Un hôpital bombardé à Donetsk avant la visite de Kerry à Kiev

Dans l'ouest de Donetsk, les victimes ont été... (PHOTO ANDREY BORODULIN, AFP)

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Dans l'ouest de Donetsk, les victimes ont été fauchées par les tirs de mortier qui ont touché l'hôpital N° 27, selon des habitants du quartier. Le parquet ukrainien a attribué la responsabilité de ces «actes terroristes» aux rebelles.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Simon VALMARY avec Thibault MARCHAND
Agence France-Presse
DONETSK et KIEV

Des bombardements ont frappé mercredi un hôpital à Donetsk, bastion des séparatistes prorusses dans l'est de l'Ukraine, causant la mort d'au moins quatre civils à la veille de la visite à Kiev du secrétaire d'État américain John Kerry.

En mauvaise posture militaire dans l'est où les rebelles gagnent du terrain et où les combats meurtriers ne connaissent pas de répit, les autorités pro-occidentales de Kiev espèrent l'annonce de livraison d'armes américaines au cours de cette visite très attendue.

Selon la presse américaine, le président Barack Obama envisage désormais de livrer des armes à l'Ukraine, alors qu'il s'y était jusqu'à présent refusé.

«Ce dont nous avons besoin, ce sont des outils de communication, de brouillage électronique ou des radars. Ce sont des équipements nécessaires dans une armée moderne», a souligné mercredi le chef de la diplomatie ukrainienne Pavlo Klimkine.

«On ne peut pas gagner une guerre contre la Russie. Ce qu'on doit faire, c'est ne pas la perdre», a-t-il poursuivi.

L'Ukraine et les Occidentaux accusent la Russie d'armer la rébellion prorusse dans l'Est et d'y avoir déployé des troupes. Moscou nie.

Sur le terrain, la journée a été marquée par de nouvelles violences qui ont fait au moins 12 morts dont huit civils.

Dans l'ouest de Donetsk, les victimes ont été fauchées par les tirs de mortier qui ont touché l'hôpital N°27, selon des habitants du quartier. Le parquet ukrainien a attribué la responsabilité de ces «actes terroristes» aux rebelles.

Dans la soirée, des bombardements, visiblement au lance-roquettes multiples Grad, ont frappé le district Solnetchny, dans le sud-ouest de la ville, a constaté un journaliste de l'AFP.

«C'est d'abord tombé a un kilomètre. Puis ça a touché l'usine de frigos à côté, puis ça a frappé l'immeuble, au 14e étage», a raconté un habitant.

Parallèlement, les séparatistes poursuivent leur offensive à Debaltseve, une ville stratégique située à 50 kilomètres au nord-est de Donetsk, toujours sous contrôle de l'armée ukrainienne, mais menacée d'encerclement.

«Les bombardements sont incessants. Nous tentons d'apporter des médicaments et d'évacuer les civils, mais cela se fait sous le feu de l'ennemi», a déclaré à l'AFP Ilia Kiva, responsable du ministère ukrainien de l'Intérieur dans la région de Donetsk.

Face à une situation qui ne cesse d'empirer pour les civils, Federica Mogherini, le chef de la diplomatie de l'UE, a appelé mercredi à une trêve immédiate.

«Les civils doivent pouvoir quitter la zone de conflit en toute sécurité», a-t-elle souligné.

La population de Debaltseve est passée de 25 000 à 7000 personnes en quelques jours, a affirmé Amnesty International.

Semaine cruciale pour Kiev  

Des duels d'artillerie opposent aussi l'armée ukrainienne aux rebelles le long de la ligne de front, faisant plusieurs dizaines de victimes civiles chaque jour. Au total, le conflit a fait plus de 5.300 morts en dix mois, d'après l'ONU.

Le pape François a dénoncé  le «scandale» d'une «guerre entre chrétiens», demandant que «l'horrible violence fratricide» cesse.

Mardi, le président ukrainien Petro Porochenko a affirmé à l'occasion d'une visite à Kharkiv, ville limitrophe de la zone des combats, n'avoir «aucun doute» quant à une livraison d'armes par les États-Unis à l'Ukraine.

Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a annoncé mercredi que la France n'avait «pas l'intention de fournir aujourd'hui des armes létales» au gouvernement ukrainien.

La position de la Russie «n'est pas acceptable, nous le disons avec fermeté, et nous poursuivons les sanctions à cet égard», a ajouté M. Le Drian, tout en soulignant la nécessité de «trouver une issue politique à ce conflit».

La semaine s'annonce cruciale pour Kiev : tout de suite après la visite dans la capitale ukrainienne de John Kerry, celui-ci se rendra en compagnie du président ukrainien Petro Porochenko à Munich pour une Conférence internationale sur la sécurité.

Les deux hommes y retrouveront la chancelière allemande Angela Merkel et le vice-président américain Joe Biden, selon M. Klimkine.

Mme Merkel partira ensuite pour Washington afin de «définir une ligne politique claire avec Barack Obama» face à la Russie avant une rencontre des chefs d'État européens prévue à Bruxelles pour le 12 février.

Ash Carter favorable à la livraison d'armes

Le ministre de la Défense américain pressenti Ash Carter est favorable à la livraison d'armes à l'Ukraine face aux séparatistes prorusses, a-t-il indiqué mercredi lors de son audition de confirmation devant le Sénat américain.

«Je suis très enclin à aller dans cette direction, car je pense que nous devons aider les Ukrainiens à se défendre», a déclaré Ash Carter, interrogé par le président de la commission des forces armées du Sénat, John McCain, sur l'envoi d'«armes défensives» à Kiev.

«Sur la nature de ces armes, je ne peux me prononcer maintenant, je ne me suis pas entretenu» avec les responsables du Pentagone ou les dirigeants ukrainiens sur le sujet, a déclaré M. Carter.

Ash Carter a été nommé début décembre comme nouveau secrétaire à la Défense par Barack Obama, en remplacement de Chuck Hagel. Sa nomination doit être confirmée par un vote au Sénat américain pour qu'il puisse entrer en fonction.

Cette confirmation ne devrait a priori pas poser de problème, la majorité républicaine au Congrès ayant fait savoir qu'elle considérait la nomination d'Ash Carter d'un bon oeil.

De quelles armes a besoin l'armée ukrainienne?

Si les États-Unis avaient déjà débloqué 118 millions de dollars d'aide militaire pour l'Ukraine en novembre, ses livraisons se limitaient jusqu'à présent à des gilets pare-balle, de l'équipement médical ou des radars.

Or, c'est d'armements sophistiqués que l'Ukraine, pourtant l'un des plus gros producteurs d'armes au monde, a besoin pour affronter des rebelles que Kiev et l'Occident accusent Moscou d'équiper.

«Nous avons suffisamment de kalachnikovs», a ainsi affirmé mercredi le ministre des Affaires étrangères ukrainien, Pavlo Klimkine, lors d'une rencontre informelle avec des journalistes occidentaux.

«Ce dont nous avons besoin, c'est d'équipement sophistiqué : des outils de communication, de brouillage électronique ou des radars. Ce sont des équipements nécessaires dans une armée moderne», a-t-il déclaré.

D'autant que, selon M. Klimkine, les séparatistes «sont capables d'intercepter nos communications, pour ensuite adapter leurs tirs» sur les positions ukrainiennes.

Mais ce type d'équipements, jamais utilisés par l'armée ukrainienne, nécessiteraient également des semaines d'entraînement, a reconnu le ministre ukrainien, soulignant qu'«il ne s'agit pas d'acheter quelques chars de plus».

Missiles antichar

Lundi, un rapport indépendant, publié par plusieurs groupes de réflexion américains et signé par d'anciens hauts responsables de l'OTAN et ambassadeurs des États-Unis en Ukraine, incitait les États-Unis à envoyer des armes à l'Ukraine.

Car l'Occident, selon ce rapport, doit «accroître les risques et les coûts» pour la Russie en cas de nouvelle offensive dans l'est de l'Ukraine.

«Cela signifie fournir une assistance militaire directe, dans des montants largement supérieurs à ceux fournis jusqu'à présent, et comprenant des armes défensives "létales", pour que l'Ukraine puisse mieux se défendre par elle-même», plaide ce document, qui évoque une aide totale de trois milliards de dollars dont un milliard «dès que possible».

L'envoi d'équipements comme des radars anti-artillerie, drones ou équipements de brouillage électronique est évoqué, mais aussi de missiles antichar dont l'Ukraine manque cruellement.

Washington étudierait notamment la possibilité d'équiper Kiev de puissants missiles antichar Javelin, redoutables contre les blindages. Les effets dévastateurs de ces missiles avaient pu être observés lors de la guerre d'Irak en 2003, contre les chars de fabrication russe T-72 utilisés par l'armée irakienne.

Les États-Unis, poursuit le rapport, devraient également envoyer à l'Ukraine des radars capables de localiser les lance-roquettes multiples Grad, «d'une portée de 30 à 40 kilomètres», largement utilisés par les séparatistes.

Des drones de reconnaissance, à l'utilité indéniable pour observer les mouvements de troupes séparatistes à travers les plaines de l'Est ukrainien, ou des véhicules de transport Humvee offrant «mobilité, vitesse, fiabilité et protection lors des déplacements sur le champ de bataille» seraient également utiles à l'armée ukrainienne.

Mais l'aide américaine ne serait pas seulement «létale». Le taux de survie des blessés ukrainiens, dont 70 % des blessures sont causées par des tirs d'artillerie ou de mortier, serait amélioré par la mise en place d'hôpitaux de campagne, ajoute ce document qui assure que les infrastructures médicales de l'armée ukrainienne sont «relativement sous-développées et gravement sous-financées».

«D'autres membres de l'OTAN doivent aider à équiper les troupes ukrainiennes avec d'anciens équipements soviétiques, compatibles avec ceux de l'armée ukrainienne, notamment en matière de défense anti-aérienne», conclut enfin ce document, alors que «fournir à l'Ukraine des armes anti-aériennes américaines serait cher, et les intégrer à son système de défense anti-aérien prendrait du temps».

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