L'Allemagne enterre sa jeune «héroïne» Tugce Albayrak

Un millier de personnes ont assisté mercredi en Allemagne aux obsèques de Tugce... (PHOTO RALPH ORLOWSKI, REUTERS)

Agrandir

PHOTO RALPH ORLOWSKI, REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Coralie FEBVRE
Agence France-Presse
BERLIN

Un millier de personnes ont assisté mercredi en Allemagne aux obsèques de Tugce Albayrak, une étudiante d'origine turque frappée après avoir défendu deux adolescentes dans un fast food, considérée comme une «héroïne» pour son courage.

La cérémonie organisée devant la mosquée de Wächtersbach, petite ville des environs de Francfort (ouest), a été retransmise en direct sur la chaîne NTV, avec explications en plateau sur le rite musulman, signe de l'émotion suscitée par le décès vendredi dernier de la jeune femme d'origine turque.

À la même heure, le porte-parole d'Angela Merkel faisait part de la «grande sympathie» de la chancelière à l'idée que le président Joachim Gauck puisse attribuer à la défunte la Croix du mérite fédérale. Cette requête, en principe impossible à titre posthume, fait l'objet d'une pétition signée par plus de 170 000 personnes.

Après les funérailles, tenues autour de deux drapeaux... (PHOTO KAI PFAFFENBACH, REUTERS) - image 2.0

Agrandir

Après les funérailles, tenues autour de deux drapeaux turc et allemand et en présence des autorités locales, le cortège devait parcourir huit kilomètres jusqu'à Bad Soden-Salmünster, ville natale de Tugce, où cette étudiante qui rêvait d'enseigner devait être inhumée.

PHOTO KAI PFAFFENBACH, REUTERS

Après les funérailles, tenues autour de deux drapeaux turc et allemand et en présence des autorités locales, le cortège devait parcourir huit kilomètres jusqu'à Bad Soden-Salmünster, ville natale de Tugce, où cette étudiante qui rêvait d'enseigner devait être inhumée. Jusqu'à 3000 personnes étaient attendues sur l'ensemble de la journée.

Le drame, dont les circonstances demeurent en partie floues, remonte à la nuit du 14 au 15 novembre, dans un restaurant Mac Donald's d'Offenbach (banlieue de Francfort). L'établissement a payé mardi une pleine page du quotidien Bild pour rendre hommage à cette «femme extraordinaire».

Attablée avec des amies, Tugce avait entendu monter des toilettes situées au sous-sol les cris de deux adolescentes, décrites par des témoins comme très éméchées, et s'était interposée pour les défendre d'un petit groupe qui s'en prenait à elles.

«Réflexe d'être humain»

La nature de cette agression demeure confuse et les adolescentes de 13 et 16 ans ne se sont présentées que lundi à la police, après avoir été recherchées en vain pendant deux semaines. Rien n'a filtré de leurs déclarations.

Un peu plus tard, sur le stationnement de l'établissement, l'étudiante avait été violemment frappée à la tête et était tombée sur le sol. Plongée dans le coma, elle a succombé à ses blessures deux semaines plus tard, le jour de son 23e anniversaire.

La vidéo de surveillance a permis d'identifier un suspect, un jeune homme de 18 ans connu pour des vols, dégradations et violences, interpellé et placé en détention provisoire. Selon Bild, il reconnaît avoir frappé Tugce Albayrak mais assure qu'il s'agissait «juste d'une gifle».

La presse turque a consacré plusieurs unes à son «héroïne». La presse allemande a salué son «courage exemplaire» dans un pays abritant plus de trois millions de personnes d'origine turque, qui peine souvent à assumer son identité multiculturelle.

Dimanche soir, un footballeur de Francfort a fêté son but face à Dortmund en exhibant un tee-shirt dédié à l'étudiante.

L'affaire rappelle le décès en 2009 de Dominik Brunner, roué de coups à Munich (sud) après avoir défendu deux jeunes garçons d'une agression. «Les pousses fragiles du courage civique doivent être nourries, politiquement et par la société», a commenté le quotidien autrichien Der Standard, mettant les deux affaires en parallèle.

Le Süddeutsche Zeitung a cependant appelé à la «retenue», jugeant que les «projections» faisant de la jeune femme une héroïne ou un exemple d'intégration réussie d'une personne d'origine turque en Allemagne, souvent souligné dans la presse étrangère, «suscitaient le malaise». «Elle n'a pas cherché le danger (...) C'est un simple réflexe d'être humain qui lui a coûté la vie», a estimé le journal bavarois.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer