L'admiration de Trump pour les dirigeants forts sème la consternation

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Dave Clark
Agence France-Presse
Washington

Du Russe Vladimir Poutine au Turc Recep Tayyip Erdogan, l'Américain Donald Trump semble admirer les dirigeants forts, mais l'invitation qu'il a lancée au Philippin Rodrigo Duterte sème la consternation chez les défenseurs des droits de l'homme.

Avant d'entrer à la Maison-Blanche, le président des États-Unis n'avait cessé de louer l'«intelligence» de son homologue russe avant de prendre quelque peu ses distances avec le chef du Kremlin.

Passé le cap des 100 jours au pouvoir, l'homme d'affaires, novice en politique étrangère, semble toujours attiré par des chefs d'État et de gouvernement accusés par leurs détracteurs d'être des autocrates, même s'ils ont été démocratiquement élus, comme pour le président turc.

Dernier coup d'éclat en date, M. Trump a confié lundi qu'il serait «honoré» de rencontrer le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un «si les conditions étaient réunies». Il l'avait qualifié ce week-end de «petit malin» pour son habileté supposée à s'être hissé au pouvoir malgré son jeune âge.

À l'égard du principal allié de Pyongyang, la Chine, le président américain s'était félicité de l'«alchimie» qu'il aurait créée avec le numéro un chinois Xi Jinping, un chef d'État «très respecté», qu'il a reçu dans sa résidence en Floride début avril.

En quête de soutien en Asie pour sa stratégie nord-coréenne, M. Trump a également invité le chef de la junte militaire thaïlandaise Prayut Chan-o-cha, ex-chef de l'armée devenu premier ministre à la faveur d'un coup d'État en mai 2014.

Donald Trump a lancé son invitation officielle la plus spectaculaire ce week-end au Philippin Duterte lors d'une conversation téléphonique entre deux présidents considérés comme des «populistes».

L'homme fort de Manille, qui se présente comme un «socialiste», a essuyé les critiques de nombreuses capitales étrangères - dont Washington sous la présidence de Barack Obama que M. Duterte avait alors traité de «fils de pute» - pour sa sanglante guerre contre le trafic de stupéfiants.

Condamnée par les grandes organisations de défense des droits de l'homme telles qu'Amnesty International, cette terrible lutte antidrogue a fait des milliers de morts en moins d'un an dans cette ancienne colonie américaine.

«Depuis juillet, la police et des milices ont tué plus de 6000 trafiquants et usagers de drogues», avait dénoncé en mars le département d'État dans son rapport annuel mondial sur les droits de l'homme concocté par le secrétaire d'État précédent John Kerry, mais publié sous le mandat du nouveau ministre des Affaires étrangères Rex Tillerson. Washington avait condamné «des exécutions extrajudiciaires en forte augmentation».

«Massacre dans les rues»

L'invitation lancée par le président Trump à son homologue philippin a provoqué la colère de l'opposition démocrate au Congrès et de défenseurs des droits de l'homme.

Eliot Engel, un cacique démocrate de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, a exhorté le locataire républicain de la Maison-Blanche à renoncer à recevoir M. Duterte compte tenu de son «mépris flagrant pour la vie humaine et l'État de droit (...) au moment où des milliers de Philippins se font massacrer dans les rues».

Aux yeux de Phelim Kine, spécialiste de l'Asie pour l'organisation américaine Human Rights Watch, M. Trump a tout bonnement fait «une chaleureuse accolade sans condition à M. Duterte».

«C'est un message: les États-Unis ne se préoccupent plus des droits de l'homme», a-t-il dénoncé auprès de l'AFP.

Reste que l'administration Trump n'a pas l'apanage des relations ambiguës de l'Amérique avec des régimes jugés autoritaires.

Durant la Guerre froide, Washington a soutenu nombre de dictatures en Amérique latine ou en Asie au nom de la lutte contre le communisme.

Et même si l'administration Obama s'était faite la championne de la défense internationale des droits de l'homme, elle avait soutenu, à titre d'exemple, le régime égyptien du président Abdel Fattah al-Sissi arrivé au pouvoir après la destitution en 2013 de son prédécesseur islamiste Mohamed Morsi. En recevant début avril M. Sissi, M. Trump avait lui aussi loué son «travail fantastique».




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