Cuba: Washington rappelle des diplomates, La Havane en colère

L'ambassade américaine à Cuba.... (REUTERS)

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L'ambassade américaine à Cuba.

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Francesco FONTEMAGGI
Agence France-Presse
WASHINGTON

Le mystère des «attaques» contre la santé de diplomates américains à Cuba n'est toujours pas élucidé, mais les États-Unis ont rappelé vendredi «plus de la moitié» du personnel de leur ambassade, provoquant la colère de La Havane.

Le secrétaire d'État américain Rex Tillerson a pris soin de confirmer, dans un communiqué, le maintien des relations diplomatiques avec Cuba, rétablies en 2015 après un demi-siècle de rupture. Il a présenté le rappel des diplomates comme une mesure préventive pour les protéger.

Mais cette décision «est précipitée et va nuire aux relations bilatérales», a aussitôt protesté le gouvernement cubain.

Parmi les autres mesures annoncées par le département d'État, trois jours après une rencontre à Washington entre Rex Tillerson et son homologue cubain Bruno Rodriguez: l'octroi de visas de routine américains à Cuba est «suspendu» sine die et les voyages sur place de responsables gouvernementaux américains seront limités, pour l'instant, aux nécessités de l'enquête sur cette troublante affaire.

Enfin, les États-Unis ont aussi appelé leurs ressortissants à éviter de se rendre sur cette île touristique des Caraïbes en raison des risques liés à ces «attaques», qui ont jusqu'ici touché 21 employés de l'ambassade dans des résidences diplomatiques américaines mais aussi dans des «hôtels fréquentés par des citoyens américains».

Cinq familles canadiennes sont également concernées.

«Tant que le gouvernement cubain ne pourra pas assurer la sécurité de nos diplomates à Cuba, notre ambassade sera limitée au personnel indispensable afin de minimiser le nombre de diplomates exposés» à d'éventuelles futures «attaques», a expliqué le secrétaire d'État. Le personnel non essentiel et toutes les familles des employés sont rapatriés.

Preuve que l'énigme est loin d'être résolue, l'embarras est flagrant lorsqu'il s'agit de qualifier ces «attaques». Le département d'État parlait jusque-là d'«incidents» ayant provoqué plusieurs «symptômes», et Rex Tillerson avait évoqué des «attaques contre l'intégrité physique» des diplomates.

«Harcèlement acoustique»

L'idée d'«attaques acoustiques» ou par «harcèlement acoustique», utilisée notamment par un syndicat de la diplomatie américaine, n'a pas été confirmée officiellement et l'administration américaine s'en est tenue vendredi à dénoncer des «attaques précises», «ciblées» mais d'«une nature inconnue».

«Ces employés ont subi des lésions importantes», notamment des pertes d'audition, des vertiges, des maux de tête ainsi que des problèmes cognitifs, d'équilibre ou de sommeil, a souligné un haut responsable du département d'État. Certains ont dû être rapatriés.

L'enquête n'a toutefois pas encore permis d'identifier la cause ni les auteurs de ces «attaques» et va se poursuivre «de manière dynamique», a promis Rex Tillerson.

Le secrétaire d'État n'est donc pas allé jusqu'à fermer l'ambassade - une des options qu'il avait dit étudier -, et n'a pas accusé les autorités cubaines d'être à l'origine des «attaques», soulignant leur coopération avec les enquêteurs américains.

Mais Washington tient La Havane responsable de la sécurité de ses diplomates. À ce titre, deux diplomates cubains avaient discrètement été expulsés au printemps des États-Unis en guise de représailles.

Or les Cubains, qui avaient appelé à ne pas «politiser» cette affaire, ont toujours nié tout rôle et assurent remplir «rigoureusement» leurs «obligations» de protection du personnel diplomatique.

Cette mystérieuse affaire n'a été dévoilée que début août, mais les premiers «symptômes physiques» ont été signalés fin 2016.

Le climat était déjà tendu entre les États-Unis et Cuba, dont les relations sont encore fragiles. La situation s'était en effet dégradée avec l'élection du républicain Donald Trump à la Maison-Blanche, qui a durci le ton face à La Havane, portant un coup au rapprochement initié par son prédécesseur démocrate Barack Obama.

«Tant que les responsables de ces attaques ne seront pas traduits en justice, les États-Unis devraient immédiatement expulser un nombre équivalent d'employés cubains» et «envisager de remettre Cuba dans la liste noire des États qui soutiennent le terrorisme», a déclaré vendredi le sénateur républicain de Floride Marco Rubio, fils d'immigrés cubains anticastristes et partisan d'une ligne dure face à La Havane.

Les auteurs des «attaques, «quels qu'ils soient, tentent clairement de saper le processus de normalisation entre les États-Unis et Cuba», a estimé pour sa part le sénateur démocrate Patrick Leahy.




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