L'armée turque bombarde les rebelles kurdes

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«Ce processus [de paix] n'est pas lié à Kobané ni à aucun événement qui se déroule hors de nos frontières», a assuré mardi le premier ministre, Ahmet Davutoglu.

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Fulya OZERKAN
Agence France-Presse
ANKARA

La Turquie a bombardé lundi soir des positions des rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un premier accroc armé sérieux aux pourparlers de paix lancés il y a deux ans et déjà sérieusement menacés par la guerre qui fait rage en Syrie voisine.

Quelques jours après les violentes émeutes prokurdes qui ont secoué le pays, des chasseurs F-16 de l'armée de l'air ont frappé plusieurs cibles du PKK qui, selon les forces de sécurité, ont attaqué à plusieurs reprises ces trois derniers jours un poste de police dans le village de Daglica (sud-est).

Dans la région voisine de Tunceli, des hélicoptères d'attaque turcs ont également ouvert le feu lundi contre d'autres unités du PKK après des affrontements entre rebelles et armée signalés autour de Geyiksuyu, selon les médias turcs.

Ces graves incidents, les premiers de cette ampleur depuis le cessez-le-feu unilatéral décrété par le PKK en mars 2003, illustrent les graves menaces qui pèsent sur le fragile processus de paix engagé entre Ankara et le PKK il y a deux ans.

Cette brusque montée des tensions trouve son origine en Syrie, où l'offensive des djihadistes du groupe État islamique (EI) menace la ville kurde de Kobané.

En colère contre le refus du gouvernement islamo-conservateur d'Ankara de voler militairement au secours de Kobané (Aïn al-Arab en arabe), des milliers de jeunes kurdes sont descendus dans les rues de tout le pays la semaine dernière, provoquant des émeutes qui ont fait au moins 34 morts et des centaines de blessés.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a haussé le ton en condamnant l'action de «voyous» à la solde d'une «organisation terroriste», en l'occurrence le PKK, et dénoncé une tentative de «sabotage» des pourparlers qu'il a promis, lui, de sauver.

Son principal interlocuteur, le chef emprisonné du PKK Abdullah Öcalan, a de son côté averti que la chute de Kobané signifierait de facto la mort de toute discussion et pressé Ankara de présenter avant ce mercredi un calendrier pour les relancer.

«Montrer ses muscles»

«Le PKK et le gouvernement montrent leurs muscles», a commenté à l'AFP Nihat Ali Ozcan, analyste au centre de recherches Tepav d'Ankara. «Le processus de paix va peut-être tomber à l'eau un jour, mais ce jour n'est pas arrivé».

Après plusieurs échecs, Ankara a repris à l'automne 2012 des négociations directes avec M. Öcalan pour tenter de mettre un terme à une rébellion qui a fait 40 000 morts depuis 1984.

Le PKK a décrété un cessez-le-feu en mars suivant puis commencé à retirer ses forces vers leurs bases du mont Kandil, dans le nord du territoire irakien.

Mais ce mouvement a été interrompu il y a un an, les Kurdes jugeant que le régime d'Ankara n'avait pas tenu ses promesses de réformes en faveur de leur communauté, qui compte 15 millions de personnes, 20 % de la population.

Les discussions depuis étaient largement paralysées, malgré les promesses réitérées par M. Erdogan, après son élection à la présidence en août, de parvenir à une solution.

L'offensive djihadiste en Irak puis en Syrie a fait dérailler ce scénario.

Si elle a accueilli dans l'urgence sur son sol quelque 200 000 réfugiés kurdes, la Turquie s'est inquiétée des risques d'un renforcement des forces kurdes, en première ligne contre l'EI. Elle refuse ainsi de les laisser transiter par sa frontière pour rejoindre le front de Kobané, alimentant la suspicion et la rancoeur des Kurdes.

Malgré ces tensions, Ankara a promis de tout faire pour sauver les pourparlers de paix.

«Ce processus n'est pas lié à Kobané ni à aucun événement qui se déroule hors de nos frontières», a assuré mardi le premier ministre, Ahmet Davutoglu. «Il est très important pour nous», a-t-il répété devant les députés du parti au pouvoir, «s'il vous plaît ne le sabotez pas».



Des réfugiés kurdes «torturés»

Le premier ministre turc Ahmet Davutoglu a accusé mardi le principal parti politique kurde de Syrie d'avoir «torturé» les réfugiés kurdes qui ont fui l'offensive des djihadistes du groupe État islamique (EI) sur la ville syrienne de Kobané.

«Nos frères (kurdes) sont venus ici (en Turquie) pour échapper à la pression du PYD (Parti de l'union démocratique). Ils ont imposé une très forte pression sur ceux qui ne partagent pas leurs opinions à Kobané», a déclaré M. Davutoglu lors de sa harangue hebdomadaire devant les députés de son parti.

