La Suède coupe ses liens militaires avec l'Arabie Saoudite

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Margot Wallström, chef de la diplomatie suédoise, revendique par ailleurs une «politique étrangère féministe», tout en évitant d'évoquer directement la condition des Saoudiennes.

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Hugues HONORÉ
Agence France-Presse
STOCKHOLM

Le gouvernement de gauche en Suède a fait primer ses principes en mettant fin, au nom des droits de l'homme, à sa coopération militaire avec l'Arabie saoudite, un partenaire stratégique des Occidentaux au Moyen-Orient.

Stockholm a annoncé mardi soir qu'il ne renouvellerait pas cet accord signé en 2005, qui avait permis à l'époque au suédois Saab de vendre des radars.

Il est difficile d'imaginer que la Suède soit suivie par d'autres partenaires occidentaux de l'Arabie saoudite, qui est vue comme un régime fiable dans une région troublée.

Riyad a fait part de son mécontentement en rappelant son ambassadeur à Stockholm, a indiqué le gouvernement suédois mercredi.

En Arabie saoudite, on voyait la décision suédoise plus comme un reflet des «divisions au sein de la coalition gouvernementale suédoise que des relations internationales», a dit à l'AFP Saud al-Sarhan, du King Faisal Center for Research and Islamic Studies.

Le premier ministre suédois Stefan Löfven, en visite en Ukraine, n'a donné aucune explication. «C'est une question grave qui doit être traitée avec sérieux», a-t-il dit aux médias suédois à Kiev.

Son ministre de la Défense, Peter Hultqvist, a estimé que mettre un terme à cet accord s'imposait, «en partie parce qu'il ne génère pas d'activité, en partie parce qu'il n'y a pas de soutien» au sein de la coalition gouvernementale.

«Fière d'être claire sur la démocratie et les droits de l'homme», a tweeté sa collègue aux Affaires étrangères, Margot Wallström, tard mardi soir.

«Ce n'est pas surprenant en vérité après un débat aussi passionné. Ce qui m'avait surpris c'est la signature de cet accord il y a dix ans, quand l'Arabie saoudite passait plus ou moins pour un pays normal», explique à l'AFP Thord Janson, chercheur en science politique de l'Université de Göteborg.

La coalition entre sociaux-démocrates et Verts, arrivée au pouvoir en octobre, s'est lancée dans une diplomatie audacieuse qui tranche avec la prudence de son prédécesseur de centre droit, focalisé sur une bonne entente avec ses partenaires d'Europe de l'Ouest, Grande-Bretagne et Allemagne en tête.

Très vite, la Suède a reconnu l'État palestinien. La décision a irrité Israël, qui avait rappelé son ambassadeur à Stockholm durant un mois.

«Politique étrangère féministe»

Mme Wallström revendique par ailleurs une «politique étrangère féministe», tout en évitant d'évoquer directement la condition des Saoudiennes.

En revanche, elle a agacé Riyad en dénonçant les «méthodes moyenâgeuses» de la justice saoudienne contre le blogueur Raif Badaoui, flagellé pour «insulte à l'islam», au point que lundi les Saoudiens ont obtenu qu'elle ne prononce pas un discours prévu devant la Ligue arabe au Caire.

«C'est très dur pour les Suédois d'accepter que les citoyens saoudiens cautionnent ce système politique et judiciaire: les mains coupées aux voleurs, les femmes condamnées pour infidélité, les flagellations...», remarque Thord Janson.

«Donc le gouvernement ne veut pas avoir de lien militaire avec un tel pays. C'est une logique qui est interne à la Suède», selon lui.

La question pour la Suède est de «devenir une puissance morale», a écrit le penseur libéral Fredrik Segerfeldt.

Cette ambition avait été illustrée par la politique étrangère du plus prestigieux des premiers ministres sociaux-démocrates suédois, Olof Palme, qui dans les années 1970 et 1980 avait adopté une ligne dure contre l'Afrique du Sud de l'apartheid, l'Espagne de Franco ou le Chili de Pinochet. Stockholm garde depuis une image d'allié de l'OLP en Palestine.

Mais le pays prend le risque de perdre des contrats, selon son patronat et une bonne partie de l'opposition de centre droit.

«La politique diplomatique n'est pas qu'une question étrangère. Le facteur le plus important est l'intérêt national. La Suède a besoin de son industrie. (...) Renoncer à cet accord de coopération a un prix», a souligné le quotidien de droite Svenska Dagbladet dans son éditorial.

Selon le cabinet londonien IHS Janes, l'Arabie saoudite a dépassé l'Inde pour devenir en 2014 le premier importateur mondial d'équipements militaires. Elle est la troisième acheteuse d'armes suédoises hors pays occidentaux.

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