Breivik, nazi jusqu'à la mort, accuse la Norvège de vouloir le «tuer»

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Anders Behring Breivik

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Tuerie en Norvège

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Tuerie en Norvège

La Norvège, l'un des pays les plus sûrs au monde, a été frappée le 22 juillet par ses plus lourdes attaques depuis la Seconde Guerre mondiale. Une bombe a d'abord explosé au centre-ville d'Oslo, puis une fusillade a tourné au carnage, sur l'île d'Utoya, près d'Oslo. »

Pierre-Henry DESHAYES
Agence France-Presse
PRISON DE SKIEN

L'extrémiste de droite Anders Behring Breivik, qui a tué 77 personnes en Norvège en 2011, a transformé mercredi son procès contre l'État en tribune politique, jurant de «combattre» pour le nazisme «jusqu'à (sa) mort».

Au deuxième jour de son procès contre l'État sur ses conditions de détention, qui se tient dans le gymnase de la prison de Skien (sud) où il est détenu, Breivik est violemment passé à l'attaque, comme le redoutaient les victimes et leurs familles.

Mêlant l'anecdotique et le plus fondamental comme il en a l'habitude, il a accusé l'État de vouloir le «tuer» grâce à l'isolement carcéral, qu'il a qualifié de «torture» et «enfer».

Il a tout fait pour donner de l'écho à ses opinions racistes. «Je lutte pour le national-socialisme depuis 25 ans et je vais lutter pour lui jusqu'à ma mort», a déclaré l'extrémiste de 37 ans. Car «je suis national-socialiste depuis que j'ai 12 ans», a-t-il précisé, allégeance qu'il raconte avoir dissimulée jusqu'en 2014.

Il s'agissait de ses premières déclarations publiques depuis le procès de 2012 qui a abouti à sa condamnation à 21 ans de prison, peine susceptible d'être prolongée s'il reste considéré comme dangereux.

Lorsqu'il s'est présenté comme «secrétaire du parti politique État nordique», formation extrémiste qu'il essaie de monter depuis sa prison, la juge a souligné qu'il lui fallait s'en tenir à ses conditions de détention. Elle a dû abréger par la suite des digressions sur son idéologie et l'actualité, alors que la veille, elle l'avait rappelé à l'ordre après un salut nazi.

Se disant en guerre contre le multiculturalisme, Breivik avait le 22 juillet 2011 tué 77 personnes, huit en faisant exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo et 69 autres en ouvrant le feu sur un camp d'été de la Jeunesse travailliste.

Pendant plus d'une heure, il avait traqué près de 600 adolescents piégés sur l'île d'Utoya et terrifiés, achevant la plupart de ses victimes d'une balle dans la tête.

Par égard pour les familles et les survivants, mais aussi pour l'empêcher d'envoyer des signaux codés à ses sympathisants, la justice norvégienne interdit de diffuser tout extrait vidéo des propos du tueur. Mais la presse peut les retranscrire.

Ils ont ravivé des blessures, a écrit sur Twitter un survivant du massacre, Viljar Hanssen. «Il peut sembler rigolo d'écrire qu'il se plaint du café froid et des Fjordland «marque de plats cuisinés, mais je ne sais pas si c'est aussi rigolo pour les proches» des victimes.

Détenu qui se dit «exemplaire»

Seul représentant des familles à s'être déplacé, Freddy Lie peine à entendre les «plaintes» de l'assassin de sa fille Elisabeth, 16 ans, abattue sur Utoya.

Mais «c'est l'État de droit. Tout le monde a le droit d'être entendu», a-t-il déclaré à l'AFP. Au sujet des conditions carcérales du tueur, «toujours aussi fou» selon lui, M. Lie estime que celui-ci «a tout ce dont il a besoin. En fait, il en a déjà trop».

Breivik dispose de trois cellules, soit plus de 31 m2 répartis entre espace de vie, d'études et d'exercices physiques, avec télé et lecteur DVD, console de jeux, livres et journaux, puzzles, machine à écrire et appareils de musculation, ont fait valoir les représentants de l'État. Conditions plutôt confortables donc, à l'écart des autres détenus, mais qui selon lui ont altéré sa santé.

Breivik accuse la Norvège de violer deux dispositions de la Convention européenne des droits de l'Homme, l'une interdisant les «peines ou traitements inhumains ou dégradants», l'autre garantissant le «droit au respect de sa vie privée (...) et de sa correspondance».

Il a réclamé la fin de la censure sur son courrier, «des relations humaines», des droits de visite pour «au moins cinq amis et sympathisants», et la possibilité de faire publier ses écrits politiques. Il menace de «désobéissance civile» s'il n'obtient pas satisfaction.

Le détenu a mimé, accroupi et debout, les inspections corporelles (885 selon son décompte) qu'il juge «humiliantes» et «insensées».

«C'est compréhensible quand c'est justifié, par exemple quand il s'agit de personnes qui ont un passé violent ou quelque chose du genre, mais je me comporte de manière exemplaire depuis cinq ans», a-t-il dit. «Personne, je crois, ne sera surpris que je sois torturé. Il n'y a qu'à voir Guantanamo», prison américaine sur l'île de Cuba.

«J'ai commencé à adorer Paradise Hotel (émission de téléréalité), ce qui constitue une preuve évidente que je suis gravement atteint au cerveau», a-t-il raconté.

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