La réponse du Canada à la crise ukrainienne critiquée

Le premier ministre canadien Stephen Harper a été... (PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE)

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Le premier ministre canadien Stephen Harper a été le premier leader de la communauté internationale à rencontrer le président ukrainien Petro Porochenko  juste après son assermentation, le 7 juin.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Le premier ministre Stephen Harper est beaucoup plus cinglant dans ses condamnations de la politique de la Russie à l'endroit de l'Ukraine que ses homologues du G7. Or, la contribution concrète du Canada à la résolution de la crise, que ce soit par l'envoi de soldats ou de matériel militaire en Europe de l'Est ou par des sanctions envers la Russie, n'est pas particulièrement sévère en comparaison de celles des autres pays du G7. Deux politologues ont récemment dénoncé ce décalage entre la rhétorique et les actions du Canada dans le dossier.

«Harper et le ministre des Affaires étrangères, John Baird, ont tous les deux comparé Poutine à Hitler, même si Harper est par la suite revenu sur ce parallèle», explique Roland Paris, politologue à l'Université d'Ottawa, qui souligne que M. Harper est le seul chef du G7 à n'avoir pas rencontré M. Poutine lors des cérémonies du 70e anniversaire du débarquement de Normandie, le 6 juin.

«Aucun autre chef du G7 n'a fait cela. On voit un pattern où le gouvernement canadien est le premier à annoncer ses sanctions, à aller sur le terrain, comme Baird et Harper en Ukraine. Mais ces actions ne sont pas plus vigoureuses que celles des autres pays du G7 finalement.»

Au ministère des Affaires étrangères, la porte-parole Béatrice Fénelon répond que «le but de la visite en France du premier ministre Harper était de commémorer le 70e anniversaire du débarquement... Les leaders du G7 n'ont pas tous rencontré le président Poutine».

Barack Obama (États-Unis), David Cameron (Royaume-Uni), François Hollande et Angela Merkel (Allemagne) ont rencontré M. Poutine, mais les médias n'ont fait état d'aucune rencontre avec Shinzo Abe (Japon) et Matteo Renzi (Italie).

Au chapitre des sanctions, le Canada n'a pas dissuadé des compagnies canadiennes d'assister à une récente conférence à Saint-Pétersbourg, remarque Eric Morse, un ancien diplomate qui enseigne à l'Institut militaire royal à Toronto. «Et il manque trois gros noms à la liste des individus visés par les sanctions canadiennes: Sergueï Tchemezov, qui dirige le conglomérat militaire Rostec, Igor Setchine, PDG du géant du pétrole Rosneft, et Vladimir Yakounine, le chef des chemins de fer nationaux russes.»

Le quotidien Ottawa Citizen rapportait récemment que ces trois proches de Vladimir Poutine sont visés par les sanctions américaines, et que Bombardier entretient des liens commerciaux importants avec les chemins de fer russes et Rostec, dans le dernier cas pour des avions régionaux. «Ceci dit, Harper n'est pas le seul à vouloir protéger les intérêts des sociétés canadiennes, souligne M. Morse.»

Les sanctions du Canada envers la Russie sont «parmi les plus fortes du monde», répond Mme Fénelon, du ministère des Affaires étrangères. «L'économie russe est maintenant en récession en partie grâce aux sanctions du Canada et de nos alliés et à l'incertitude causée par la menace de sanctions futures... Les décisions d'inclure certains individus et organismes sur notre liste de sanctions sont prises stratégiquement et en étroite coordination avec nos partenaires internationaux.»

Soulagement à l'OTAN

Lors d'une visite à Bruxelles la semaine dernière, M. Paris a quant à lui relevé un certain soulagement à l'OTAN parce que le Canada a envoyé un navire en mer Noire et des chasseurs en Europe de l'Est. «Et traditionnellement, que ce soit en Libye, au Kosovo ou en Afghanistan, le Canada impose beaucoup moins de restrictions que d'autres pays aux missions qui sont confiées par l'OTAN à ses troupes. En Libye, par exemple, les chasseurs allemands ne pouvaient pas faire de bombardements, et en Afghanistan, plusieurs pays européens ne faisaient pas de patrouilles de nuit.»

M. Paris se rend régulièrement à Bruxelles pour discuter avec de hauts fonctionnaires de l'OTAN et des ambassadeurs postés au siège de l'OTAN. «À partir du début de 2013, plusieurs m'ont confié que le désengagement du Canada de l'OTAN inquiétait les autres pays membres. L'automne dernier à une réunion à Halifax, le secrétaire général adjoint de l'OTAN l'a dit publiquement.» Par exemple, le Canada s'est récemment retiré de deux programmes de surveillance aérienne de l'OTAN, pour épargner 90 millions par année.

Mais la diminution des dépenses militaires à leur plus bas niveau depuis les années 90, une période de vaches maigres pour l'armée canadienne, permet de penser que d'ici quelques années, le Canada ne pourra plus se permettre une telle participation aux missions de l'OTAN. Certains analystes soulignent que les calculs de dépenses militaires ne tiennent pas compte des grands programmes annoncés, comme les navires de patrouille arctique ou les chasseurs F-35, mais M. Paris souligne que ces programmes ne sont pas encore formellement confirmés. «Le Canada n'aura peut-être plus les moyens de ses ambitions à l'avenir.»

Béatrice Fénelon, aux Affaires étrangères, précise que la contribution canadienne représente 6% du budget militaire de l'OTAN, au sixième rang des pays membres. «Ce qui compte le plus, ce n'est pas combien nous dépensons, mais comment, rétorque Mme Fénelon. Nous avons fourni la volonté politique, l'équipement et le personnel nécessaires quand c'était important.»

Un journaliste russe a été tué hier dans l'Est séparatiste de l'Ukraine au cours d'une attaque qui risque d'aggraver les relations déjà tendues entre Moscou et Kiev. Après l'espoir d'une détente né de premiers contacts entre le président russe Vladimir Poutine et le chef de l'État ukrainien pro-occidental Petro Porochenko, le ton est monté le week-end dernier. La crise gazière et la destruction en vol d'un avion militaire ukrainien (49 morts) ont alimenté les déclarations hostiles de part et d'autre. Une explosion sur une portion d'un gazoduc qui alimente l'Europe en gaz russe s'est en outre produite dans le nord-ouest de l'Ukraine, pour une raison indéterminée, sans toucher le transit. Le ministre ukrainien de l'Intérieur, Arsen Avakov, a aussitôt évoqué la piste d'un «sabotage russe». Igor Korneliouk, un journaliste du groupe de télévision publique russe VGTRK, a été tué par des éclats provenant d'une grenade ou d'une roquette, a déclaré le médecin-chef de l'hôpital de Lougansk, l'un des bastions de l'insurrection prorusse. Le ministère russe des Affaires étrangères a dénoncé «un nouveau crime des forces ukrainiennes» et appelé «les médias du monde entier» à une condamnation immédiate. - AFP




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