«Demandez simplement à ceux de la région comment le PYD a torturé des gens à Kobané. Je demande à nos frères de la région de le dire haut et fort», a poursuivi le chef du gouvernement islamo-conservateur.

«Où étiez-vous lorsque le PYD oppressait certains Kurdes?», a-t-il également lancé à la communauté internationale.

Les autorités turques n'entretiennent pas de liens officiels avec le PYD, considéré comme la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui mène depuis 1984 une rébellion contre Ankara.

Dans un entretien la semaine dernière à l'AFP, le chef du PYD Salih Muslim a demandé à la Turquie d'ouvrir sa frontière aux combattants kurdes qui veulent rejoindre ceux qui défendent Kobané contre les djihadistes.

Comme il refuse d'intervenir militairement contre EI, le gouvernement turc a écarté cette idée, redoutant que de telles mesures ne renforcent par ricochet le président syrien Bachar al-Assad, sa bête noire, et la position des Kurdes liés au PKK.

«Tout ceci n'a rien à voir avec Kobané, il s'agit de faire pression sur la Turquie à travers Kobané», a estimé M. Davutoglu en dénonçant les pressions internationales pour une intervention turque. «Mais la Turquie n'a aucun appétit pour les aventures», a-t-il dit.

La Turquie doit «absolument ouvrir» sa frontière, estime Paris

Le président français François Hollande a estimé mardi que la Turquie devait «absolument ouvrir» sa frontière avec la Syrie pour permettre d'aider les défenseurs kurdes de la ville syrienne frontalière de Kobané contre l'avancée des jihadistes du groupe Etat islamique.

«La Turquie doit absolument ouvrir sa frontière» pour permettre d'aider les défenseurs de Kobané qui sont «des Kurdes syriens», a déclaré M. Hollande, lançant un «appel pour qu'au-delà de la coalition, tous les pays qui sont concernés puissent offrir» à ceux qui combattent l'avancée des djihadistes «l'appui qu'elle attend de nous, c'est-à-dire tout simplement les moyens de se défendre contre le terrorisme».

«Là, en ce moment, il y a un martyre, c'est cette ville de Kobané qui peut à tout moment tomber dans les mains des terroristes», a ajouté le président.

«Nous sommes solidaires de ceux qui se battent contre le terrorisme. Je pense à ce qui se passe aujourd'hui à Kobané, ville martyre, ville symbole. Si nous avons à intervenir, comme nous l'avons décidé pour la France en Irak, nous avons aussi à apporter à l'opposition syrienne modérée, celle que nous reconnaissons comme la seule légitime pour la Syrie, tout le soutien, toute l'aide nécessaire», a-t-il poursuivi.

En dépit des raids menés quotidiennement par les avions américains et alliés, les djihadistes ont atteint lundi pour la première fois le centre de la ville kurde de Kobané, dans le nord de la Syrie, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

«Ils contrôlent désormais la moitié de la localité» malgré la résistance farouche des combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG, branche syrienne des rebelles kurdes turcs du PKK), selon Rami Abdel Rahmane, le directeur de l'OSDH.

Les chefs militaires de la coalition anti-djihadistes se réunissent mardi à Washington. Le président américain Barack Obama participera à la réunion, inédite depuis le début de la guerre, entre les chefs des armées de 22 pays engagés dans la coalition internationale.

Grève de la faim

Pus d'une centaine de combattants kurdes de Kobané ont entamé une grève de la faim pour dénoncer leur détention par les autorités turques lorsqu'ils franchissent la frontière notamment pour se faire soigner.

Ankara les soupçonne de liens avec les rebelles kurdes de Turquie.

Selon un député turc prokurde, quelque 160 membres du Parti de l'union démocratique (PYD), le principal parti kurde syrien, sont retenus depuis neuf jours à Suruç, à proximité de la frontière syrienne, et ont commencé une grève de la faim.

«Ils sont retenus sans qu'aucune charge ne pèse sur eux, dans la plus grande incertitude juridique, c'est un drame», a regretté auprès de l'AFP Ibrahim Ayhan, élu du parti démocratique populaire (HDP, prokurde).

Une centaine d'autres membres du PYD, hommes et femmes, retenus par les autorités turques à leur entrée sur le territoire turc en provenance de Kobané, ont été relâchés dans la nuit de lundi à mardi, a-t-il ajouté, précisant que la plupart était repartie pour combattre côté syrien.

Un responsable local a affirmé à l'AFP sous couvert de l'anonymat que ces personnes avaient été arrêtées pour un contrôle d'identité «de routine».

«Depuis un certain temps, tous ceux qui viennent de l'autre côté de la frontière sont soient membre des YPG (Unités de protection du peuple, la principale milice armée kurde de Syrie), soit du PKK (le Parti des travailleurs du Kurdistan, la rébellion kurde de Turquie)», a ajouté ce responsable, pour qui «il s'agit de la sécurité du pays».

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