Faut-il boycotter l'Indiana?

Des milliers de personnes ont manifesté samedi à... (Photo: Reuters)

Agrandir

Des milliers de personnes ont manifesté samedi à Indianapolis contre une loi sur la liberté de religion adoptée récemment qui ouvrirait la porte, selon certains, à la discrimination contre les homosexuels.

Photo: Reuters

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(New York) Faut croire que Mike Pence n'était pas trop fier de son coup.

Jeudi, le gouverneur de l'Indiana et candidat pressenti à l'élection présidentielle de 2016 a promulgué une loi sur la liberté de religion lors d'une cérémonie dont la presse a été exclue. Une photo du huis clos s'est néanmoins vite retrouvée sur les médias sociaux, montrant le dirigeant de l'État du Midwest en train de signer le texte en présence de religieuses catholiques, de juifs orthodoxes et de représentants de groupes conservateurs.

Depuis lors, l'Indiana semble être en voie de devenir un État paria. Des associations de défense des droits des homosexuels dénoncent le «Hoosier State» en affirmant que la nouvelle loi permettra aux entreprises locales de refuser les clients homosexuels au nom de leurs croyances religieuses. Des chefs d'entreprise, dont Tim Cook, d'Apple, et des organisations sportives expriment leur déception, leur opposition ou leur intention de remettre en question leurs investissements en Indiana. Et des artistes menacent de boycotter cet État qui a vu naître Michael Jackson, David Letterman et John Mellencamp, un mouvement encouragé sur Twitter par l'acteur George Takei (Star Trek) et le mot-clic #BoycottIndiana.

La controverse ne pouvait pas plus mal tomber pour l'Indiana. Indianapolis, capitale et ville la plus populeuse de l'État, accueille les sièges sociaux de bon nombre d'entreprises, des conventions de toutes sortes, dont la prochaine conférence de Gen Con, grand-messe des jeux, ainsi que des manifestations sportives d'envergure. Au menu de ses activités le week-end prochain: le Final Four de la NCAA, demi-finales et finale du prestigieux tournoi de basketball universitaire américain.

Vendredi, la puissante NCAA, dont le siège se trouve justement à Indianapolis, a fait connaître son «inquiétude» concernant l'effet de la nouvelle loi sur ses athlètes et ses employés.

Et comment le gouverneur de l'Indiana réagit-il à ce tollé? Il se dit à la fois surpris et furieux. Surpris parce que la loi de son État est calquée sur un texte semblable ratifié en 1993 par Bill Clinton et, depuis, par les gouverneurs de 19 États, dont l'Illinois, où un certain sénateur local répondant au nom de Barack Obama y a apporté son soutien en 1998.

Et furieux à l'endroit de ceux qui ont orchestré cette polémique, alimentée selon lui par une «incompréhension induite par la désinformation».

«Cela n'a rien à voir avec la discrimination», a-t-il dit hier matin sur ABC, tout en promettant d'étudier tout texte visant à «clarifier» la loi qui vient tout juste d'être adoptée.

Le Religious Freedom Restoration Act, tel qu'il a été ratifié en Indiana, ne fait aucune mention de l'homosexualité. Le texte vise à empêcher l'État de nuire «de façon appréciable à la liberté de culte d'une personne».

Rempart contre le mariage gai

Or, il ne fait pas de doute que certains promoteurs de cette loi dans l'Indiana la considèrent comme un rempart contre le mariage gai. L'un d'eux, qui était présent lors de la promulgation du texte, l'avoue sans ambages sur le site internet d'Advance America, l'organisme dont il est le fondateur.

«Les entreprises et les particuliers chrétiens méritent d'être protégés contre ceux qui soutiennent le mariage homosexuel et ceux qui soutiennent la reconnaissance par le gouvernement de l'identité de genre [les hommes qui s'habillent en femmes]», écrit Eric Miller.

Selon lui, la nouvelle loi permettra notamment aux «photographes, fleuristes et pâtissiers chrétiens» de refuser de «participer à un mariage homosexuel». Elle permettra en outre à une entreprise chrétienne de refuser «à un homme d'utiliser les toilettes des femmes».

Les militants de la cause LGBT ne sont pas les seuls à croire que cette loi ouvre la porte à l'intolérance. Dès le lendemain de l'adoption du texte, Marc Benioff, PDG de Salesforce.com, une société de technologie californienne qui a une présence importante dans l'Indiana, a annulé «tous les programmes qui requièrent que [ses] employés ou clients voyagent dans l'Indiana où ils seraient l'objet de discrimination».

La réaction des Bernioff, Cook et autres chefs d'entreprise explique sans doute pourquoi le maire républicain d'Indianapolis et la Chambre de commerce de l'Indiana, entre autres, ont milité contre l'adoption de cette loi, qui entrera en vigueur le 1er juillet. Un phénomène semblable se produit en ce moment en Arkansas, où le géant Wal-Mart s'oppose à une loi sur la liberté de religion adoptée par le Sénat de l'État vendredi.

Mais il n'est pas sûr que les militants de la cause homosexuelle et leurs alliés se satisferont d'une «clarification» de la loi adoptée jeudi dans l'Indiana. Après tout, le gouverneur Pence a assuré que le nouveau texte n'offrirait aucune protection particulière aux homosexuels.

«Cela ne fait pas partie de mon programme», a-t-il dit samedi à un quotidien d'Indianapolis.

D'où la question: faut-il boycotter l'Indiana?

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer