Poursuivi pour corruption, le PM roumain refuse de démissionner

Le premier ministre roumain Victor Ponta.... (PHOTO VADIM GHIRDA, ARCHIVES AP)

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Le premier ministre roumain Victor Ponta.

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Isabelle LE PAGE
Agence France-Presse
BUCAREST

Le premier ministre social-démocrate roumain Victor Ponta, poursuivi pour corruption, a rejeté vendredi l'appel à la démission du chef de l'État conservateur Klaus Iohannis, qui a mis en garde contre une «crise politique» dans le pays, l'un des plus pauvres de l'Union européenne.

L'annonce, en matinée par le parquet, du lancement de poursuites pénales contre le chef du gouvernement, met la Roumanie dans «une situation impossible», a déclaré M. Iohannis après s'être entretenu avec M. Ponta, son rival politique, au palais présidentiel de Cotroceni.

C'est la première fois qu'un premier ministre roumain en exercice fait l'objet de poursuites judiciaires.

«Le pire qui pourrait arriver est une crise politique», a-t-il mis en garde lors d'une courte déclaration, engageant M. Ponta à tirer les conséquences en démissionnant.

Dans une réaction publiée sur son compte Facebook, M. Ponta a rejeté cette option, assurant que «seul le Parlement peut (le) démettre». «Je respecte la position publique du président, mais j'ai été nommé dans cette fonction par le Parlement», où la coalition de gauche menée par son parti social-démocrate dispose d'une large majorité.

«Le respect des principes constitutionnels est essentiel pour notre société et en aucun cas je ne peux accepter qu'un procureur soit au-dessus du Parlement, du gouvernement et des citoyens», a-t-il ajouté dans son message, affirmant que si cela était le cas il s'agirait d'une «dictature», 25 ans après la chute du régime communiste.

Grand défenseur de l'indépendance de la justice, M. Iohannis, premier président issu de la minorité allemande de Roumanie, avait infligé une cinglante défaite à Victor Ponta, pourtant parti grand favori à l'élection présidentielle de novembre.

La balle est désormais dans le camp du Parlement, qui doit se réunir vendredi en fin d'après-midi. «Nous attendons la réponse officielle du Parlement», a déclaré la chef du Parquet anticorruption (DNA) Laura Kovesi, interrogée par des journalistes devant le siège de l'institution.

«Évasion fiscale, blanchiment, conflit d'intérêts»

Le DNA, dont le travail de lutte contre la corruption est régulièrement salué par la Commission européenne, a demandé vendredi le lancement d'une procédure pénale contre M. Ponta soupçonné notamment de complicité d'évasion fiscale et conflit d'intérêts.

Les procureurs ont saisi la chambre des députés pour «formuler les demandes de poursuites pénales contre Ponta Victor-Viorel», qui est également député et bénéficie d'une immunité parlementaire, a annoncé le parquet dans un communiqué.

Le chef du gouvernement est soupçonné de «faux en écriture (...) de complicité d'évasion fiscale de façon continue» et de blanchiment d'argent du temps où il était avocat entre 2007 et 2011.

Les procureurs l'accusent d'avoir reçu l'équivalent de 55 000 euros (plus de 77 000 $) de la part d'un proche, Dan Sova, à l'époque avocat, avec lequel il aurait signé un contrat de collaboration.

Par ailleurs, il est accusé de «conflit d'intérêts» dans l'exercice de ses fonctions de premier ministre pour avoir nommé M. Sova ministre à deux reprises, notamment des Transports (mars à juin 2014). Ce dernier, actuellement député, a également été entendu par les procureurs juste après le premier ministre.

Le DNA a demandé à plusieurs reprises la levée de l'immunité de M. Sova, soupçonné d'abus de pouvoir dans trois dossiers, mais le Parlement a voté contre.

Le lancement de poursuites contre Ponta marque un sommet dans l'offensive du redouté du DNA, qui a fait tomber ces derniers mois plusieurs personnalités très influentes soupçonnées de corruption et venant de bords politiques divers.

Le ministre des Finances Darius Valcov avait notamment démissionné en mars après le lancement de poursuites par le parquet. L'ancienne candidate à l'élection présidentielle, une proche de l'ancien chef de l'État conservateur Traian Basescu, Elena Udrea, avait elle aussi été placée en détention provisoire sur des soupçons de blanchiment et trafic d'influence.

Responsables politiques, mais aussi un juge de la Cour constitutionnelle ou encore la chef du parquet antimafia (DIICOT), Alina Bica, sont tombés également dans les filets du DNA ces derniers mois.

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