Russie: les pertes militaires en temps de paix désormais secret d'État

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Le président russe Vladimir Poutine

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Agence France-Presse
MOSCOU

Le président russe Vladimir Poutine a signé jeudi un décret classant comme secret d'État les pertes de l'armée dans des «opérations spéciales» en temps de paix, tandis que le Kremlin continue de démentir toute ingérence militaire en Ukraine.

Ce décret, publié sur le site internet du gouvernement, ajoute à la liste des secrets d'État les «informations relatives à la perte de personnel (...) en temps de paix dans des opérations spéciales». Les pertes militaires en temps de guerre étaient déjà gardées secrètes.

Si les informations sont transmises à un pays étranger, la divulgation de secrets d'État est punie en Russie d'une peine pouvant aller jusqu'à quatre ans de prison.

«La raison pour laquelle les pertes ne doivent pas être rendues publiques est le Donbass», cette région de l'est de l'Ukraine où les séparatistes prorusses combattent depuis plus d'un an les forces de Kiev, estime l'expert militaire Pavel Felgenhauer.

Ce décret est signé à un moment où les mouvements de troupes semblent s'être multipliés à la frontière russo-ukrainienne. Un photographe de l'AFP a vu de nombreux véhicules militaires être chargés ces derniers jours sur des trains dans la région de Rostov-sur-le-Don, à 20 kilomètres de l'Ukraine.

Le décret s'inscrit dans le cadre du perfectionnement de la législation russe concernant les secrets d'État et «n'est pas lié à l'Ukraine», a affirmé pour sa part le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, cité par l'agence publique de presse RIA-Novosti.

Par ailleurs, M. Poutine «n'a pas d'intention» d'autoriser des opérations spéciales en Ukraine, a-t-il ajouté, interrogé par des journalistes.

Kiev et les Occidentaux accusent la Russie d'aider militairement les séparatistes de l'est de l'Ukraine et d'y avoir déployé des troupes régulières, ce que Moscou dément catégoriquement, ne reconnaissant que la présence de «volontaires», donc de personnes parties prendre les armes de leur propre initiative.

«Nous considérons ceci comme un effort déplacé pour dissimuler ce que tout le monde sait, à savoir que du personnel militaire russe en service actif combat et meurt en Ukraine orientale et que le gouvernement russe le dément», a à cet égard réagi Jeffrey Rathke, porte-parole du Département d'État américain, selon lequel il s'agit aussi d'«un coup (porté) à la liberté de la presse».

Selon M. Felgenhauer, ce décret vise à «emprisonner ou à effrayer» ceux qui souhaiteraient révéler des informations sur les pertes présumées subies par l'armée russe en Ukraine. «Je n'ai jamais vu une définition juridique du concept d'opération spéciale», explique-t-il. «Cela signifie que tout peut être désigné comme tel».

«Laissons les soldats mourir et leurs proches rester silencieux. Ceux qui ne sont pas d'accord, on les met au trou pour espionnage», a pour sa part ironisé sur son blogue l'opposant Alexeï Navalny.

Ce décret est une «violation impensable de la liberté d'expression» et «crée une situation dans laquelle toute enquête journalistique devient illégale», s'est également indignée l'opposante et journaliste Ksenia Sobtchak.

La presse russe et internationale, ainsi que les militants opposés au Kremlin, ont fait état à plusieurs reprises d'enterrements secrets en Russie de militaires russes qui seraient morts en Ukraine. Plusieurs interviews d'anciens soldats et de leurs familles ont été publiées dans les médias, et des informations sur leur présence en Ukraine ont été collectées par le biais des réseaux sociaux.

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