Le mouvement islamophobe face à un ressac

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Depuis octobre dernier, tous les lundis, les partisans du groupe dénoncent l'immigration musulmane en Allemagne, son poids démographique grandissant, et disent vouloir défendre l'héritage judéo-chrétien du pays.

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Depuis le mois d'octobre, le mouvement islamophobe PEGIDA manifeste tous les lundis en Allemagne, et gagne de nouveaux membres au fil des semaines. Ce lundi, cependant, la vague s'est heurté à un mur d'opposition.

Les cartes postales de la ville de Cologne arborent toutes la même image: la cathédrale médiévale, éclairée en soirée. Lundi, les 20 000 touristes qui visitent quotidiennement la grande église catholique ont eu une surprise: le prévôt a fermé les lumières.

Pourquoi ce jour-là? Le groupe PEGIDA, ou «Patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident», avait convoqué une manifestation à deux pas de la célèbre cathédrale ainsi que dans plusieurs autres villes du pays.

Depuis octobre dernier, tous les lundis, les partisans du groupe dénoncent l'immigration musulmane en Allemagne, son poids démographique grandissant, et disent vouloir défendre l'héritage judéo-chrétien du pays.

Au début, de petits groupes d'extrême droite se présentaient pour manifester, mais leur nombre n'a cessé de croître au cours des derniers mois. Lundi, 18 000 pro-PEGIDA ont manifesté à Dresde, dans l'ancienne Allemagne de l'Est. Les musulmans forment 0,4% de la population de la ville, alors que dans le pays, ils représentent 5% de la population.

Le boomerang

À Cologne, les autorités catholiques affirment avoir voulu envoyer un message à ceux qui pourraient être attirés par le discours de PEGIDA en éteignant les lumières les plus célèbres de la ville. «Nous ne voyons pas ça comme une protestation, mais nous aimerions faire réfléchir certains chrétiens conservateurs [qui soutiennent PEGIDA]», a dit le prévôt.

Malgré l'avertissement, un groupe de 200 manifestants s'est présenté sur la place principale de la ville. Ils ont eu une deuxième surprise: 10 000 contre-manifestants, venus défendre la tolérance et la diversité, étaient postés.

«J'ai manifesté parce que je ne veux pas que cette vague raciste grossisse. Beaucoup d'Allemands mélangent le groupe État islamique et tous les musulmans», a dit Yeliz Demi, jointe par La Presse.

Née en Allemagne de parents turcs, cette enseignante au secondaire a bondi lorsqu'elle a vu certains de ses collègues grossir les rangs de PEGIDA. «En tant qu'enfant de migrants, je passe ma vie à me justifier», déplore-t-elle. De récentes études démontrent qu'un Allemand sur deux a des réticences par rapport à l'islam.

Lundi, Yeliz Demi a eu chaud au coeur en voyant des Allemands de souche tout comme des immigrants de diverses origines noyer la vaguelette PEGIDA à Cologne. Le même scénario s'est reproduit à Berlin, à Hambourg et dans plusieurs villes du pays.

Hier, dans le journal Bild, une horde de vedettes culturelles et politiques ont aussi dénoncé les actions du groupe islamophobe. Le 1er janvier, c'est la chancelière allemande qui a plaidé contre PEGIDA et son programme d'intolérance, lors de son discours de début d'année. «Ne les suivez pas! Car ils ont trop souvent des préjugés, de la froideur, voire de la haine au coeur», a dit Mme Merkel lors de son allocution traditionnelle.

Derniers touchés

Barbara Thériault, directrice du Centre canadien d'études allemandes et européennes, note que le mouvement PEGIDA s'apparente à plusieurs autres mouvements d'extrême droite déjà présents dans le reste de l'Europe. «On voit des mouvements semblables en France, en Hollande et ailleurs en Europe. En Allemagne, on fait très attention à l'extrême droite depuis la Seconde Guerre mondiale», indique la sociologue. Elle note que les idées d'extrême droite s'expriment peu dans la sphère politique, mais que cette fois, elles ont trouvé leur chemin jusque dans la rue. «Le côté positif, c'est que ça va ouvrir un débat dans le pays.»

Frédéric Mérand, directeur du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CÉRIUM), croit que pour comprendre la colère exprimée, il faut peut-être s'intéresser à l'économie allemande. «Je ne suis pas de ceux qui pensent que l'Allemagne va bien. Les revenus d'une partie de la population stagnent, voire reculent, et c'est encore plus vrai en Allemagne de l'Est, où est né ce mouvement.»

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