Décret anti-immigration: Trump face à une double offensive

Après avoir passé le week-end at Mar-a-Lago, Donald... (Photo Susan Walsh, AP)

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Après avoir passé le week-end at Mar-a-Lago, Donald Trump est monté à bord d'Air Force One pour se rendre à la base militaire MacDill de Tampa, avant de retourner à Washington, le 6 février.

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Anne RENAUT
Agence France-Presse
Washington

Donald Trump était confronté lundi à une double offensive judiciaire et politique contre son décret anti-immigration. La décision la plus emblématique de sa jeune présidence est bloquée par la justice, contestée dans la rue et attaquée par les plus grosses entreprises de haute technologie.

Le blocage du décret a de fait rouvert les portes du pays aux réfugiés et aux ressortissants des sept pays visés.

Facebook, Google, Microsoft, Twitter et Apple, ont déposé dans la nuit de dimanche à lundi une requête en justice dénonçant les « dommages » causés par ce texte.

Au total, près d'une centaine d'entreprises se sont jointes à la plainte contre ce texte signé le 27 janvier par le nouveau président, qui interdit temporairement l'entrée aux États-Unis des réfugiés et des ressortissants de sept pays majoritairement musulmans (Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie, Yémen).

Plus tôt dans la journée, l'administration Trump avait déjà subi un revers de taille. La cour d'appel fédérale de San Francisco avait rejeté l'appel formulé samedi par le ministère de la Justice, qui réclamait l'annulation de la décision de suspendre le décret sur tout le territoire américain, prise par le juge de Seattle, James Robart, vendredi.

La Maison-Blanche a maintenant jusqu'à 18 h pour étoffer son argumentaire auprès de la cour de San Francisco.

Côté politique, plusieurs hauts responsables de l'administration démocrate sortante, dont l'ex-secrétaire d'État John Kerry et l'ex-directeur de la CIA et ancien secrétaire à la Défense Leon Panetta, ont aussi demandé le maintien du blocage d'un décret « mal conçu, mal mis en oeuvre et mal expliqué ».

« Les gens veulent la sécurité »

Un malaise ressenti jusque dans le camp du président lui-même, d'autant que M. Trump s'est livré à une attaque en règle contre le juge Robart, le qualifiant de « pseudo-juge » et l'accusant de sacrifier la sécurité du pays.

Mitch McConnell, le chef de file des républicains au Sénat, a tenté de temporiser en expliquant que la justice faisait son travail et s'est démarqué du décret, dimanche, craignant notamment que sa rédaction trop vague ne laisse la porte ouverte à « un test religieux ».

« Nous voulons tous empêcher les terroristes de pénétrer aux États-Unis, mais nous ne voulons certainement pas que des alliés musulmans qui se sont battus à nos côtés ne puissent se rendre aux États-Unis », a-t-il souligné.

L'opinion américaine est elle aussi défavorable au texte, qui a encore déversé dans les rues des grandes capitales mondiales des milliers de manifestants ce week-end.

Mais Donald Trump estime que ces sondages sont faux. « Tous les sondages négatifs sont de fausses informations, comme les sondages de CNN, ABC, NBC lors de l'élection », a-t-il écrit lundi matin sur Twitter.

« Désolé mais les gens veulent la sécurité aux frontières et des contrôles extrêmes », a fait valoir le président qui doit visiter lundi le commandement militaire américain chargé du Moyen-Orient et de la lutte contre le groupe État islamique.

Quelque 53 % des Américains contestent le décret limitant l'immigration (47 % l'approuvent), selon un sondage CNN réalisé entre le 31 janvier et le 2 février. Quelque 51 % s'y opposent (45 % l'approuvent) selon un autre sondage CBS.

Selon le sondage CNN, une proportion identique d'Américains (53 %) ont une opinion négative de la présidence en général de Donald Trump, arrivé à la Maison-Blanche il y a seulement deux semaines.

Le président a balayé d'un revers de la main cette impopularité historique et s'en est pris une nouvelle fois aux médias après avoir critiqué ce week-end le système judiciaire.

« Je décide par moi-même, en me basant largement sur un ensemble de données, et tout le monde le sait. Certains médias de FAUSSES INFORMATIONS, pour se marginaliser, mentent ! », a-t-il tweeté lundi.

Pays divisé

La décision de la justice a poussé les réfugiés et les ressortissants des sept pays visés par le texte controversé, à tenter de venir aux États-Unis le plus vite possible.

Les immigrants embarquaient de ce fait en nombre sur des vols à destination des États-Unis. Et de nombreuses compagnies aériennes, dont Air France, acceptent de nouveau les ressortissants des sept pays visés.

Quelque 60 000 visas ont également retrouvé leur validité, selon la diplomatie américaine.

Sara Yarjani, étudiante de 35 ans, qui avait été expulsée dans la foulée du décret, est revenue dimanche à Los Angeles. « Bienvenue aux États-Unis », s'est exclamé une femme venu l'accueillir. « Je suis si reconnaissante à tous les avocats et tous ceux qui m'ont aidée [...], pour moi c'est ça l'Amérique », a déclaré Mme Yarjani en larmes.

La Maison-Blanche, toutefois, entend vite refermer la brèche légale dans laquelle s'engouffrent de nombreux migrants et remporter le combat judiciaire, quitte à multiplier les appels ou porter l'affaire devant la Cour suprême.

Le vice-président Mike Pence a écumé les plateaux de télévision dimanche pour exprimer sa « frustration ». L'exécutif, a-t-il promis sur Fox News, « va réagir très rapidement ».




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