Le Sénat se prépare à une grande bataille sur le juge Gorsuch

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Sébastien BLANC
Agence France-Presse
Washington

Même s'il s'est plutôt bien tiré de son grand oral devant les élus américains, le juge conservateur Neil Gorsuch fera l'objet d'une féroce bataille partisane au Sénat pour être confirmé à la Cour suprême.

Le chef des sénateurs démocrates, minoritaires, a en effet promis jeudi de recourir à l'obstruction pour empêcher l'intronisation dans le temple du droit du magistrat choisi par Donald Trump.

La chambre haute du Congrès doit voter début avril pour confirmer ou non M. Gorsuch, qui en était jeudi à son quatrième et dernier jour d'audition sur la colline du Capitole.

En face du grand édifice parlementaire se trouve le bâtiment en marbre blanc de la Cour suprême, où neuf sages nommés à vie ont pour mission de trancher les grandes questions de société aux États-Unis.

«Après mûre réflexion, j'ai conclu que je ne pouvais pas soutenir la nomination du juge Neil Gorsuch», a déclaré Chuck Schumer, chef de file des sénateurs démocrates.

«Je voterai non, et j'exhorte mes collègues à me suivre», a-t-il ajouté, en précisant que le magistrat aura donc besoin de réunir 60 voix sur le total de 100 sénateurs, comme l'exige la règle en cas d'obstruction.

La Maison Blanche a peu après dénoncé une stratégie représentant «un esprit de parti que les Américains sont venus à rejeter».

«La décision du sénateur Schumer est vraiment décevante car elle va à l'encontre de la tradition moderne des confirmations sénatoriales à la Cour suprême», a déclaré Sean Spicer, porte-parole de l'exécutif, sans mentionner que les sénateurs républicains étaient restés campés l'année dernière sur une position encore plus intransigeante, en refusant d'entendre le juge nommé à ce poste par Barack Obama.

Dix «maillons faibles» 

Les républicains ayant 52 sièges au Sénat, M. Gorsuch devra rallier les voix de huit élus démocrates.

Dans cet objectif, les lobbys conservateurs américains ont ces derniers mois investi des millions de dollars dans des campagnes mettant la pression sur dix sénateurs démocrates devant se représenter en 2018 dans des États qui ont voté Trump à la présidentielle.

Ces élus identifiés comme de potentiels maillons faibles risquent de voir leur carrière capoter s'ils suivent le mot d'ordre de M. Schumer.

Partisan de la peine de mort et d'autres thèmes chers à l'Amérique la plus à droite, Neil Gorsuch est présenté par ses soutiens comme un esprit indépendant et un serviteur irréprochable du droit.

Il a tenté de le montrer cette semaine, soumis au feu roulant des questions des sénateurs.

En restant muet ou très évasif sur ses convictions personnelles, en se retranchant derrière l'indépendance de la justice pour éviter d'aborder les sujets politiques, M. Gorsuch est sorti de cette épreuve sans égratignure notable.

20 heures de questions 

Au terme de 20 heures d'interrogatoire mardi et mercredi, les élus démocrates ont ainsi échoué à le faire trébucher sur sa jurisprudence, sa vision au pied de la lettre de la Constitution, son cautionnement apparent de la torture sous l'administration Bush ou encore ses liens avec d'importants intérêts financiers.

Ils ne sont également pas parvenus à déstabiliser M. Gorsuch sur sa relation avec Donald Trump, que ce soit en exigeant qu'il se distancie du milliardaire président ou au contraire qu'il confirme leur proximité.

L'intensité de la lutte politique autour du juge Gorsuch s'explique par le rôle crucial qu'il jouera s'il est confirmé: il apportera une majorité conservatrice à la Cour suprême, une perspective qui inquiète les défenseurs des droits des femmes, des travailleurs, des minorités ou des homosexuels, pour n'en citer que quelques-uns.

Cette bataille se déroule dans un pays plus que jamais divisé par la façon de gouverner de Donald Trump, qui a échoué jeudi à rassembler son propre camp autour de sa réforme santé. Par ailleurs, deux mois après son entrée en fonction, il n'a toujours pas pu finaliser son équipe de ministres.

À noter que l'état-major républicain au Sénat dispose en théorie d'une «option nucléaire» permettant d'abaisser le seuil des voix nécessaires de 60 à 50 pour confirmer un juge de la Cour suprême.

M. Trump a clairement conseillé d'avoir recours à cette stratégie, jugée très risquée car elle ouvrirait la possibilité aux démocrates d'agir pareillement s'ils venaient à reprendre la majorité.




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