Une grande séduction à la française

Le type de médecine de campagne auquel les... (PHOTO THIERRY ZOCCOLAN, ARCHIVES AFP)

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Le type de médecine de campagne auquel les Français ont été habitués pendant plusieurs générations, est aujourd'hui en voie d'extinction. Les nouveaux médecins sont de moins en moins enclins à s'installer en zone rurale et leur préfèrent des grandes villes ou le sud de la France.

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(DOMATS, France) C'est une petite ville à une centaine de kilomètres de Paris. Pour y arriver, il faut enfiler quelques kilomètres sur un plateau, à travers les champs. Neuf cents personnes vivent à Domats, un petit village qui a son charme, mais semble l'ignorer.

Domats, avec son église, sa mairie, son petit marché, son bar-marchand-de-journaux-restaurant est un village qui, comme de nombreux villages français, a perdu son médecin en 2011, mort sans que l'on puisse lui trouver un remplaçant.

«Trouver un médecin, c'était mission impossible», résume Dominique Bretteville, élu municipal.

Désert

En France, la médecine est une profession libérale. Les diplômés des universités de médecine - strictement contingentées - peuvent s'installer en cabinet ou travailler comme salariés, en hôpital notamment.

Pendant longtemps, les médecins se disputaient la clientèle. Ainsi, les petites communes de France, même les moins attrayantes, trouvaient toujours un généraliste pour s'installer sur leur territoire.

Mais ce type de médecine de campagne, auquel les Français ont été habitués pendant plusieurs générations, est aujourd'hui en voie d'extinction. Les nouveaux médecins sont de moins en moins enclins à s'installer en zone rurale et leur préfèrent des grandes villes ou le sud de la France, selon les chiffres cités par la ville de Domats.

«Les jeunes médecins, la culture du sacerdoce, tout ça, c'est fini», croit Dominique Bretteville.

En 2011, à Domats, perdre son médecin revenait un peu à sonner l'arrêt de mort de la petite communauté. Impossible, sans médecin, d'attirer des jeunes familles ou de garder des personnes vieillissantes.

En 2013, la petite municipalité s'est donc lancée dans une mission tout à fait nouvelle: créer son propre centre de santé, pour attirer des médecins en leur proposant des postes salariés. Le tout, en promettant aux contribuables que l'aventure, qu'elle marche ou échoue, ne leur coûterait pas un centime.

Ainsi sont arrivés le Dr Philippe Gibert, la Dre Françoise Ottenwaelter, suivis d'un troisième médecin à temps partiel.

«Dès que j'ai entendu parler d'un emploi salarié, j'ai sauté sur l'occasion», dit Françoise Ottenwaelter, médecin qui avait son propre cabinet à Sens, tout près de Domats, mais qui n'a jamais pu trouver de remplaçant à son associée une fois celle-ci partie à la retraite. En fin de carrière, elle goûte pour la première fois au plaisir, dit-elle, des congés payés.

Séduction

L'appui au projet, dans cette communauté tissée serré - au restaurant du village la patronne peut appeler affectueusement le Dr Gibert «le moineau», en raison tant de son physique d'adolescent que de son appétit jugé trop petit - a été certain: la mairie a récolté près de 80 000 euros de dons des résidants.

Sans aucune expertise, les élus municipaux se sont donc lancés dans l'élaboration d'un plan d'affaires, misant sur deux médecins à temps plein, rémunérés 6000 euros par mois chacun, pour un nombre de patients compris entre 800 ou 1200 par médecin.

«C'est sûr qu'on devait leur proposer un bon salaire, ils ne viendront pas pour les beaux yeux de la commune», explique Jean Héduit, maire adjoint de Domats et directeur du centre de santé.

Centre de la santé

Le centre de santé a été installé tout près de la mairie, dans un bâtiment préfabriqué qui fut un temps utilisé pour l'école primaire. Quelques personnes patientent dans la salle. Le fonctionnement a de quoi faire rêver les Montréalais orphelins de médecins de famille habitués à patienter de longues heures aux urgences.

Ici, des rendez-vous d'une vingtaine de minutes en moyenne sont donnés tous les jours entre 9h et 18h, et les médecins font même de la visite à domicile dans un périmètre de 25 km à la ronde. Malgré tout, certains patients râlent s'ils ne trouvent pas de rendez-vous le jour même, explique une secrétaire chargée de l'accueil.

Mais la formule connaît son succès: 1836 personnes ont choisi leur médecin au centre de santé.

«Bon, il y a des patients qui font la tournée des médecins et qui repartent, mais nous avons une bonne base», estime M. Bretteville. L'État verse en effet une subvention annuelle au médecin de famille pour chaque patient qui s'attache à lui.

Pour le centre de santé, c'est une rentrée financière essentielle. Près de deux ans après l'ouverture de son centre de santé, Domats a presque atteint son objectif: l'équilibre budgétaire.

«La structure est rentable. On peut même avoir un pédopsychiatre vacataire [non permanent. C'était inespéré», assure M. Bretteville.

Le Dr Philippe Gibert a travaillé au début de sa carrière en cabinet. Il a commencé sur les chapeaux de roues puisque l'un de ses confrères s'est pendu peu avant son arrivée. «Le taux de suicide chez les médecins est trois fois plus élevé. Beaucoup de «burnouts «sont liés à l'implication des toubibs. On n'arrive plus à fournir la charge de travail», explique-t-il. Les charges financières qu'il devait payer chaque mois pour son cabinet représentaient également un grand fardeau. Aujourd'hui, il ne regrette pas une seule seconde de s'être joint au centre de santé de Domats. «Depuis 20 ans, il n'y a plus de relève [dans les zones rurales]. Honnêtement, je ne vois que cette solution pour ramener les médecins généralistes plus près des patients», croit-il.

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