Vingt ans après Srebrenica: marcher pour ne pas oublier

Brandissant des drapeaux blancs frappés de fleurs de... (PHOTO ANTONIO BRONIC, REUTERS)

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Brandissant des drapeaux blancs frappés de fleurs de lys, comme celui de la Bosnie du temps de la guerre intercommunautaire de 1992-95, les marcheurs vont traverser forêts et collines pour arriver à Srebrenica vendredi, à la veille du 20e anniversaire du massacre dans lequel environ 8000 hommes et adolescents ont été tués par les forces serbes bosniennes.

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Rusmir SMAJILHODZIC, Calin NEACSU
Agence France-Presse
NEZUK

Des milliers de personnes ont entamé mercredi une «marche pour la paix» sur un trajet long d'une centaine de kilomètres qui fut emprunté en juillet 1995, dans le sens inverse, par quelque 15 000 musulmans de Srebrenica fuyant les forces serbes de Bosnie.

Brandissant des drapeaux blancs frappés de fleurs de lys, comme celui de la Bosnie du temps de la guerre intercommunautaire de 1992-95, les marcheurs vont traverser forêts et collines pour arriver à Srebrenica vendredi, à la veille du 20e anniversaire du massacre dans lequel environ 8000 hommes et adolescents ont été tués par les forces serbes bosniennes.

Cheveux grisonnants, la quarantaine sportive, Nedzad Mujic, est venu des États-Unis où il a émigré deux ans après la fin de cette guerre qui a fait 100 000 morts.

«Je participe chaque année à cette marche pour que ce que nous avons vécu ne soit pas oublié. Aucun survivant ne doit oublier ce qu'il a vécu ici. Le monde entier ne devrait pas oublier qu'un génocide a été perpétré ici», dit d'une voix posée cet homme vêtu d'un t-shirt blanc portant l'inscription «J'ai survécu».

La justice internationale a reconnu qu'un génocide a été commis à Srebrenica.

Le 10 juillet, la veille de la chute de la région de Srebrenica, alors zone protégée de l'ONU, dans les mains des forces serbes, Nedzad se sépare du reste de sa famille.

«Le moment le plus dur a été celui où j'ai vu pour la dernière fois mon père, mon frère, d'autres membres de la famille. C'était un adieu. Je ne les ai plus revus.», dit cet ancien militaire.

«Mon frère a lui aussi choisi de s'enfuir par la forêt, mais nous nous sommes séparés lorsqu'on nous a tiré dessus. Mon père avait cherché refuge auprès des Casques bleus néerlandais, à Potocari, près de Srebrenica, mais il a été fait prisonnier», poursuit-il. Leurs restes ont été retrouvés après la guerre dans des fosses communes et ont été enterrés en 2006 au centre mémorial de Srebrenica.

«Le moment le plus dur a été celui où j'ai vu pour la dernière fois mon père, mon frère, d'autres membres de la famille. C'était un adieu. Je ne les ai plus revus.»

Nedzad Mujic
un «survivant» de Srebrenica

«Chassés comme des lapins»

Nedzad et ses camarades - ainsi que des milliers d'autres marcheurs qui entendaient montrer leur sympathie pour les victimes et les survivants du massacre -, se sont rassemblés avant leur départ en haut d'une colline dans le village de Nezuk.

C'est dans cette localité du nord-est de la Bosnie que les premiers 4000 musulmans bosniens fuyants Srebrenica, sont arrivés, après un périple qui a duré sept jours pour les plus chanceux, plus d'un mois pour d'autres.

Sur les 15 000 hommes ayant fui Srebrenica, environ 7000 ont réussi à sauver leurs vies.

«Je suis arrivé ici à Nezuk au bout de sept jours», raconte Nedzad.

«Ce fut l'horreur. Des morts, du sang partout. Je voyais des voisins, des amis, des membres de la famille, mais on ne pouvait les aider. Tout le monde avait lutté pour sa propre vie. Certains laissaient même leurs enfants derrière eux», dit Nedzad, luttant pour retenir ses larmes lorsqu'il se souvient des camarades blessés qui avaient été abandonnés dans cette marche désespérée pour la survie.

«On a été obligés d'abandonner les blessés parce que c'était un combat pour sa propre vie», murmure-t-il.

Son camarade, Suad Pasalic, qui vit aujourd'hui aux Pays-Bas, se souvient qy'ils ont été «chassés comme des lapins». Haut de taille, la voix tremblante, cet homme de 53 ans, raconte comment son groupe est tombé à plusieurs reprises dans des embuscades tendues par les forces serbes.

Une fois passé en territoire sous contrôle des forces musulmanes, «dans un premier temps j'ai été heureux, mais ensuite malheureux, en attendant en vain l'arrivée de mes cousins, de mes voisins, de mes amis. Mais 80 % d'entre eux ne sont jamais venus».

La marche du 20e anniversaire sera «physiquement facile, mais psychiquement très, très difficile», soupire-t-il.

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