sentiment de «fierté nationale» des Suédois.

Les attentats se concentrent au sud d'une ligne traversant la capitale Stockholm, dans les régions d'immigration où l'extrême droite est la mieux implantée.

C'est justement dans la ville universitaire de Lund, citadelle libérale au coeur d'un territoire conservateur, que vit Dawit, nom d'emprunt de cet adolescent dont les traits le vieillissent de plusieurs années.

«On a eu très peur», finit par admettre le jeune garçon sous les lambris de la pièce commune du foyer avant de sortir fumer une cigarette dans la lumière déclinante de l'automne.

Le 26 octobre, il était dans sa chambre quand l'incendie s'est déclaré. Les autres résidents, comme lui des mineurs non accompagnés, étaient à l'école pour y apprendre les rudiments de la langue et de la culture de leur patrie d'adoption.

Le départ de flammes a été rapidement maîtrisé mais la violence de l'acte les a sidérés. Impensable, à leurs yeux, que l'on s'en prenne à des enfants de l'exil dans ce pays réputé pour ses valeurs de tolérance et d'ouverture.

«Ils étaient sans doute un peu naïfs», confie à l'AFP Fernando Cruz, le responsable de la structure.

Rhétorique inflammatoire 

Les agressions se multiplient contre les migrants à mesure que leur nombre croît dans le royaume scandinave, État le plus généreux de l'Union européenne rapporté à sa population. Jusqu'à 190 000 réfugiés y sont attendus cette année, 170 000 l'an prochain.

Deux jours après l'incendie du foyer de Lund, un homme était arrêté alors qu'il s'apprêtait à pénétrer de nuit dans un centre de Vänersborg (sud-ouest) avec le projet de «poignarder des étrangers».

Une semaine auparavant, un jeune sympathisant d'extrême droite armé d'un sabre avait semé la terreur dans une école d'une ville voisine, Trollhättan, tuant un enseignant et un élève d'origine étrangère.

Si les attaques de foyer de réfugiés n'ont pas fait de blessé grave, le traumatisme est palpable parmi les migrants réchappés de la guerre et des persécutions politiques, religieuses ou ethniques.

«Dans les jours qui ont suivi l'incendie (du foyer de Lund), ils ont redoublé de vigilance, ils regardaient par la fenêtre, ils avaient du mal à trouver le sommeil», témoigne M. Cruz.

Comparant l'arrivée massive de réfugiés à une «invasion», le parti d'extrême droite des Démocrates de Suède (SD) et les groupuscules racistes qui pullulent sur la Toile sont accusés d'attiser la haine.

Mais le chef de SD, Jimmie Ãkesson, a publiquement condamné les appels à la violence. Et si le caractère criminel de la majorité des incendies ne fait aucun doute, leur mobile raciste n'a pas, sauf exception, été établi avec certitude.

Les enquêteurs s'efforcent de rassembler les pièces de ce puzzle morbide pour savoir s'il est l'oeuvre d'un individu ou d'un groupe constitué. Sans résultat jusqu'ici.

Mona Sahlin, coordinatrice nationale de la lutte contre les extrémismes violents, fustige une rhétorique «inflammatoire» qui prolifère dans le débat public et sur les réseaux sociaux.

«L'extrême droite se sert de la situation des réfugiés pour affermir ses arguments. C'était la même chose il y a 20 ans», déplore-t-elle dans un entretien avec l'AFP.

En 1992, 52 attaques avaient visé des centres pour les réfugiés des Balkans.

Au foyer de Lund, la vie a repris son cours. Une société de gardiennage effectue des rondes. Des riverains ont recouvert le bois brûlé de petits papiers en forme de coeur. Sur l'un d'eux, on peut lire: «Vous êtes les bienvenus ! J'espère que vous vous sentez en sécurité maintenant».

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