Donald Trump: rendez-vous manqué avec les Européens

Donald Trump... (Photo Evan Vucci, REUTERS)

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Donald Trump

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Jerome CARTILLIER
Agence France-Presse
Taormina

Le premier déplacement de Donald Trump en Europe devait être l'occasion d'apaiser, de clarifier: le président américain aura au contraire, à Bruxelles comme en Sicile, alimenté la perplexité et la défiance.

Le discours de jeudi au siège de l'Alliance atlantique a donné le ton: se posant en défenseur intraitable du contribuable américain, le locataire de la Maison-Blanche a, dans une allocution aux accents de campagne, fait la leçon à des Alliés accusés de devoir «d'énormes sommes d'argent».

L'image, qui a tourné en boucle, du président de la première puissance mondiale bousculant le premier ministre du petit Monténégro pour s'imposer au premier rang, n'a pas contribué à apaiser les choses.

Cette entrée en matière a renforcé le sentiment que si M. Trump avait goûté avec un plaisir non dissimulé à l'accueil royal qui lui a été réservé en Arabie saoudite, il n'avait qu'un appétit mesuré pour son escale européenne.

«C'est la première fois que nous voyons un président américain plus à l'aise au milieu des monarques arabes que parmi ses alliés démocrates européens», soulignait dans «Foreign policy» Derek Chollet, ancien diplomate de l'administration Obama.

Certes, M. Trump se tient désormais à l'écart de ses interrogations les plus provocatrices sur l'utilité de l'OTAN ou le devenir de l'UE.

Mais dans le cadre enchanteur de Taormina, joyau de la Sicile qui a accueilli le sommet du G7, il aura peu fait pour renforcer les liens ou prendre un peu de hauteur.

Et sur nombre de sujets cruciaux, le flou et les désaccords persistent.

Sur l'accord de Paris sur le climat, le président américain fait durer le suspense. Ironie amère: il a annoncé d'un tweet, peu avant la diffusion de la déclaration finale constatant l'absence de position commune, qu'il trancherait «la semaine prochaine».

La chancelière allemande Angela Merkel cachait à peine sa frustration à l'issue du sommet, déplorant cette situation «à six contre un».

En revanche, le président français Emmanuel Macron a vu des «progrès» dans la discussion sur le climat et a qualifié son homologue américain de «pragmatique», «ouvert» et «à l'écoute».

Mais pour Julianne Smith, du Center for a New American Security (CNAS), la tournée en Europe de M. Trump «fut une occasion manquée», estime Julianne Smith du Center for a New American Security (CNAS). «Vladimir Poutine s'est sans aucun doute délecté de ces divisions entre les deux côtés de l'Atlantique, un objectif recherché avec assiduité par Moscou ces dernières années».

Pas de conférence de presse

Ce qui frappe dans cette escale européenne est la volonté du magnat de l'immobilier de parler, en toutes circonstances, à sa base électorale, de l'autre côté de l'océan, qui a gardé en tête un slogan: «L'Amérique d'abord».

«Son point de vue évolue», lançait jeudi soir Gary Cohn, conseiller économique de M. Trump, en évoquant l'accord de Paris sur le climat. «Il est venu ici pour apprendre».

À peine avait-il fini sa phrase, le général H.R. McMaster, conseiller à la sécurité nationale, debout à ses côtés, rectifiait le tir, précisant que le président ne retiendrait in fine qu'un critère: ce qui est «le mieux pour les Américains».

Reste la question des interactions entre le nouveau locataire de la Maison-Blanche et chaque membre du G7.

«Le président aime la communication, ce qui ne vous surprendra pas», résumait Rex Tillerson, chef de la diplomatie américaine, interrogé à bord d'Air Force One sur le style Trump.

Lors du G7 de Sicile, il n'a publiquement affiché sa complicité qu'avec son «ami» Shinzo Abe, le premier ministre japonais.

Les discussions avec Theresa May ont été entachées par l'affaire des fuites sur l'enquête de Manchester. Les relations avec Angela Merkel, qui vient de rappeler à Berlin sa complicité avec Barack Obama, ne sont pas au beau fixe.

L'histoire avec le nouveau président français Emmanuel Macron reste à écrire, au-delà d'un déjeuner, d'un premier échange «constructif et direct» et d'une étrange - et virile - poignée de main.

Pour le 45e président des États-Unis, qui devait quitter la Sicile samedi soir, l'occasion de donner publiquement des gages de fidélité à ses alliés européens est probablement passée.

Contrairement à une tradition observée par ses prédécesseurs, il n'a participé à aucune conférence de presse au dernier jour de son déplacement, son premier à l'étranger.

«Il a travaillé sans arrêt», a tenté son conseiller Gary Cohn pour expliquer cette décision.




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