L'armée ukrainienne utiliserait des bombes à sous-munitions

Tout comme les rebelles prorusses, les forces ukrianiennes... (PHOTO YANNIS BEHRAKIS, ARCHIVES REUTERS)

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Tout comme les rebelles prorusses, les forces ukrianiennes sont aussi la cible de critiques.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Agence France-Presse
KIEV et DONETSK

L'organisation non gouvernementale Human Rights Watch (HRW) a dénoncé l'usage fait par l'armée ukrainienne de bombes à sous-munitions contre les séparatistes prorusses dans l'Est, des accusations rejetées mardi par le ministère ukrainien de la Défense.

Dans un rapport, l'organisation dont le siège est à New York affirme avoir constaté «un usage répété de bombes à sous-munitions dans les combats entre les forces gouvernementales et rebelles prorusses dans plus d'une douzaine d'endroits, en ville comme à la campagne».

S'il est impossible de déterminer l'origine de la plupart de ces attaques, «des preuves désignent la responsabilité des forces gouvernementales ukrainiennes pour plusieurs attaques à Donetsk», le principal fief séparatiste, précise HRW.

L'attaque qui a coûté la vie à un employé de la Croix-Rouge le 2 octobre à Donetsk a été réalisée avec des roquettes à sous-munitions, ajoute l'ONG.

Contacté par l'AFP, le ministère ukrainien de la Défense a déclaré que ces accusations étaient «dénuées de tout fondement». «Les soldats ukrainiens n'ont pas utilisé de munitions de ce type», a déclaré un porte-parole, Bogdan Senyk.

Le chef adjoint de l'administration présidentielle Valéri Tchaly a pour sa part promis qu'une «enquête interne» serait menée en Ukraine suite à ces accusations.

Les autorités prooccidentales ukrainiennes, qui seront confrontées dimanche à des législatives anticipées, sont prises en tenailles entre la nécessité de faire la paix et une partie de l'opinion publique favorable à une offensive déterminée contre les séparatistes.

HRW précise que les rebelles semblent avoir fait usage, eux aussi, de ces armes, mais ces éléments ne sont pas suffisants pour en avoir une certitude totale.

L'Ukraine, comme les États-Unis et la Russie, n'a pas signé en 2008 le traité d'interdiction des sous-munitions.

Dans une enquête publiée lundi, le New York Times, qui se base sur ses propres constatations, évoque «des signes clairs que des bombes à sous-munitions ont été tirées depuis des territoires tenus par l'armée, où des roquettes d'artillerie mal tirées contenant des sous-munitions ont été trouvées par des villageois dans des champs».

Plusieurs ONG occidentales ont accusé les séparatistes de crimes de guerre depuis le début du conflit, qui a fait plus de 3700 morts depuis avril selon l'ONU, notamment enlèvements et tortures.

Mais les forces loyalistes sont aussi la cible de critiques.

HRW avait déjà critiqué Kiev en août pour des bombardements sur des zones habitées qui ont touché des hôpitaux.

Lundi, Amnistie internationale a accusé l'armée ukrainienne comme les rebelles prorusses d'exécutions sommaires.

Malgré l'instauration d'un cessez-le-feu le 5 septembre, les combats se poursuivent dans plusieurs points chauds de l'Est et notamment l'aéroport de Donetsk.

Des chirurgiens confirment

«J'ai retiré des dizaines de fois sur des blessés des fléchettes provenant d'armes à sous-munitions utilisées par les Ukrainiens», affirme un chirurgien de Donetsk, bastion des rebelles prorusses, confirmant des accusations lancées mardi par l'ONG Human Rights Watch contre les forces de Kiev.

«Ces armes ne sont pas faites pour détruire des bâtiments, mais uniquement pour tuer des gens. J'ai retiré des dizaines de fois sur des blessés, civils et militaires, de petites fléchettes venant d'armes à sous-munitions, utilisées par les Ukrainiens, bien qu'elles soient interdites partout dans le monde», s'indigne ce chirurgien de l'hôpital Kalinine à Donetsk, qui ne souhaite pas donner son nom.

«Ces petites fléchettes provoquent des blessures en profondeur. Il nous est arrivé de trouver jusqu'à 20 ou 30 fléchettes dans le corps d'un blessé», ajoute le chirurgien.

À quelques kilomètres de l'hôpital Kalinine, à un barrage des séparatistes prorusses à Makiïvka, ville qui jouxte Donetsk, un chef rebelle local a montré à des journalistes de l'AFP un obus non explosé rempli de quelques centaines de petites fléchettes d'environ 2 cm de long et munies d'ailerons.

«Cet obus est tombé sur Makiïvka. D'autres du même type sont tombés sur des quartiers de Donetsk proches de l'aéroport où les tirs d'artillerie sont quotidiens», affirme Alexeï, combattant rebelle de 40 ans.

Selon lui, les forces ukrainiennes basées à proximité de Donetsk «utilisent depuis le début de la guerre» ces obus à fléchettes généralement tirés par des systèmes Grad ou Ouragan, des tubes lance-roquettes montés sur camions, de type orgues de Staline.

À l'hôpital n° 17 de Donetsk, le chirurgien Nikolaï Vladimirovitch confirme lui aussi avoir été confronté à ce type d'armes: «J'ai eu à opérer un blessé à qui on a retiré une fléchette de ce genre. C'était il y a une dizaine de jours. Je n'ai eu qu'un cas de ce genre à l'hôpital», a-t-il indiqué à l'AFP.

Dans trois autres hôpitaux de la ville, plusieurs chirurgiens interrogés par l'AFP ont affirmé n'avoir jamais été confrontés à ce type de munitions.

«J'ai vu ce genre de choses à la télévision, mais jamais dans notre service de chirurgie», a déclaré l'un des responsables des services d'urgence de l'hôpital régional de Donetsk, le chirurgien Igor Vassilievitch.

De son côté, le vice-premier ministre de la «République de Donetsk» autoproclamée par les séparatistes, Andreï Pourguine, a estimé qu'il s'agissait d'un «crime de guerre» perpétré par les Ukrainiens.

«Il y a des dizaines de cas connus d'utilisation d'armes de ce type. C'est un crime de guerre. Nous souhaitons que l'on étudie ces crimes afin de faire en sorte qu'un tribunal international puisse juger le coupable, c'est-à-dire l'État ukrainien», a déclaré M. Pourguine à l'AFP.

-Avec Nicolas Miletich 

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