Visite historique du premier ministre japonais aux États-Unis

Le premier ministre japonais Shinzo Abe (à droite)... (PHOTO JIM WATSON, ARCHIVES AFP)

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Le premier ministre japonais Shinzo Abe (à droite) et le président américain Barack Obama, à Tokyo, le 24 avril 2014.

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Hiroshi HIYAMA, Philippe AGRET
Agence France-Presse
TOKYO

Shinzo Abe entame dimanche un voyage historique aux États-Unis avec l'ambition d'approfondir le partenariat stratégique avec son allié américain face à la superpuissance chinoise en Asie-Pacifique.

Symbole de l'importance accordée à cette visite, le premier ministre conservateur deviendra, mercredi, le premier dirigeant japonais à prendre la parole devant le Congrès, privilège réservé aux meilleurs amis de Washington.

M. Abe, avocat d'un «pacifisme actif» qui s'appuie sur l'alliance nippo-américaine, a qualifié cette dernière d'«inébranlable» dans un récent entretien accordé au Washington Post.

Durant sa tournée d'une semaine, qui le conduira de la côte est à la côte ouest, Shinzo Abe devrait s'efforcer de modérer son image de faucon nationaliste auprès des Américains qui le connaissent mal (plus de 70 % ignorent son nom, selon un sondage), estiment les analystes.

«Il pourrait utiliser son voyage pour apaiser les inquiétudes (américaines) et présenter sa vision des relations Japon/États-Unis devant la montée de la Chine», explique le professeur Mitsuru Fukuda, de l'Université Nihon.

TPP et pacte militaire

Au menu de cette visite d'État figure le partenariat trans-Pacifique (TPP), au moment où les négociations sur ce projet de zone de libre-échange régionale, dont est exclu Pékin, abordent le dernier tournant.

Selon le secrétaire d'État adjoint américain pour l'Asie, Danny Russel, les États-Unis et le Japon sont à «deux doigts» de conclure une entente sur ce dossier érigé en priorité par MM. Obama et Abe.

Il sera aussi question de la mise à jour des «lignes directrices» de l'alliance militaire entre Tokyo et Washington.

Elles doivent être finalisées lors d'une réunion des ministres de la Défense et des Affaires étrangères des deux pays avant un sommet Obama-Abe mardi à Washington.

La nouvelle révision tient compte du poids militaire croissant de la Chine, et de ses querelles territoriales avec ses voisins, dont le Japon, en mer de Chine.

Le document actualisé prend aussi acte de la nouvelle interprétation de la Constitution japonaise proposée par le gouvernement Abe, qui autoriserait l'armée nippone à participer à des opérations militaires extérieures afin d'aider des alliés, une première depuis l'instauration en 1947 d'une Charte pacifiste.

Ainsi, des soldats japonais pourraient «dans certaines circonstances» intervenir pour «défendre» des forces américaines, en cas d'attaque contre celles-ci, selon un haut responsable américain.

«L'alliance nippo-américaine va devenir plus efficace et plus forte. En conséquence, la dissuasion se renforcera et la région n'en sera que plus stable», a assuré cette semaine M. Abe à la télévision japonaise.

La montée en puissance de la Chine tant sur le plan économique que de la sécurité régionale préoccupe les deux alliés.

Le poids de l'Histoire

Mais Tokyo lui-même n'est pas exempt de critiques alors qu'approche le 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale dont le Japon était sorti défait après les bombardements atomiques américains de Hiroshima et Nagasaki (août 1945).

Les voisins de l'Archipel - Chinois et Coréens - lui reprochent de n'avoir pas suffisamment présenté de repentance «sincère» pour les crimes de son passé militariste.

Shinzo Abe, politicien nationaliste de tradition, s'est borné pour l'instant à réitérer les «profonds remords» du Japon, mais sans répéter les excuses attendues dans la région.

En outre, des membres de son gouvernement et une centaine de parlementaires ont à nouveau visité ces derniers jours le sanctuaire patriotique Yasukuni à Tokyo, perçu par Pékin et Séoul comme un symbole du passé militariste du Japon.

Ces pèlerinages n'ont pas manqué de déclencher des condamnations de la Corée du Sud, autre alliée cruciale de Washington en Asie, et de la Chine.

Et à la veille de la venue de Shinzo Abe, une ancienne esclave sexuelle coréenne, enrôlée dans un bordel militaire japonais en 1944-45, a témoigné à Washington.

«Je ne mourrai pas tant que cette question ne sera pas résolue», a expliqué Lee Yong-soo, aujourd'hui âgée de 87 ans, lors d'une conférence de presse au Congrès.

Vingt-cinq élus de la Chambre des représentants, dont le président de la commission des Affaires étrangères, Ed Royce, ont écrit jeudi à l'ambassadeur japonais à Washington pour demander à M. Abe «de poser les bases d'une cicatrisation et d'une réconciliation humble en évoquant les questions historiques».

À cet égard, le discours du premier ministre nippon devant les représentants et sénateurs américains sera reçu avec attention.

«La clé du succès (de la visite) reposera sur la capacité de M. Abe à expliquer ses intentions au Congrès et aux médias américains», estime le professeur Fukuda.

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