Exécution bâclée: «l'Oklahoma s'est couvert de honte»

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En raison d'un embargo européen sur les produits longtemps utilisés pour les exécutions létales, nombre d'États américains ont décidé au cours des dernières années d'expérimenter de nouveaux produits.

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Une exécution par injection létale «bâclée» survenue mardi en Oklahoma relance la polémique sur la peine de mort aux États-Unis, où le recours par les autorités carcérales à des cocktails médicamenteux aux effets incertains suscite de plus en plus d'indignation.

«La population américaine ne s'est pas vraiment intéressée à la question jusqu'à maintenant, mais quand les événements donnent la nausée, elle réagit... D'après moi, la peine de mort vient de baisser d'un autre cran dans l'opinion publique», note Richard Dieter, qui dirige le Death Penalty Information Center (DPIC), un groupe de recherche de Washington.

Le 29 avril 2014, Clayton Lockett est mort... (PHOTO ARCHIVES REUTERS) - image 2.0

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Le 29 avril 2014, Clayton Lockett est mort dans d'apparentes souffrances au bout de 43 minutes (au lieu de 10 minutes habituellement) après que l'intraveineuse posée à l'aine eut sauté et que le produit injecté, le midazolam, se soit répandu dans les chairs et non dans les veines.

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Dans un communiqué, les ténors de la Coalition nationale américaine pour l'abolition de la peine de mort ont déclaré que l'Oklahoma s'était «couvert de honte devant la nation et le monde» lors de la mise à mort de Clayton Lockett.

Le détenu, qui avait été condamné à la peine capitale pour le meurtre d'une jeune femme de 19 ans, n'a pas perdu connaissance comme prévu durant l'exécution.

Selon plusieurs personnes présentes, il a commencé, après une quinzaine de minutes, à respirer bruyamment et à gémir tout en balbutiant et en bougeant les bras et les jambes. Sa mort ne serait survenue finalement qu'après 45 minutes, par un arrêt cardiaque non planifié.

Les autorités, embarrassées par la situation, ont tiré les rideaux devant le détenu pour empêcher les témoins présents de voir toute la scène.

L'exécution d'un autre détenu, qui était prévue dans la foulée de celle de Lockett, a immédiatement été reportée, et la gouverneure de l'État a demandé que les procédures d'exécution en vigueur soient revues «dans leur ensemble».

«Il y avait des signes indicateurs qu'une telle situation risquait de se produire... On a assisté à l'exécution d'un individu par un État qui n'était pas préparé à faire face à toutes les situations possibles», souligne M. Dieter.

Une situation similaire était survenue dans l'Ohio lors de l'exécution de Dennis McGuire, un homme de 53 ans qui a semblé souffrir de nombreuses minutes avant de mourir.

Dans les deux cas, les autorités carcérales ont fait usage dans un premier temps d'un anesthésiant peu utilisé, le midazolam, sans réussir à rendre le détenu inconscient.

Difficile cependant de savoir ce qui s'est passé exactement dans le cas de Clayton Lockett, puisque l'Oklahoma, comme plusieurs États recourant à la peine de mort, rechigne à donner des détails au sujet du cocktail médicamenteux utilisé et de la provenance des produits. Le nom des produits, dans ce cas, a été obtenu par l'avocat du détenu après une bataille en cour.

«Il est possible que l'on ne sache jamais vraiment ce qui s'est passé parce que les autorités tentent de garder toute la procédure secrète», déplore Maya Foa, qui mène la bataille contre la peine capitale au sein de l'organisation anglaise Reprieve.

Embargo

En raison d'un embargo européen sur les produits longtemps utilisés pour les exécutions létales, nombre d'États américains ont décidé au cours des dernières années d'expérimenter de nouveaux produits. Plusieurs ont fait appel à des pharmacies non réglementées par la Food and Drug Administration pour les obtenir.

«Il y a pas que l'embargo qui joue. Il y a aussi un nombre important de sociétés américaines qui refusent de voir leurs produits utilisés pour la peine de mort. Qui veut être associé à quelque chose comme l'exécution survenue en Oklahoma?», dit Mme Foa.

Richard Dieter pense que l'exécution bâclée de mardi donnera une prise juridique aux avocats qui tentent de sauver leur client en évoquant les risques générés par des produits inconnus et de provenance potentiellement douteuse.

«Jusqu'à maintenant, les juges avaient tendance à penser que les avocats spéculaient trop, qu'ils imaginaient simplement ce qui pouvait mal tourner. Là, il y a une preuve concrète de ce qui peut arriver», souligne-t-il.

Le directeur du DPIC espère que les États pratiquant la peine de mort par injection létale seront désormais forcés de faire preuve d'une plus grande transparence.

«L'idée que l'on puisse leur faire confiance pour procéder correctement n'est tout simplement plus crédible» après les événements en Oklahoma, dit-il.




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