Crise ukrainienne: le président Ianoukovitch lâche du lest

À Kiev, les manifestants poursuivent leur siège derrière... (PHOTO SERGEI SUPINSKY, AFP)

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À Kiev, les manifestants poursuivent leur siège derrière leurs barricades de sacs de sable, le 24 janvier.

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Germain MOYON
Agence France-Presse
Kiev

Le président ukrainien a annoncé un remaniement prochain et l'amendement de lois répressives vendredi, sous la pression de la contestation qui s'étend dans le pays, après les heurts violents de ces derniers jours, et celle des pays européens.

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Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch.

PHOTO ANDREW KRAVCHENKO, AFP

Alors que des milliers d'opposants ont occupé les administrations de plusieurs régions de l'ouest, la tension est remontée d'un cran à Kiev entre policers et manifestants sur les lieux des affrontements des jours précédents.

Selon un photographe de l'AFP sur place, les manifestants envoyaient  pavés et cocktails Molotov vers les forces de l'ordre, qui répliquaient avec des balles en caoutchouc.

Loin des scènes de guérilla urbaine de la semaine, la situation de vendredi soir marquait un regain de tension après un retour au calme dans la capitale ukrainienne.

Sous une pression croissante, le président, Viktor Ianoukovitch, a annoncé une série de concessions après avoir rencontré à Kiev le commissaire européen à l'élargissement Stefan Füle.

Il a annoncé que le gouvernement, dont l'opposition demande la démission, serait remanié lors d'une session extraordinaire du Parlement convoquée mardi.

M. Ianoukovitch a indiqué qu'il comptait faire libérer tous les manifestants arrêtés, et amender les lois controversées, adoptées la semaine dernière, visant à durcir, jusqu'à la prison ferme, les sanctions contre les manifestants.

Concession, mais avertissement

Il a cependant assorti ces concessions apparentes d'un avertissement, soulignant que si un accord n'était pas trouvé avec l'opposition, il aurait recours à «tous les moyens légaux».

Ces annonces n'ont pas convaincu les manifestants, qui occupent le centre de Kiev depuis deux mois et dont le mouvement s'est radicalisé cette semaine après l'adoption de ces lois controversées.

L'annonce dès jeudi par M. Ianoukovitch d'un examen au Parlement la semaine prochaine de certaines exigences n'avait eu aucun effet sur les manifestants, qui ont érigé de nouvelles barricades et pris d'assaut dans la nuit un nouveau bâtiment public dans le centre de Kiev, le ministère de l'Agriculture, près de la place de l'Indépendance, l'épicentre de la contestation, hérissée de barricades.

«J'ai l'impression de m'être fait avoir», disait Evguéni, 26 ans, après une nuit passée dehors par des températures avoisinant les -20 degrés.

Au moins deux personnes ont été tuées par balle pendant des heurts à Kiev depuis dimanche, selon les autorités. L'opposition avance un bilan de cinq manifestants tués, et des centaines de blessés.

Le mouvement, né de la volte-face en novembre du pouvoir ukrainien ayant refusé de signer un accord d'association avec l'Union européenne pour se tourner vers la Russie, s'est étendu à la province, gagnant six régions de l'ouest nationaliste (Lviv, Rivné, Ternopil, Khmelnitski, Tchernivtsi, Ivano-Frankivsk) où les bâtiments de l'administration régionale ont été pris d'assaut et occupés.

Des barricades à Lviv

À Lviv, bastion nationaliste, où la branche locale du Parti des Régions, au pouvoir, s'est désolidarisée des autorités centrales, les manifestants ont dressé des barricades avec pneus et sacs de sable devant le bâtiment occupé.

Dans cette ville acquise au mouvement de contestation, environ 10 000 personnes, dont le maire, ont assisté aux funérailles d'un militant dont la dépouille avait été retrouvé dans la forêt mercredi, portant selon ses proches des traces de torture.

Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a appelé les pays de l'UE à empêcher «l'éclatement» de l'Ukraine.

Les pays européens, qui n'ont cessé d'appeler au dialogue, ont durci leur position vendredi. L'Allemagne et la France notamment ont convoqué les ambassadeurs. Berlin a enjoint Kiev de cesser «les brutalités contre les manifestants pacifiques». Paris a dénoncé des violences «inacceptables, inadmissibles».

