Sept mots pour comprendre le Jour J

Frederick Glover, vétéran de la Deuxième Guerre mondiale,... (PHOTO THOMAS BREGARDIS, AFP)

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Frederick Glover, vétéran de la Deuxième Guerre mondiale, participait aux cérémonies marquant le 70e anniversaire du Jour J, hier, alors que des paracommandos sont parachutés à Ranville, dans le nord de la France.

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Une opération d'envergure ultra coordonnée. Des troupes allemandes dispersées, leurrées par le contre-espionnage allié. Quelques traits de génie. Une bonne dose de chance... La réussite du débarquement de Normandie est attribuable à une combinaison de facteurs. Benoît Lemay, professeur d'histoire au Collège royal militaire à Kingston, explique.

Ampleur

L'ampleur du débarquement de Normandie ne tient pas tant au nombre d'hommes qui ont débarqué (plus de 130 000), ni au fait qu'il s'agissait d'une opération amphibie (une tactique militaire vieille comme le monde). L'opération Overlord - nom de code du débarquement - se distingue surtout par l'extraordinaire convergence entre l'armée de terre, l'aviation et la marine, explique Benoît Lemay.

«C'est une opération bien préparée, bien organisée. Il fallait absolument avoir la maîtrise des airs et la maîtrise des mers. On va rassembler 2700 navires, 5000 si on inclut les péniches. Toute la journée, 12 000 avions alliés vont survoler les côtes. On va débarquer 12 000 véhicules motorisés. Du jamais vu.»

Singularité

Pour Benoît Lemay, une des grandes originalités du débarquement de Normandie tient dans la création de ports artificiels destinés à favoriser les vagues offensives subséquentes.

«Les alliés n'avaient pas accès à un port d'envergure. Il fallait des ports artificiels pour débarquer des provisions, les munitions, les armes pour soutenir en approvisionnement ces troupes qui ont commencé à progresser à l'intérieur des terres.» Ces infrastructures modulaires avaient été construites en Grande-Bretagne et acheminées par bateau près des côtes normandes.

«C'était nouveau», précise M. Lemay.

Intoxication

Agents doubles, faux messages, leurres en tous genres: la réussite du jour J s'explique pour beaucoup par l'efficacité du contre-espionnage allié.

«Ils ont mené plusieurs opérations d'intoxication. Ils ont fait croire aux Allemands qu'ils mèneraient un débarquement en Norvège ou dans le Pas-de-Calais, qui était plus proche de l'Angleterre, explique Benoît Lemay. De plus, la Normandie semblait peu propice à un débarquement, puisqu'il n'y avait pas de port d'envergure.»

Dupées, et ne sachant pas où aurait lieu l'offensive, les troupes du IIIe Reich se sont donc dispersées plutôt que de se concentrer au bon endroit.

Faiblesse

À l'été 1944, l'Allemagne a déjà un genou à terre. Ses armées, affaiblies par la guerre en Russie, ne sont plus l'ombre d'elles-mêmes. Selon Benoît Lemay, il ne fait aucun doute que cette vulnérabilité a profité à l'opération Overlord.

«Ce sont des troupes allemandes de second ordre. Sur les 58 divisions en Normandie, il n'y en a qu'une dizaine de bonnes. Le reste, ce sont des jeunes de 16 ans, des Polonais, des Baltes, des Hongrois, des Russes non communistes, des populations de l'Est qui ont été recrutées de force. Évidemment, ces gens-là ne sont pas très motivés.» Même faiblesse du côté de l'aviation allemande, qui ne compte alors que 170 avions, contre 5600 chasseurs alliés.

Inférieures sur tous les plans, les troupes allemandes offriront tout de même une résistance acharnée. «Ils étaient meilleurs sur le plan opérationnel et savaient faire beaucoup avec peu», résume Benoît Lemay.

Chance

La météo n'était pas favorable. La mer était agitée. Il y avait du brouillard. Le ciel était bas. Einsenhower, chef suprême des forces alliées, a été à deux doigts de reporter l'opération de deux semaines. Mais il a joué d'audace.

«Le pari a été payant, explique M. Lemay. La météo n'étant pas bonne, les Allemands se disaient qu'il n'y aurait pas de débarquement. Si la météo avait été plus propice, la marine allemande aurait été plus sur le qui-vive... Les opérations militaires reposent beaucoup sur la stratégie. Mais la part de la chance est très importante. Le hasard joue beaucoup. La chance était du côté des Alliés.»

Mythe

«Il y a plusieurs idées reçues concernant le débarquement de Normandie, souligne Benoît Lemay. On pense que c'est ce qui a permis aux Alliés de remporter la Deuxième Guerre mondiale. Il faut apporter des nuances. En fait, en juin 1944, l'Allemagne a déjà perdu. Le débarquement permet seulement d'accélérer la fin de la guerre. Ce sont les Russes, sur le front de l'Est, qui ont fait le gros du travail. Pour des raisons de propagande, dans les années de guerre froide qui ont suivi, l'Ouest va tenter de minimiser l'effort apporté par les Soviétiques. On va véhiculer l'idée que ce sont les Alliés qui ont fait le gros du travail. En réalité, les Alliés ont débarqué en France non seulement pour battre les Allemands, mais aussi pour que l'Europe de l'Ouest ne tombe pas sous la coupe soviétique. Il y avait un aspect politique et des intérêts économiques.»

Film

Deux films en particulier témoignent du débarquement de Normandie: The Longest Day (1962) et Saving Private Ryan (1998).

Lequel choisit Benoît Lemay? «Saving Private Ryan. Pour la tension. The Longest Day, c'est vraiment un film américain des années 60: on va botter le cul aux sales Boches. On est sûrs de nous. On va gagner. Dans Saving Private Ryan, les combats sont plus réalistes. C'est l'anxiété. La panique. Plusieurs sont malades dans le bateau. Ça tire de tous bords. Ils sont dépassés par les événements. On sent que les Alliés n'étaient pas sûrs de réussir. D'ailleurs, Eisenhower prenait en considération la possibilité d'un échec. Dans les heures avant le débarquement, il avait même écrit un communiqué alternatif sur l'insuccès de l'opération...»

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Benoît Lemay est l'auteur des livres Erwin Rommelet Erich Von Manstein, parus aux Éditions Perrin.




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