Affaire Litvinenko: la responsabilité de Moscou au coeur des débats

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Alexandre Litvinenko a succombé à un empoisonnement au polonium, une substance radioactive.

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Dario THUBURN
Agence France-Presse
Londres

L'éventuelle implication de Moscou dans l'empoisonnement au polonium du transfuge Alexandre Litvinenko est au coeur de l'enquête publique ouverte mardi à Londres pour tenter d'élucider le meurtre de cet ancien agent secret russe.

La mort il y a plus de huit ans à Londres d'Alexandre Litvinenko, transfuge des services de renseignements russes collaborant avec le MI6 britannique, est digne d'un roman d'espionnage.

Le 1er novembre 2006, l'ex-espion du FSB, 43 ans, a rendez-vous avec deux ex-agents russes dans un grand hôtel londonien. Il s'agit d'Andreï Lougovoï, aujourd'hui député, et de l'homme d'affaires Dmitri Kovtoun, avec lesquels il prend un thé.

Le soir même, il commence à se sentir mal avant de succomber trois semaines plus tard d'un empoisonnement au polonium-210, une substance radioactive extrêmement toxique et quasiment indétectable, devenant ainsi la première victime connue d'un «assassinat radioactif».

Dans une lettre poignante et pleine de rage rédigée sur son lit de mort, Litvinenko accuse le président Vladimir Poutine d'avoir commandité son meurtre, une accusation que le Kremlin a toujours niée.

«Vous pouvez réussir à faire taire un homme, mais le grondement des protestations du monde entier retentira dans vos oreilles pendant le reste de votre vie, M. Poutine», a-t-il dicté aux policiers venus prendre sa déposition.

Mardi, la lecture de ces extraits a donné le ton de cette enquête publique, procédure qui permet d'examiner à huis clos des documents sensibles. Elle prend le relais de l'enquête judiciaire, bloquée par l'impossibilité d'examiner l'éventuelle responsabilité de Moscou.

La Russie a aussi refusé d'extrader Dimitri Kovtun et Andreï Lougovoï. «Toute cette affaire est une farce», a déclaré ce dernier mardi à l'agence russe Tass. Le député a précisé qu'il n'avait pas prévu d'assister à ces auditions, que ce soit en personne ou à distance via un lien vidéo.

Dès l'ouverture de l'enquête, le magistrat instructeur Robert Owen, avait pourtant affirmé que l'implication de l'État russe serait «d'une importance centrale dans (son) investigation». Il avait aussi déclaré «valider» la thèse basée sur des documents du gouvernement britannique «établissant au premier examen la responsabilité de l'État russe dans la mort» de l'opposant.

Mardi, Robin Tam, un conseiller juridique du magistrat instructeur, a révélé que Litvinenko avait probablement été la cible «non pas d'un, mais de deux empoisonnements». Selon lui, la première tentative s'était déroulée lors d'une rencontre avec les deux mêmes protagonistes, dans les locaux d'une entreprise de sécurité où des traces de polonium ont été relevées.

Kovtun et le «cuisinier»

Toujours selon M. Tam, Dimitri Kovtun aurait confié à un ami qu'il était en possession d'un poison extrêmement cher et qu'il cherchait «un cuisinier pour l'administrer à Litvinenko. Cet «ami» doit venir témoigner à Londres.

Citant une source proche de l'enquête, le Daily Telegraph a affirmé samedi que l'agence de sécurité américaine (NSA) avait intercepté des communications entre les personnes soupçonnées d'être impliquées dans l'empoisonnement de M. Litvinenko et leur chef à Moscou, peu de temps après le décès.

Le journal avance que l'existence de ces communications constitue «une preuve centrale» qu'il s'agit d'une exécution fomentée par Moscou.

Toutefois la théorie selon laquelle Moscou aurait été derrière la mort de Litvinenko, devenu un citoyen britannique, n'est pas la seule qui circule, son travail consistant à enquêter sur le crime organisé, y compris dans d'autres pays européens comme l'Italie ou l'Espagne.

La plupart des audiences de l'enquête publique se dérouleront au cours des deux prochains mois à huis clos pour permettre le témoignage de membres des services secrets et l'examen de documents confidentiels.

«L'important est que les preuves rassemblées par la police vont être présentées et que tout le monde pourra les voir», a estimé la veuve d'Alexandre Litvinenko, Marina, dans un entretien avec l'AFP.

«C'est la dernière chose que je peux faire pour lui (...). Je dois défendre son nom et sa mémoire, a-t-elle souligné. Pour moi, c'est vraiment important d'avoir enfin une explication officielle à la mort de Sasha».

Quelle que soit l'issue de l'enquête publique -qui sert à établir des faits sans pour autant prononcer de condamnations-, la veuve de Litvinenko dit cependant avoir peu d'espoir d'un changement d'attitude de Moscou.

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