Plus tôt dans la journée, M. Ianoukovitch avait nommé au poste clef de chef de son administration un tenant de la ligne dure, l'actuel secrétaire du Conseil de sécurité nationale Andriï Kliouïev, en remplacement de Serguï Liovotchkine, un modéré qui a démissioné la semaine dernière.

Le vice-président américain, Joe Biden, a averti jeudi soir Viktor Ianoukovitch que la poursuite des violences aurait des «conséquences» sur les relations entre Washington et Kiev. Le département d'État, qui a déjà indiqué avoir révoqué les visas de plusieurs responsables ukrainiens, a réitéré la menace de sanctions.

La Russie suit avec attention

La Russie, qui n'a cessé de dénoncer des «ingérences» occidentales dans les affaires d'un pays «frère», et a été accusée en retour par les Européens d'avoir exercé des pressions économiques sur son voisin pour la dissuader de signer l'accord d'association avec l'UE, a souligné suivre la situation avec la plus grande attention.

Après l'abandon de l'accord d'association avec l'UE, la Russie a accordé à l'Ukraine une ligne de crédit de 15 milliards d'euros et abaissé le prix de son gaz.

L'UE a annoncé la visite à Kiev de la représentante de sa diplomatie, Catherine Ashton la semaine prochaine.

Alors que les relations entre Russes et Occidentaux sont, par ailleurs, tendues par la situation en Syrie, la crise ukrainienne a contribué à jeter une ombre sur le sommet Russie-UE prévu pour le 28 janvier à Bruxelles, et dont le programme a été écourté à la demande de la partie européenne en raison de cette crise, selon un conseiller du président russe Vladimir Poutine.

À Kiev, des manifestants bloquent l'entrée du ministère... (PHOTO VASILY FEDOSENKO, REUTERS) - image 2.0

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À Kiev, des manifestants bloquent l'entrée du ministère de l'Agriculture, occupé par les opposants, le 24 janvier.

PHOTO VASILY FEDOSENKO, REUTERS

Un leader de la contestation porté disparu

Un militant ukrainien très actif contre le président Ianoukovitch, est porté disparu depuis deux jours, suscitant des craintes sur son sort après la découverte mercredi dans la banlieue de Kiev du corps sans vie d'un autre militant qui avait été kidnappé.

Dmytro Boulatov, 35 ans, l'un des leaders d'Automaïdan, mouvement de manifestants en voiture, qui a organisé plusieurs actions spectaculaires devant la résidence de campagne du chef de l'État devenue un symbole de la corruption, est introuvable depuis mercredi après-midi, selon ses collègues.

L'épouse de Boulatov a signalé jeudi soir sa disparition à la police et a demandé une enquête, a indiqué un responsable de la police cité par l'agence Interfax.

«Nos gars vont là où il y a des problèmes (...) Il est devenu dangereux d'être militant d'Automaïdan», a déclaré ce père de trois enfants dans une récente interview au site d'opposition en ligne Ukraïnska Pravda.

«S'il m'arrive quelque chose, il y aura encore plus d'indignation. Si cela aide «les contestataires) à gagner (...) que cela arrive. J'ai grandi en URSS et je ne veux pas que mes enfants vivent ainsi», a-t-il souligné dans cette interview.

Un autre leader d'Automaïdan, Serguï Koba a fui l'Ukraine dans l'urgence.

«Je pense qu'il vaut mieux être libre et faire tout mon possible pour le pays que de purger une peine de 15 ans de camp», a-t-il écrit jeudi sur sa page Facebook sans plus d'explications.

La disparition de Dmytro Boulatov est d'autant plus inquiétante qu'un militant, Iouri Verbitski, a été retrouvé mort «avec des signes de tortures» sur le corps mercredi dans la banlieue de Kiev après avoir été kidnappé la veille avec un autre militant Igor Loutsenko qui, battu et abandonné dans une forêt, a réussi à s'en sortir vivant.

Une autre militante active d'Automaïdan, la journaliste d'opposition Tetiana Tchornovol, avait été sauvagement battue par des inconnus dans la banlieue de Kiev en décembre.

Cette agression vivement condamnée par l'Occident avait renforcé la mobilisation à Kiev




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