Un pape «revigorant», mais pas révolutionnaire

Sans opérer de véritable révolution, François, premier pape... (PHOTO STEFANO RELLANDINI, REUTERS)

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Sans opérer de véritable révolution, François, premier pape non européen, insuffle une énergie fondamentalement différente à «l'establishment» catholique.

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Un pape «revigorant», qui veut parler d'accueil plutôt que de morale, mais qui ne révolutionnera pas les dogmes. François pourrait par contre décentraliser l'Église et nommer des laïcs comme hauts dirigeants au Vatican. Tel est le bilan dressé par Isabelle de Gaulmyn, journaliste de La Croix qui vient de publier un livre sur le pape François. La Presse a rencontré Mme de Gaulmyn, qui donne une conférence ce soir à Montréal.

Q: Voyez-vous un changement avec le pontificat de François?

R: Ç'a commencé avant François. J'ai quitté Rome en 2009, mais j'y revenais souvent. Durant les discussions avant le conclave de l'an dernier, on a vu les cardinaux qui parlaient de choses que nous, les journalistes, constations depuis des années. «Ce système ne fonctionne pas. Il y a de la corruption, de l'incompétence.» Ils ont élu un pape dont le premier geste a été de se faire bénir par la foule, au lieu de la bénir. C'était une inversion fondamentale. Il est tout de même impressionnant de voir la capacité de ces cardinaux âgés d'aller trouver une personnalité aussi intéressante que François.

Q: Mais concrètement, quels sont les changements?

R: Les gens qui attendent une révolution sur les dogmes seront déçus. Il y a des changements à trois niveaux. Dans la Curie, le gouvernement du Vatican, les gens se parlent mieux. Ensuite, pour la gouvernance de l'Église, les Églises des différents pays seront davantage consultées. Il y aura la collégialité prévue par le concile de Vatican II. Enfin, dans la manière de se situer par rapport à la société, il y a un dialogue. François parle d'accueil, pas immédiatement de morale. Paul VI (1963-78) le disait aussi.

Q: Benoît XVI n'avait-il pas le même message?

R: Oui, il l'a beaucoup dit, mais mal dit, ou d'une manière qui n'a pas été comprise. Une manière très magistérielle. Quand on lit les déclarations du pape le soir sur la table de la cuisine, il faut que ce soit dit de manière beaucoup plus directe.

Q: Vous écrivez qu'il ne faut pas s'attendre à la prêtrise des femmes. Pensez-vous qu'on verra des diaconesses faire des baptêmes et des mariages, comme le font actuellement les diacres, qui peuvent être mariés?

R: Je ne pense pas. Et je ne suis pas sûre que les femmes le demandent. Il y aura plutôt une participation accrue des laïcs. François dit aux évêques de faire des synodes et aux curés de faire participer les laïcs. Benoît XVI avait dit qu'il n'y avait aucune raison que les femmes ne soient pas en position d'autorité dans l'Église, même au Vatican. Mais finalement, il n'a rien fait. Il faudra voir pour François.

Q: Est-ce que les divorcés ayant un nouveau conjoint pourront prochainement communier, comme ils le peuvent déjà chez les orthodoxes?

R: On a commencé à dire qu'il faudrait leur pardonner. Un prêtre redevenu laïc peut communier, un meurtrier peut communier. Il faudrait pouvoir pardonner aux divorcés qui ont refait leur vie avec quelqu'un d'autre. Les cardinaux ont commencé à dire qu'il pourrait y avoir une démarche de pénitence. Mais il y a une peur que cela ne transforme le sacrement du mariage, que ça en fasse un mariage au rabais. D'ailleurs, les orthodoxes ne peuvent pas se remarier, ils ont un autre type de sacrement pour les unions subséquentes.

Q: François insistera-t-il moins sur les dangers du relativisme moral, l'idée qu'il n'existe pas de bonnes et de mauvaises valeurs morales?

R: Benoît XVI avait un pessimisme très européen. L'Église occidentale n'arrête pas de ruminer le passé qui n'est plus, en positif ou en négatif. François est obsédé par le besoin d'évangéliser. Pour nous, Européens, c'est revigorant.

Q: Marc Ouellet restera-t-il à la tête de la Congrégation pour les évêques, responsables des nominations épiscopales partout dans le monde?

R: Au Vatican, le «spoil system» n'existe pas. Un nouveau pape ne remplace pas les gens en place. Il doit attendre l'âge canonique de la retraite à 75 ans [Mgr Ouellet a 69 ans]. Par ailleurs, il a intérêt à garder Mgr Ouellet, parce qu'il vient du continent américain.

Q: Justement, on parle beaucoup de la santé et de l'âge de François. Mgr Ouellet est-il toujours sur les listes des papabili?

R: Il y a des gens dans l'Église qui se disent que François n'en a que pour quatre ou cinq ans, qu'il suffit de faire le gros dos et d'attendre que tout redevienne comme avant après sa mort. Ceci dit, je crois que le prochain pape sera aussi d'une Église pauvre. Le Canada est une Église qui semble riche.




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