Le pape François redonne du poids au Vatican sur la scène mondiale

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Le pape François a célébré son 78e anniversaire de naissance mercredi sur la place Saint-Pierre.

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Jean-Louis DE LA VAISSIERE
La Presse Canadienne
Cité du Vatican

Le nouveau succès obtenu par le pape François dans la réconciliation américano-cubaine est le dernier en date d'un pape mondialement populaire, qui sait user de ce prestige pour renforcer le poids du Vatican sur la scène mondiale.

Le premier pape latino-américain de l'histoire suivait de près le dossier cubain depuis son élection en mars 2013, après les voyages à la Havane de ses deux prédécesseurs Jean Paul II (en 1998) et Benoît XVI (en 2012).

Tous deux avaient choisi le pragmatisme en ne refusant jamais le dialogue avec le régime communiste. Le présent succès de la diplomatie vaticane est le fruit d'une longue médiation du Saint-Siège et de l'Eglise cubaine dans le récent processus de démocratisation sur l'île.

Le Vatican a confirmé que Jorge Bergoglio avait adressé deux lettres aux présidents américain Barack Obama et cubain Raul Castro, puis que la secrétairerie d'État avait reçu des délégations des deux pays en octobre pour une mission de bons offices.

Ce succès de François, salué par Barack Obama, permet à la diplomatie vaticane de retrouver la visibilité qu'elle avait avec Jean Paul II, au moment de la chute du Rideau de fer.

Secrète et silencieuse, celle-ci n'a pourtant jamais cessé d'oeuvrer, le réseau diplomatique des nonces étant un des plus étendus du monde. Mais avec le pape théologien Benoît XVI, plus en retrait, moins médiatique, et avec des prises de parole moins fortes, cette diplomatie avait quelque peu perdu de sa vigueur.

Le style de la diplomatie de François est assez différent de celui de Jean Paul II, pape polonais très ouvertement politique et en première ligne dans la chute du communisme en Europe de l'Est.

Moment provocateur

Le pape argentin affirme qu'il n'est pas un politique mais un pasteur. Il a souvent expliqué qu'il entend poser des gestes et lancer des appels au dialogue, à la paix et à la négociation, mais ne veut pas s'immiscer dans la résolution des conflits, qui n'est pas, insiste-t-il, de son ressort.

Il avait fait en mai le geste spectaculaire de prier devant le mur de séparation entre Israël et les territoires palestiniens: un moment provocateur visant à faire évoluer les esprits.

Dans l'avion qui le ramenait de Jérusalem, il avait expliqué qu'il allait certes recevoir pour une prière au Vatican les présidents israélien Shimon Peres et palestinien Mahmoud Abbas, mais ne ferait nullement avec eux de suggestions pour la paix.

Une autre initiative marquante, la première de son pontificat, avait consisté en 2013 en un appel aux membres du G20 pour éviter toute intervention extérieure dans le conflit syrien.

A cette époque, les États-Unis et la France envisageaient des frappes aériennes contre le régime du président Bachar al-Assad, en raison de l'utilisation de gaz chimiques par son armée contre des civils.

Après coup, au vu de l'aggravation de la guerre en Syrie qui a suivi, cette initiative du Saint-Siège, à la demande des évêques de la région, avait été regrettée par certains diplomates.

François a parfois déçu pour la prudence de ses interventions sur plusieurs fronts: en Syrie, il n'a jamais condamné nommément les exactions du régime de Assad, soutenu par une majorité des chrétiens du pays.

En Irak, le pape a multiplié les appels à la paix, restant cependant sur une position ambigüe vis à vis des frappes aériennes contre l'organisation État islamique (EI). Il juge certes légitime de «stopper l'agresseur injuste» mais condamne l'intervention américaine en dehors d'un mandat de l'ONU, et condamne le «terrorisme d'État».

En Corée du Sud, en août, il n'a pas dénoncé la dictature de la Corée du Nord, comme l'aurait sans doute fait un Jean Paul II, jugeant qu'une condamnation explicite pouvait mettre en danger les chrétiens du nord et une réunification future. Il a semblé aussi ne pas vouloir mécontenter la Chine en ne recevant pas le dalaï lama la semaine dernière à Rome.

Lorsqu'il s'est rendu en novembre devant le Conseil de l'Europe à Strasbourg, dont sont membres l'Ukraine et la Russie, il est resté évasif sur le conflit en cours, semblant vouloir ménager les deux camps.

Mais, fort de sa popularité et de son prestige renforcé par ce succès sur le continent américain, le pape argentin pourrait désormais se monter plus audacieux et permettre à sa diplomatie de sortir plus à découvert.

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