35 ans après la disparition d'un enfant, le procès de son meurtrier présumé s'ouvre

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Stan Patz, le père d'Etan, arrive au tribunal de Manhattan, le 30 janvier.

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Brigitte DUSSEAU
Agence France-Presse
NEW YORK

Trente-cinq ans après la disparition d'un petit garçon qui avait traumatisé l'Amérique, le procès de son meurtrier présumé s'est ouvert vendredi à New York, la procureure faisant revivre devant une salle comble un Etan Patz de 6 ans, plein de vie, disparu à jamais au coin de sa rue.

L'enfant au «sourire contagieux», «petit bonhomme au grand coeur» selon la procureure Joan Illuzzi Orbon, s'était évaporé le 25 mai 1979, alors qu'il allait prendre le bus scolaire, seul, pour la première fois, à deux rues de chez lui dans le quartier de Soho à Manhattan.

Il n'a jamais été retrouvé et sa disparition, probablement l'une des plus célèbres aux États-Unis, a selon la procureure, «changé à jamais le visage de la ville», où à l'époque, les enfants jouaient encore dans la rue jusqu'au dîner.

La salle d'audience du tribunal de Manhattan était comble pour l'ouverture du procès de Pedro Hernandez, 53 ans, dénoncé en 2012 par son beau-frère, passé aux aveux peu après et qui s'est ensuite rétracté, plaidant non coupable de meurtre et enlèvement.

Son avocat, qui laisse entendre qu'un autre homme, emprisonné depuis des années pour agression d'enfant, pourrait être le coupable, a affirmé vendredi que Pedro Hernandez avait un QI de 70, très largement inférieur à la moyenne, qu'il ne savait pas différencier «ce qui est vrai de ce qui ne l'est pas», et était suivi en psychiatrie.

Petit homme chauve en chemise à fines rayures et pantalon gris, Hernandez, qui avait 18 ans à l'époque, a écouté impassible toute la journée.

Le père d'Etan, Stan, était assis, quelques bancs plus loin, avec sa fille en fauteuil roulant. Son épouse, trop éprouvée, n'était pas là, mais elle témoignera plus tard.

Etan Patz avait disparu dans son quartier de... (PHOTO ARCHIVES AFP) - image 2.0

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Etan Patz avait disparu dans son quartier de SoHo, dans le sud de Manhattan, alors que pour la première fois ses parents l'avaient autorisé à se rendre seul à l'arrêt de bus dans la rue voisine.

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2 à 3 mois de procès

La procureure a indiqué aux jurés qu'ils verraient durant le procès la vidéo des aveux d'Hernandez, et celle de la reconstitution des faits, dans la petite épicerie où il travaillait alors, à côté de l'immeuble où Etan habitait.

L'épicerie, «c'était La Mecque des chewing-gums et des sodas», a-t-elle souligné, le paradis des enfants du quartier.

La disparition d'Etan avait hanté New York et toute une génération de parents américains.

Le visage du bambin blond aux yeux bleus, dont le père était photographe, avait été placardé pendant des mois sur d'innombrables affiches, sur des écrans à Times Square et jusque sur les boîtes de lait, une première aux États-Unis.

Mais en dépit d'une vaste enquête, la police était restée bredouille pendant de très longues années.

«Etan était mort avant même que sa mère sache qu'il avait disparu», avant même d'arriver à l'arrêt de bus, a raconté la procureure.

Elle a ajouté, citant les aveux d'Hernandez, que celui-ci avait attiré l'enfant dans la cave de l'épicerie, en lui proposant un soda.

Il a «immédiatement commencé à l'étrangler», et expliqué à la police qu'une fois qu'il avait commencé, «il ne pouvait pas s'arrêter», a-t-elle dit.

L'adolescent avait ensuite mis le corps de l'enfant encore vivant selon lui dans un sac plastique, placé le sac dans un carton et était allé porter le carton dans une ruelle avec les poubelles.

Pedro Hernandez avait avoué son forfait à plusieurs reprises à des proches, longtemps avant ses aveux à la police en 2012, a affirmé la procureure, le décrivant comme un solitaire ayant peu d'amis, qui avait cherché à «libérer sa conscience, mais sans se faire prendre», en donnant à ces proches des versions différentes de son forfait.

L'épouse d'Hernandez, a-t-elle dit, avait retrouvé dans une petite boîte de son mari une photo d'Etan.

L'enfant avait officiellement été déclaré mort en 2001. En 2004, un détenu condamné pour une autre agression d'enfant, Jose Ramos, et soupçonné dans la disparition d'Etan, avait été déclaré responsable lors d'un procès civil, sans être poursuivi. C'est lui que l'avocat d'Hernandez, Harvey Fishbein, cherche à accuser.

M. Fishbein a souligné vendredi qu'en 36 ans, la police n'avait jamais pu établir un lieu du crime, que personne n'avait jamais vu Etan à l'épicerie, qu'il n'y avait ni ADN ni empreintes digitales.

Pedro Hernandez «se contredit et est peu fiable», et «c'est le seul témoin», a déclaré l'avocat.

Selon le juge Maxwell Wiley, le procès pourrait durer jusqu'en mars ou avril.

La disparition d'Etan Patz avait donné naissance aux États-Unis au Centre des enfants disparus, réseau désormais international.

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