Suède: l'extrême droite provoque une crise historique

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Dans l'incapacité de gouverner, le Premier ministre social-démocrate Stefan Löfven a choisi une issue radicale: une élection anticipée, la première en Suède depuis 1958.

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Hugues HONORÉ
Agence France-Presse
Stockholm

Le gouvernement de gauche en Suède a annoncé mercredi les premières élections législatives anticipées depuis plus d'un demi-siècle, après avoir été torpillé par l'extrême droite qui veut changer une politique d'immigration qu'elle juge trop généreuse.

Centrée autour du budget 2015, la crise politique s'est dénouée très vite, coûtant le pouvoir à un gouvernement de coalition entre sociaux-démocrates et Verts arrivé au pouvoir début octobre.

Mardi, les Démocrates de Suède (extrême droite) annonçaient qu'ils soutenaient le projet de budget de l'Alliance (centre-droit). Il était adopté le lendemain avec 182 voix, contre 153 à celui de l'exécutif.

Dans l'incapacité de gouverner, le Premier ministre social-démocrate Stefan Löfven a alors choisi l'issue la plus radicale à cette crise: une élection anticipée, la première en Suède depuis 1958.

«Nous avons décidé d'organiser des législatives le 22 mars. Je ne prendrai pas l'initiative de nouvelles négociations», a déclaré M. Löfven lors d'une conférence de presse au siège du gouvernement à Stockholm.

En pleine ascension électorale, les Démocrates de Suède, qui étaient devenus le troisième parti du pays aux législatives de septembre (12,9% des suffrages), se sont réjouis de cette décision.

«Les Démocrates de Suède veulent que l'élection soit un référendum sur l'immigration», a déclaré le président par intérim du parti Mattias Karlsson, cité par l'agence de presse TT.

C'est la première fois que la formation populiste a l'occasion d'exercer une pareille influence, ce qu'a déploré le Premier ministre.

Succession ouverte à l'extrême droite 

Combattif, l'ancien syndicaliste de 57 ans est entré immédiatement en campagne. Et il ne compte pas changer de programme: «Nous avons formé un gouvernement, nous avons un budget, c'est avec cela que nous nous présenterons aux élections».

Et M. Löfven s'est montré très critique vis-à-vis du centre-droit, soudé au sein de l'Alliance (conservateurs, centre agrarien, libéraux et chrétiens-démocrates) qui a détenu le pouvoir de 2006 à 2014.

Selon lui, leur intransigeance «implique qu'ils laissent les Démocrates de Suède dicter leurs conditions dans la politique suédoise».

En attendant, le social-démocrate va devoir gérer les affaires courantes jusqu'aux élections avec un budget d'inspiration libérale, adopté contre son gré.

De son côté, le centre-droit a fort à faire d'ici au 22 mars, contraint de désigner un candidat au poste de Premier ministre, et de proposer un programme alternatif à celui que les électeurs avaient sanctionné en septembre.

La candidate la mieux placée est la présidente du groupe parlementaire Modérés (conservateurs), Anna Kinberg Batra, qui a obtenu un soutien de la majorité des fédérations régionales de son parti dans la campagne à la présidence.

L'élection, initialement prévue le 7 mars, a été avancée au 10 janvier.

L'extrême droite est aussi à la recherche d'un leader. Le président des Démocrates de Suède Jimmie Akesson est en arrêt maladie pour surmenage pour une durée indéterminée. Avec un retour dans les prochaines semaines peu probable, et sans dauphin désigné, la question de sa succession est ouverte.

Le programme de cette formation populiste a été exprimé ainsi par M. Karlsson mardi: «Nous tâcherons de faire tomber tout gouvernement ou proposition de budget qui soutient une hausse de l'immigration et donne aux Verts une influence décisive sur la politique d'immigration».

«Il est vraiment difficile de savoir comment réagira l'opinion à tout cela», a estimé Ulf Bjereld, professeur de science politique à l'université de Göteborg interrogé par TT. «Nous n'avons pas d'expérience d'une élection anticipée en Suède depuis 1958».

Interrogés avant cette crise, entre le 4 et le 20 novembre, les Suédois étaient seulement 29% à juger positive l'action de l'exécutif, et 43% à penser que le centre-droit ferait mieux, selon un sondage paru mercredi.

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