L'homme «le plus détesté» des États-Unis subit son procès

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Martin Shkreli est vu par plusieurs comme «le visage de la cupidité» de l'industrie pharmaceutique.

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Catherine TRIOMPHE
Agence France-Presse
New York

Martin Shkreli est-il un «génie un peu autiste»? Ou un menteur ayant dérobé des millions alors qu'il gérait de multiples sociétés? La question devrait être au coeur du procès de «l'homme le plus détesté» des États-Unis, qui s'est ouvert mercredi à New York.

Le jeune entrepreneur de 34 ans, dont le sourire narquois est devenu célèbre dans tout le pays, a acquis ce surnom peu enviable après qu'un groupe pharmaceutique qu'il dirigeait, Turing, eut augmenté du jour au lendemain en 2015 de 5000% le prix d'un médicament contre le sida, le Daraprim.

Beaucoup le voient depuis comme «le visage de la cupidité» de l'industrie pharmaceutique, d'autant qu'il était apparu comme singulièrement méprisant lors d'une audition au Sénat américain en février 2016 sur l'augmentation des prix de certains médicaments.

Ce lourd passif a contribué à retarder le début de son procès, qui était attendu à New York depuis lundi: plus d'une centaine de jurés potentiels ont dû être excusés, nombreux étant ceux qui ont indiqué avoir une opinion trop négative de lui pour pouvoir le juger objectivement. Certains sont même allés jusqu'à le qualifier de «serpent».

Pourtant, toute cette histoire n'a rien à voir avec les faits pour lesquels il se retrouve en procès devant le tribunal fédéral de Brooklyn.

Il doit y répondre de fraude sur titres, fraude bancaire, conspiration dans la gestion de trois sociétés qu'il a dirigées - deux fonds alternatifs, MSMB Capital et MSMB Healthcare, et une société pharmaceutique, Retrophin, qu'il avait fondée en 2011.

Au total, il fait face à huit chefs d'accusation qui pourraient lui valoir, en cas de condamnation, jusqu'à 20 ans de prison.

Mercredi en fin d'après-midi, à l'ouverture du procès, le procureur fédéral Karthik Srinivasan l'a présenté comme un menteur en série, «mentant pour obtenir l'argent des investisseurs, puis volant une société cotée et ses actionnaires pour rembourser ces mêmes investisseurs», selon un schéma pyramidal frauduleux classique.

Selon l'accusation, Shkreli aurait accumulé «mensonges après mensonges après mensonges», «dérobant au total plus de 10 millions de dollars à Retrophin et ses actionnaires».

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Dustin Hoffman et Tom Cruise dans le film oscarisé Rain Man (1988).

«Drôle d'oiseau»

Mais pour son avocat Benjamin Brafman, le jeune homme - qui serait parvenu en étudiant seul, des nuits durant, à un excellent niveau de chimie et de biologie - est tout simplement «un génie», sur lequel des investisseurs parmi les plus chevronnés étaient prêts à miser des centaines de milliers de dollars, même s'ils se demandaient s'il n'était pas aussi «un peu autiste, un peu Rain Man»».

À en croire M. Brafman, célèbre avocat new-yorkais qui représenta l'ex-directeur du FMI Dominique Strauss-Kahn lorsqu'il fut accusé d'agression sexuelle en 2011, le procès montrera que ces investisseurs ont «joué leur argent» dans les fonds alternatifs gérés par Shkreli parce qu'«ils pariaient sur le génie» de cet autodidacte. Et que beaucoup, loin d'être des victimes, «ont gagné des millions grâce à Martin Shkreli».

«Les gens vous diront: Martin est fou, mais c'est un génie!», a affirmé Brafman.

Si le conseil d'administration de Retrophin a finalement renvoyé ce «drôle d'oiseau», alors que cette société commençait à connaître le succès, c'est parce qu'«il ne correspondait pas à l'image d'un président de société, ils étaient gênés, ils ne savaient pas comment gérer ça».

«Vous pouvez ne pas aimer Martin Shkreli, vous pouvez même avoir de bonnes raisons de détester Martin Shkreli, mais cela ne suffit pas à le condamner», a plaidé l'avocat.

Shkreli a en effet réussi à se faire de nombreux ennemis non seulement par l'augmentation du Daraprim, mais aussi en achetant pour deux millions de dollars l'unique exemplaire du dernier album du groupe de rap Wu-Tang Clan, ou en harcelant une journaliste sur Twitter.

Le réseau social a conséquemment suspendu son compte en janvier, même si Shkreli a laissé entendre avoir été radié pour des raisons politiques - notamment pour avoir soutenu Donald Trump.

Benjamin Brafman n'a pas précisé mercredi s'il appellerait l'accusé à la barre, avec le risque que l'apparent mépris qui avait rendu Shkreli si impopulaire lors de son audition au Sénat ne joue à nouveau contre lui.

Le procès devant la juge Kiyo Matsumoto est prévu pour durer entre quatre et six semaines.




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