Les Occidentaux vont riposter au référendum en Crimée

Les Occidentaux ont condamné dimanche le référendum «illégal» en Crimée et... (Photo Reuters)

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

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Jérôme RIVET
Agence France-Presse
BRUXELLES

Les Occidentaux ont condamné dimanche le référendum «illégal» en Crimée et l'Union européenne devrait décider de sanctionner des responsables russes, sans toutefois frapper à la tête de l'État afin de laisser la porte ouverte au dialogue avec Moscou.

Le président américain Barack Obama a également évoqué d'éventuelles sanctions supplémentaires contre la Russie, avertissant son homologue russe Vladimir Poutine que les États-Unis et leurs alliés ne reconnaîtraient «jamais» le référendum sur la Crimée de dimanche.

Les Européens vont de leur côté réagir sans tarder, dès lundi matin, puisque leurs ministres des Affaires étrangères se retrouveront à 9 h 30 (4 h 30 heure du Québec) à Bruxelles pour leur réunion mensuelle.

Sans attendre, Bruxelles comme Washington ont réaffirmé dimanche qu'ils jugeaient «illégal et illégitime» ce référendum, qui est «contraire à la Constitution ukrainienne et aux lois internationales», selon les présidents du Conseil européen et de la Commission, Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso.

«Les États-Unis ne reconnaîtront pas le résultat» du scrutin, a également réaffirmé le secrétaire d'État John Kerry à son homologue russe Sergueï Lavrov lors d'une discussion téléphonique.

«Après ce référendum illégal, la Russie commence de facto l'annexion du territoire ukrainien», a vivement réagi la présidente lituanienne, Dalia Grybauskaitè.

Qualifiant ce scrutin de «pseudo-consultation», le président français François Hollande avait prévenu samedi que «s'il n'y avait pas de désescalade lundi», il «y aurait usage des sanctions» sur lesquelles se sont entendus les dirigeants de l'UE lors de leur réunion extraordinaire sur l'Ukraine le 6 mars.

Jusqu'à présent plutôt réticente, Londres a également estimé qu'il était temps pour l'UE d'«adopter des mesures de restriction plus sévères», selon son chef de la diplomatie, William Hague.

À Bruxelles, une nouvelle réunion au niveau des ambassadeurs devait finaliser dimanche soir des sanctions «ciblées» visant des responsables russes ou ukrainiens pro-russes, sous la forme de restrictions de visas et de gels d'avoirs.

Aucune information officielle ne sera dévoilée avant la réunion de lundi sur la liste des personnes visées, qui pourrait comprendre de «25 à 30 noms», selon une source européenne. Elle «devrait être limitée, mais politiquement significative pour envoyer un message clair» à Moscou, a précisé une autre source.

«Il y aura des parlementaires, des membres des instances de sécurité, un haut responsable du ministère de la Défense...», selon elle. Des responsables pro-russes de Crimée devraient être également concernés.

Mais il semblait exclu que la liste comprenne, dans un premier temps, des membres du gouvernement russe car il «serait difficile» de sanctionner des personnes avec lesquelles on essaie de négocier une solution politique.

Des sanctions économiques en suspens 

Les capitales occidentales s'interrogent en effet sur les intentions de Vladimir Poutine après le référendum. «Va-t-il se satisfaire de l'arrimage de la Crimée à la Russie où va-t-il chercher à pousser son avantage dans l'est de l'Ukraine?», se demande un diplomate à Bruxelles.

Pour plusieurs responsables européens, l'attitude de Moscou ces derniers jours ne prêtait pas à l'optimisme. «La Russie a jusqu'à présent bloqué toute option de sortie de crise, toute avancée vers une désescalade et veut apparemment établir une situation que nous ne pouvons accepter», a estimé dimanche le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier.

Dans le cas où la crise s'aggraverait, l'UE envisage de débloquer un troisième train de sanctions, jugées plus dommageables pour Moscou car portant sur les relations économiques et commerciales.

Les chefs d'État et de gouvernement des 28 auront l'occasion d'en discuter lors du sommet européen qui se tiendra jeudi et vendredi à Bruxelles.

Les milieux économiques, notamment allemands, s'inquiètent publiquement de telles sanctions. Le patron du géant de l'énergie EON, Johannes Teyssen, a ainsi mis en garde dans l'hebdomadaire Der Spiegel contre le risque d'«endommager inconsidérément» les relations avec la Russie, troisième partenaire économique de l'UE.

Le premier ministre bulgare, Plamen Orecharski, s'est également déclaré dimanche réticent, soulignant que plusieurs pays de l'Europe de l'Est, dont le sien, «seraient les plus grands perdants» en cas de sanctions.

La Bulgarie dépend en effet très largement de livraisons de gaz russe transitant par l'Ukraine pour son approvisionnement énergétique.

De son côté, la chancelière allemande Angela Merkel a souhaité que davantage d'observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) soient déployés en Ukraine, lors d'un entretien téléphonique, dimanche, avec M. Poutine, a annoncé la chancellerie.

John Kerry appelle Lavrov

Le secrétaire d'État américain John Kerry s'est de nouveau entretenu dimanche matin au téléphone avec son homologue russe Sergueï Lavrov et il a réaffirmé le caractère illégal du référendum organisé en Crimée pour son rattachement à la Russie.

«Les États-Unis ne reconnaîtront pas le résultat» de ce référendum, a dit M. Kerry tout en demandant que la Russie appuie les réformes constitutionnelles envisagées par l'Ukraine pour notamment protéger les droits des minorités et que ses soldats regagnent leurs bases, selon un communiqué du département d'État.

«Durant une conversation téléphonique avec le ministre des Affaires étrangères Lavrov ce matin, le secrétaire d'État Kerry a réaffirmé que les États-Unis considèrent le référendum en cours comme illégal selon la loi ukrainienne», indique le département d'État.

«Le secrétaire d'État a été clair sur le fait que cette crise ne peut être résolue que de manière diplomatique et que, alors que l'Ukraine prend les mesures politiques nécessaires, la Russie doit agir de son côté en faisant rentrer ses soldats dans leurs bases et en faisant baisser les tensions et les craintes d'affrontements militaires», ajoute le communiqué.

Un responsable du département d'État a ajouté que si la Russie veut agir concrètement pour apaiser les tensions dans la région, elle doit immédiatement répondre aux appels de la communauté internationale et faire rentrer ses soldats dans leurs bases. Elle doit aussi «cesser ses provocations militaires, notamment ses exercices dans l'est et le sud de l'Ukraine».

Selon Moscou, au cours de son entretien avec John Kerry, M. Lavrov a quant à lui «demandé à Washington d'user de son influence sur les autorités actuelles de Kiev, pour les conduire à prendre des mesures efficaces pour mettre fin à (...) l'arbitraire à l'égard de la population russophone».

Les deux hommes s'étaient déjà rencontrés à ce sujet vendredi à Londres pour une réunion de la dernière chance qui n'avait pas abouti.

Un million et demi d'électeurs de la péninsule ukrainienne de Crimée votent dimanche sur leur rattachement à la Russie lors d'un référendum dénoncé par les Occidentaux, mais soutenu par Moscou et dont le résultat ne fait aucun doute.

Le déploiement de troupes russes aux frontières au nom d'exercices militaires, doublé des discours à Moscou sur la nécessité de «protéger» les communautés russophones éveillent la crainte de nombreux Ukrainiens qui sont persuadés, malgré les dénégations de la diplomatie russe, que l'armée russe va faire entrer ses troupes dans l'est et le sud-est de l'Ukraine.

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