Un proche de Merkel soupçonné dans le scandale d'espionnage

Thomas de Maizière, qui était à l'époque ministre à... (PHOTO ODD ANDERSEN, AFP)

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Thomas de Maizière, qui était à l'époque ministre à la chancellerie, chargé de superviser les renseignements allemands, a démenti toute faute au cours d'une audition à huis clos mercredi devant un organe de contrôle parlementaire.

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Daniel ARONSSOHN
Agence France-Presse
BERLIN

L'affaire d'espionnage de responsables européens par les services secrets allemands pour le compte de Washington inquiétait un peu plus la chancelière Angela Merkel mercredi avec des attaques visant l'un de ses proches, le ministre de l'Intérieur Thomas de Maizière.

L'opposition affirme que ce poids lourd du gouvernement a fermé les yeux sur l'espionnage présumé d'entreprises et responsables européens par l'agence américaine de renseignements NSA, soupçonnée d'avoir abusé de sa coopération avec les services allemands (BND) à partir de 2005.

M. de Maizière, qui était à l'époque ministre à la chancellerie, chargé de superviser les renseignements allemands, a démenti toute faute au cours d'une audition à huis clos mercredi devant un organe de contrôle parlementaire (PKGr).

D'après des révélations de presse, à l'origine du scandale il y a une dizaine de jours, la NSA a fourni au BND des listes d'adresses courriel et de numéros de téléphone portable à espionner. Sous couvert de lutte contre le terrorisme, les Américains auraient ainsi profité d'une aide de leurs homologues allemands -volontaire ou non, cela reste à éclaircir- pour surveiller des dirigeants du groupe aéronautique Airbus et de hauts responsables européens, notamment français et autrichiens.

«En tant que ministre à la chancellerie en 2008, je n'ai rien su (de listes) visant à pratiquer un espionnage économique en Allemagne», a affirmé de Maizière, à la sortie de son audition, ajoutant : «il ne reste rien des accusations contre moi».

Mais le député de Gauche radicale (Die Linke, opposition) André Hahn, chef du PKGr, chargé de contrôler les services secrets pour le Bundestag (chambre basse du parlement), s'est dit «insatisfait» des réponses du ministre.

«Les Américains ont violé l'accord» de coopération entre le BND et la NSA, conclu en 2002, dans la foulée des attentats du 11 Septembre, et «sous le mandat de M. de Maizière (à la chancellerie) rien n'a été tenté pour éclaircir ou faire cesser» ces abus, a estimé Hans- Christian Ströbele, un autre membre du PKGr et député des Verts, l'autre composante d'une opposition ultra-minoritaire face au gouvernement de grande coalition SPD (sociaux-démocrates)-CDU/CSU (conservateurs).

«Espionnage entre amis»

L'affaire est particulièrement embarrassante pour Mme Merkel qui avait endossé le rôle de victime en 2013 au moment des révélations de l'Américain Edward Snowden, ancien consultant de la NSA, sur l'écoute d'un téléphone portable de la chancelière par les Américains. «L'espionnage entre amis, cela ne va pas du tout», avait-elle alors déclaré.

Ces révélations avaient créé un froid entre Washington et Berlin et entraîné la création d'une commission d'enquête parlementaire sur les pratiques de la NSA.

Désormais, les Allemands sont sur le banc des accusés.

Le groupe Airbus a porté plainte contre X pour espionnage, en Allemagne, et a «demandé des informations» à Berlin. L'Autriche a porté plainte contre X auprès du parquet de Vienne et réclamé «des éclaircissements complets».

Plus conciliante, la France a déclaré faire «confiance au gouvernement allemand pour prendre toutes les décisions nécessaires».

L'affaire a provoqué une crise au sein de la coalition au pouvoir à Berlin, le vice-chancelier social-démocrate Sigmar Gabriel ayant semblé mettre en cause lundi le rôle de la chancelière conservatrice.

M. Gabriel a affirmé que, dans ses échanges avec la chancelière, celle-ci avait récusé tout espionnage économique par le BND pour le compte de la NSA. «Je n'ai aucun doute que la chancelière a répondu correctement à mes questions», a-t-il dit, ajoutant cependant : «si tel n'était pas le cas, si le BND avait réellement participé à de l'espionnage économique (...) cela hypothèquerait gravement la confiance (...) dans la conduite de l'État».

La presse allemande y a vu une charge violente contre Mme Merkel. Près des deux tiers des Allemands (62%) jugent d'ailleurs que la crédibilité de Mme Merkel, pourtant leur personnalité politique préférée, est «menacée» dans ce dossier, selon un sondage INSA pour le tabloïd Bild.

Attaque contre Merkel 

M. Gabriel envisagerait de se présenter contre Mme Merkel dans deux ans pour tenter de l'empêcher d'enchaîner un quatrième mandat de chancelière.

Les deux responsables s'opposaient aussi mercredi sur l'opportunité de rendre publics les listages de requêtes de la NSA, Sigmar Gabriel s'y montrant favorable comme l'opposition, contrairement à Angela Merkel, apparemment soucieuse de ne pas heurter l'allié américain.

Mais d'après plusieurs analystes, la crise ne menace pas la survie de la coalition.

La chancelière, qui a admis «des manques» au sein du BND, a assuré qu'elle était prête à s'exprimer devant la commission d'enquête. «Je m'exprimerai où ce sera nécessaire», a-t-elle déclaré mercredi sur une radio régionale allemande.

Un autre proche de Mme Merkel, l'actuel ministre à la chancellerie Peter Altmeier, devait aussi être entendu mercredi par le PKGr.

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