Jean-Marie Le Pen «suspendu» du Front national

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S'il reste populaire auprès des militants historiques du FN, Jean-Marie Le Pen ne peut plus compter sur un large soutien en interne.

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Guillaume DAUDIN
Agence France-Presse
Paris

Le leader historique de l'extrême droite française, Jean-Marie Le Pen, a été suspendu lundi du Front national (FN) après de nouveaux dérapages sur la Shoah et l'immigration entravant la politique de conquête du pouvoir de sa fille Marine, qui lui a succédé à la tête de ce parti.

Cette mise à l'écart a été annoncée par le mouvement à l'issue d'un bureau exécutif, sa plus haute instance, convoqué pour sanctionner ces nouvelles sorties de M. Le Pen le mois dernier.

Une «Assemblée générale extraordinaire» du parti sera également «organisée dans un délai de trois mois» pour modifier ses statuts et supprimer notamment la «présidence d'honneur» qu'il occupait.

Dans des déclarations à l'AFP, le vieux tribun -il est âgé de 86 ans - a dénoncé «une félonie» de la part de sa fille et promis tous les recours possibles, assurant que les adhérents du parti «allaient être indignés» de la décision.

«C'est une félonie. J'ai exprimé le souhait que Marine Le Pen me rende mon nom», a-t-il dit.

Un peu plus tôt dans la journée, Jean-Marie Le Pen avait «refusé» de se présenter devant le bureau exécutif et exclu de se retirer ou de se taire, malgré les pressions de sa fille.

Pugnace, il avait affirmé qu'il «faudrait le tuer» pour le museler, avant d'ironiser sur la théorie freudienne selon laquelle un enfant doit «tuer le père» pour affirmer son identité.

Jean-Marie Le Pen est en conflit ouvert avec la stratégie de «dédiabolisation» du FN engagée par Marine Le Pen depuis que celle-ci a pris les rênes du parti en 2011 avec l'objectif revendiqué de l'amener aux portes du pouvoir.

Il l'avait défiée le 2 avril en réitérant des propos sur les chambres à gaz, «détail» de l'Histoire selon lui, qui lui ont valu par le passé d'être condamné par la justice.

Quelques jours plus tard, il avait enfoncé le clou en critiquant la démocratie et en appelant à «sauver l'Europe boréale et le monde blanc» dans un entretien avec un journal antisémite.

Il y avait également pris la défense du maréchal Pétain, chef de l'État français pendant l'Occupation et artisan de la collaboration avec l'Allemagne nazie.

Marine Le Pen s'évertue depuis 2011 à tourner la page des compromissions du Front national avec les mouvements néonazis et antirépublicains, tout en conservant une ligne nationaliste et anti-immigrés.

Lâché en interne  

Cette stratégie, couplée à une abstention grandissante en France, a permis au FN d'engranger depuis trois ans une série de succès électoraux : deux députés aux élections législatives en 2012, 11 villes gagnées aux municipales, une première place aux européennes et deux sièges de sénateurs en 2014.

Aux scrutins départementaux en mars, le parti a conforté son ancrage local en obtenant 62 élus, contre un seul sortant.

Mais le nouveau visage du FN n'a pas l'heur de plaire à Jean-Marie Le Pen qui, dans une nouvelle provocation vendredi, a encore contesté l'autorité de sa fille cadette, en s'imposant à Paris sur une estrade où elle devait prendre la parole.

Levant les bras en signe de victoire, il s'est fait acclamer par les militants du parti, réunis pour leur défilé annuel, avant de s'en aller sans écouter le discours de sa fille.

«Jean-Marie Le Pen ne doit plus pouvoir s'exprimer au nom du Front national, ses propos sont contraires à la ligne fixée», avait déclaré dimanche Marine Le Pen, qualifiant d'«inadmissibles» ses derniers actes.

Avant que ne tombe le couperet de sa suspension, le bureau politique du FN avait pris ses distances lundi avec Jean-Marie Le Pen, affirmant que ses «commentaires ou prises de position» ne pouvaient «en aucun cas engager le Front National, sa présidence ou ses instances délibérantes».

S'il reste populaire auprès des militants historiques du FN, Jean-Marie Le Pen ne peut plus compter sur un large soutien en interne. Dans un sondage publié mi-avril, 67% des sympathisants du FN se disaient favorables à son départ et 74% d'entre eux jugeaient que sa présence médiatique était un handicap pour le parti.

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