Detroit prêt pour une nouvelle ère après la faillite

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La municipalité prévoit de détruire plus de 20 000 habitations vides dans les prochains mois avec l'aide financière du gouvernement fédéral, mais, dans certains quartiers, des maisons abandonnées jouxtent d'autres encore entretenues.

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Joe SZCZESNY
Agence France-Presse
DETROIT

Detroit, autrefois capitale de l'automobile américaine, veut renaître de sa ruine et échapper à son image de ville marquée par les conflits raciaux, les difficultés financières et le dépeuplement, mais la tâche s'annonce rude.

Fondée par le français Antoine de la Mothe Cadillac au tout début du XVIIIe siècle, la ville située au bord des Grands Lacs du nord des États-Unis n'est plus que l'ombre de la «Motown» (Motor Town) des années 60, siège de General Motors (GM), Ford et Chrysler et berceau de la soul-pop américaine.

Après avoir dû se déclarer en faillite à l'été 2013, elle vient d'en sortir après un long processus judiciaire et un rééchelonnement de sa dette qui atteignait 18 milliards de dollars.

Le prix est lourd: les employés municipaux ont dû faire d'importantes concessions, leurs systèmes d'assurance-retraite ont été amputés même si les pensions elles-mêmes ne l'ont pas été. Des donations privées ont toutefois permis de conserver la collection de chefs d'oeuvre du musée de la ville dont la vente avait été un moment envisagée.

Les premiers à se féliciter de la sortie de faillite sont les constructeurs automobiles, eux aussi sur la voie du redressement après la crise financière de 2008.

La décision de Justice qui a permis à la ville de retrouver un fonctionnement normal «est historique et valide l'engagement de tous ceux qui sont restés attachés à Detroit», a affirmé Mary Barra, la directrice générale de GM.

«En travaillant ensemble, nous pouvons transformer la ville et vous pouvez déjà voir des progrès évidents dans la restauration du centre-ville, l'arrivée de nouvelles entreprises, les projets immobiliers en cours et le travail fait pour améliorer l'éducation, les quartiers et les services», affirme-t-elle.

«Les gens me demandent toujours ce qu'il se passe à Detroit», remarque Ania Eaton, propriétaire du centre artistique Library Street Collective, non loin de la tour de verre qui abrite le siège de GM. Elle revient d'une visite à Miami et y a constaté l'intérêt pour la ville où elle s'est installée depuis cinq ans.

Plusieurs galeries d'art ont ouvert dans le centre-ville récemment et profitent du trafic piéton, une chose rare dans les villes américaines généralement organisées pour la circulation automobile.

Les gens font la queue pour avoir une table au restaurant Delicatessen situé dans le Eastern Market, une halle construite en 1891. «Nous sommes pleins tous les samedis», affirme Kamaul Prendergrass, l'un des garçons. Ce quartier fait l'objet de toutes les attentions de la municipalité qui veut y attirer nouveaux magasins et entreprises.

Rock Ventures, qui appartient au milliardaire Dan Gilbert, devenu l'un des principaux propriétaires fonciers au centre de Detroit, a fait appel à l'un des cabinets d'architectes les plus connus de New York, SHoP Architects, pour redessiner le site aujourd'hui vacant des grands magasins Hudson en plein centre de la ville. Une nouvelle ligne de train de près de 5 kilomètres dessert maintenant plusieurs quartiers rénovés abritant de nouveaux immeubles résidentiels et d'affaires.

Friches

Mais la ville doit encore trouver une solution pour ses friches industrielles et résidentielles, la plupart datant de la première moitié du XXe siècle et aujourd'hui désertée par les habitants qui ont quitté la ville en masse. Detroit abrite aujourd'hui moins de 800 000 personnes, soit plus de moitié moins qu'à son apogée au milieu des années 1960 et les nouveaux emplois créés par l'industrie automobile sont pour la plupart en banlieue.

La municipalité prévoit de détruire plus de 20 000 habitations vides dans les prochains mois avec l'aide financière du gouvernement fédéral, mais, dans certains quartiers, des maisons abandonnées jouxtent d'autres encore entretenues. Le réseau de transport public, malgré la construction de la nouvelle ligne, est considéré comme l'un des pires des États-Unis.

«Pas grand-chose n'a changé» depuis la sortie de faillite, note avec dépit un pompier de la caserne 29, s'exprimant sous couvert de l'anonymat, car il n'a pas le droit de parler aux journalistes.

La violence reste endémique même si le taux de criminalité a baissé. Detroit affichait en 2013 le taux d'homicide le plus important du pays pour les villes de plus de 100 000 habitants, selon le FBI, avec 316 meurtres soit 45 pour 100 000 personnes, 10 fois plus que la moyenne nationale.

Les réductions dans les effectifs de la police, plus de 2300 postes supprimés depuis 2001, ne vont pas aider. Le chef de la police de la ville James Craig l'a résumé en donnant pour meilleur conseil aux habitants de Detroit d'acheter une arme.

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