Niqab en France: «Les musulmans sont présumés coupables»

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Une citoyenne a interpellé lundi le ministre de l'Intérieur Manuel Valls pendant de longues minutes devant les journalistes pour dénoncer l'inaction de son gouvernement.

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(Paris) Des émeutes nocturnes ont agité la banlieue parisienne de Trappes pendant tout le week-end, une flambée de violence qui relance des accusations d'islamophobie envers la police et plonge le gouvernement français dans l'embarras.

L'interpellation d'une femme portant le niqab, jeudi, a mis le feu aux poudres. Selon la version des autorités, le mari de la jeune musulmane, mécontent de ce contrôle d'identité, aurait tenté d'étrangler l'un des policiers pendant l'opération. Une version que contestent avec véhémence les principaux intéressés.

«Le musulman, la musulmane, sont dans ce genre d'affaires présumés coupables», a estimé le Collectif contre l'islamophobie en France, qui voit là un autre cas de «provocation policière».

La population de Trappes, une banlieue de 30 000 habitants à forte proportion musulmane, a vivement réagi à cette arrestation. Dès vendredi, une trentaine de citoyens se sont réunis autour du commissariat pour demander la libération du jeune accusé.

Devant le refus des autorités, plus de 200 personnes en colère se sont rassemblées, un attroupement qui a dégénéré à la tombée de la nuit. Pierres lancées aux policiers, abribus et voitures incendiées: la scène rappelait les émeutes de l'automne 2005, qui ont enflammé pendant des semaines un grand nombre de banlieues pauvres dans toute la France.

Le chaos s'est répété dans la nuit de samedi à dimanche, avec d'autres actes de vandalisme et même des tirs de mortier d'artifice et de cocktails Molotov. D'autres violences de moindre importance sont survenues la nuit suivante, et les autorités étaient toujours en état d'alerte hier après-midi.

Au moins quatre policiers ont été blessés, de même qu'un jeune émeutier de 14 ans. Une dizaine d'arrestations ont eu lieu.

Un ministre pris à partie

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, s'est rendu à Trappes hier matin pour tenter de calmer le jeu. Il a affirmé que l'ordre était en train de revenir dans la banlieue et ses environs.

M. Valls a aussi défendu la loi de 2010 qui interdit le port du voile intégral en France - et qui serait à l'origine du contrôle de la jeune musulmane à Trappes jeudi. «C'est une loi émancipatrice des femmes, je souhaite qu'elle soit respectée, a-t-il déclaré sur les ondes de RTL. La république, la laïcité doivent vivre dans ces quartiers.»

Ce n'est toutefois pas la sortie du ministre à Trappes - ni sur RTL - qui a le plus retenu l'attention des médias hier, mais plutôt celle d'une résidante du secteur, excédée. Elle a interpellé Valls pendant de longues minutes devant plusieurs journalistes pour dénoncer l'inaction de son gouvernement.

«Il n'y a aucune excuse quand les forces de l'ordre qui sont mises en place par cette république agressent des personnes sans raison», a-t-elle lancé avec aplomb.

Dérapages sur Twitter

Le gouvernement a aussi été critiqué pour les faibles peines imposées hier aux émeutiers du week-end. Au moins trois jeunes ont été condamnés, mais tous ont pu sortir libres du tribunal, ce que plusieurs sur Twitter ont dénoncé dans des termes parfois racistes.

«Je suis certain que la remise en liberté de l'émeutier condamné a pour but de calmer les choses. L'État est couché devant la racaille», a lancé sur le réseau social Philippe Vardon, président de Nissa Rebela, un mouvement politique identitaire considéré à l'extrême droite.

D'autres dérapages ont été observés tout au long du week-end sur les réseaux sociaux, et consignés dans un blogue du Monde. Plusieurs internautes ont par exemple relayé des photos de voitures en flammes qui dataient de 2010, en prétendant qu'elles avaient été prises à Trappes.

Qu'importe le nouveau bilan qui sera dressé ce matin par les autorités, le dossier promet de rester chaud pendant plusieurs jours en France.

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