Il y a 50 ans, les émeutes de Watts enflammaient Los Angeles

Le 11 août 1965, Marquette Frye, un afro-américain de 21 ans, était arrêté pour... (ARCHIVES AP)

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Veronique DUPONT
Agence France-Presse
Los Angeles

Le 11 août 1965, Marquette Frye, un afro-américain de 21 ans, était arrêté pour conduite en état d'ivresse par un policier blanc dans le quartier de Watts, déclenchant six jours d'émeutes qui ont coûté la vie à 34 personnes et changé l'Amérique.

«Je regardais la télévision et j'y ai entendu que la police avait brutalisé Frye. Quand la situation a pris de l'ampleur, j'ai sauté dans une voiture avec des amis et je suis venu», se souvient Masai Minters, psychologue et conseiller à l'université UCLA, qui avait quinze ans à l'époque.

Earl Hutchinson, auteur et militant anti-discriminations qui avait seize ans, décrit «des flammes, le chaos, une scène sortie de l'enfer de Dante».

«La rumeur s'est répandue que les flics avaient tué quelqu'un. Des centaines de personnes ont déferlé dans les rues. Ils sont entrés dans les magasins» dont beaucoup étaient propriété de blancs, «volant des caisses de vin, des télévisions, etc.», raconte-t-il.

Après des années de frustration face aux discriminations et à la brutalité policière dans une Amérique à peine sortie de la ségrégation, les habitants de Watts, à Los Angeles, laissaient éclater leur colère.

«La police de Los Angeles est arrivée en tenue de combat», bientôt renforcée par la Garde nationale, poursuit M. Hutchinson, à la longue silhouette et aux yeux cerclés de fines lunettes métalliques.

«Ils étaient tous blancs, armés jusqu'aux dents, ils avaient des tanks, ils représentaient l'autorité de l'État mais on voyait la peur dans leurs yeux», ajoute-t-il.

Masai Minter se souvient du sentiment de rage, de peur et d'excitation mêlés de ces six journées menées par le cri de ralliement «Burn Baby Burn».

Ce qui l'a pourtant le plus marqué, c'est la sensation de libération, force et fierté ressentie en osant faire face à la police après des années passées à se faire constamment contrôler et fouiller pour un rien dans la rue.

Inégalités structurelles 

«Ca a changé ma vie. Je suis devenu plus engagé», fait-il valoir.

«On sentait que le changement était dans l'air. Les émeutes de Watts arrivaient au pic du mouvement des droits civiques», juste après la déségrégation et quelques jours après la ratification de la loi sur la protection du droit de vote poussée par Martin Luther King», renchérit Earl Hutchinson.

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Ont suivi les Black Panthers, Malcom X, le Black Power mais aussi le Black is Beautiful, la fierté noire.

«On laissait nos cheveux pousser au naturel, les gens portaient des couleurs vives, on était fiers d'être noirs» insiste Masai Minter.

Cinquante ans après, beaucoup et trop peu de choses à la fois ont changé à Watts.

En 1992, Los Angeles s'enflammait de nouveau à la suite de l'acquittement des policiers ayant passé à tabac un jeune noir, Rodney King.

Aujourd'hui, la violence a baissé mais elle reste bien plus élevée que dans le reste de Los Angeles et du pays, à cause de gangs, d'un système judiciaire, d'écoles et services sociaux inefficaces. Le chômage plane à 14% environ contre 5,3% en moyenne dans le pays.

«Les inégalités économiques structurelles, la violence de la police, tout ceci se reproduit», remarque Scot Brown, professeur d'histoire afro-américaine à UCLA.

La police s'est diversifiée ethniquement, dialogue avec les résidents et a installé des garde-fous contre les abus de pouvoir mais «nous avons quand même eu un Ezell Ford», un jeune homme de 25 ans sans armes tué par deux policiers il y a un an.

La métropole californienne a gardé le calme alors que des manifestations monstres et des violences éclataient à Ferguson et ailleurs dans la foulée de la mort de Michael Brown et d'autres hommes noirs sans arme tués par des policiers à travers les États-Unis.

«Les habitants de Watts savent que de nouvelles émeutes ne feraient que renforcer la stigmatisation du quartier. Nous avons appris à faire passer nos messages autrement», assure Shanice Joseph, 23 ans, qui vit et a grandi dans ce quartier sur lequel elle écrit des articles pour le magazine Time.

Mais pour Scot Brown, «il y a toujours quelque chose qui bouillonne, on ne peut pas prédire où et quand ça va exploser».

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