Une exposition consacrée au massacre perpétré par Breivik

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Sur un des lieux de la tragédie qui s'était soldée par la mort de 77 personnes, au rez-de-chaussée de l'immeuble gouvernemental que Breivik avait essayé de détruire au moyen d'une puissante bombe le 22 juillet 2011, l'exposition vise à lutter par la pédagogie contre l'extrémisme.

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Tuerie en Norvège

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Tuerie en Norvège

La Norvège, l'un des pays les plus sûrs au monde, a été frappée le 22 juillet par ses plus lourdes attaques depuis la Seconde Guerre mondiale. Une bombe a d'abord explosé au centre-ville d'Oslo, puis une fusillade a tourné au carnage, sur l'île d'Utoya, près d'Oslo. »

Ann USHER
Agence France-Presse
OSLO

Quatre ans jour pour jour après les sanglantes attaques commises par Anders Behring Breivik, la Norvège a inauguré mercredi un centre consacré au drame, dissipant les craintes qu'il devienne un Panthéon pour l'extrémiste de droite.

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«Je ne trouve pas que les restes du véhicule fassent tellement impression. Ils témoignent juste de la puissance de l'explosion», a confié Mme Solberg à l'AFP.

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À l'aide de photos, de caméras et téléphones portables abandonnés par les jeunes pris pour cible, l'accent est porté sur les victimes et les survivants, sur le procès et sur la façon dont la Norvège a serré les rangs après le massacre.

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Sur un des lieux de la tragédie qui s'était soldée par la mort de 77 personnes, au rez-de-chaussée de l'immeuble gouvernemental que Breivik avait essayé de détruire au moyen d'une puissante bombe le 22 juillet 2011, l'exposition vise à lutter par la pédagogie contre l'extrémisme.

«Cette année, la terreur a encore frappé en Europe, à Copenhague et à Paris», a déclaré la première ministre Erna Solberg, toute vêtue de noir, devant quelque 200 personnes rassemblées au pied de la tour. «Cette semaine, elle a frappé la jeunesse en Turquie», a-t-elle dit, évoquant l'attentat-suicide qui a fait au moins 32 morts à Suruç.

«Le centre d'information doit diffuser le savoir de façon à nous prémunir contre la haine, la violence et le terrorisme», a-t-elle souligné, au bord des larmes à plusieurs reprises.

Le 22 juillet 2011, Anders Behring Breivik, se disant en guerre contre le multiculturalisme, avait fait exploser une bombe de 950 kg au pied de la tour abritant les services du premier ministre - l'actuel secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg - absent à ce moment-là. L'attentat avait fait huit morts.

Puis, dans ce qui fut certainement la fusillade la plus meurtrière jamais commise par un seul homme en temps de paix, il avait ouvert le feu sur un rassemblement de la Jeunesse travailliste sur l'îlot d'Utoya, à une trentaine de kilomètres d'Oslo, tuant 69 autres personnes, pour la plupart des adolescents.

L'exposition avait par avance suscité un certain émoi parce qu'elle contient quelques - rares - objets utilisés par Anders Behring Breivik ce jour-là : les restes méconnaissables de la camionnette dans laquelle il avait dissimulé sa bombe ainsi que la carte d'identité factice et des insignes dont il s'était servi pour se faire passer pour un policier sur Utoya.

La semaine dernière, Tor Ostbo, dont l'épouse est morte dans l'explosion, avait dit redouter que les lieux ne soient un «temple de la renommée», une sorte de Panthéon, pour le tueur et un avocat de la partie civile au procès, John Christian Elden, s'était opposé à l'idée d'«un musée Breivik dans le complexe gouvernemental».

Cicatrices encore profondes

Mais le centre n'est rien de cela, selon ceux qui l'ont vu.

«Je ne trouve pas que les restes du véhicule fassent tellement impression. Ils témoignent juste de la puissance de l'explosion», a confié Mme Solberg à l'AFP. «Les impressions qui restent sont au contraire les images de résistance face à l'extrémisme».

Pour Lisbeth Kristine Royneland, présidente du groupe de soutien aux survivants et aux familles des victimes, qui a elle-même perdu sa fille de 18 ans sur Utoya, «c'est un centre qui retrace toute l'histoire de A à Z sans rien ajouter ni rien passer sous silence».

«Beaucoup étaient bien sûr sceptiques à cause des manchettes des journaux», mais «les retours ont été très positifs», a-t-elle dit après avoir visité le centre avant son ouverture avec environ 500 autres personnes frappées par la tragédie.

«Il n'est pas axé sur l'auteur des attaques», a-t-elle ajouté, renâclant comme beaucoup en Norvège à prononcer son nom.

À l'aide de photos, de caméras et téléphones portables abandonnés par les jeunes pris pour cible, l'accent est porté sur les victimes et les survivants, sur le procès et sur la façon dont la Norvège a serré les rangs après le massacre.

Les textes d'accompagnement sont des extraits du jugement qui a condamné Breivik à 21 ans de prison, peine maximale susceptible d'être prolongée s'il reste considéré comme une menace au terme de cette période. L'extrémiste n'a jamais affiché de remords pour son geste.

Sur Twitter, une rescapée d'Utoya, Elin L'Estrange, a recommandé «surtout à ceux qui redoutent un musée Breivik» de visiter l'exposition, «belle et digne» selon elle.

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La carte d'identité factice et des insignes dont Breivik s'était servi pour se faire passer pour un policier sur Utoya.

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Plus de 50% des parents des victimes trop traumatisés pour travailler

Malgré le temps écoulé, les cicatrices restent profondes en Norvège : plus de la moitié des parents de victimes n'ont toujours pas réussi à reprendre une activité professionnelle normale, selon une étude réalisée par le Centre de psychologie de crise de Bergen.

Plus de la moitié des parents des victimes d'Anders Behring Breivik restent trop traumatisés pour pouvoir travailler normalement, selon une étude parue à la veille du 4e anniversaire des attaques mercredi.

L'étude, à laquelle ont participé 86 parents des 69 personnes tuées sur l'île d'Utoya le 22 juillet 2011, montre que deux tiers d'entre eux souffrent de réactions traumatiques graves, comme des troubles de la concentration, de la mémoire ou du sommeil.

Des résultats, évalués 40 mois après l'attentat, qui n'étonnent pas l'une des auteurs de l'enquête, Kari Dyregrov, professeure au Centre de psychologie de crise de Bergen.

«Il s'agit de parents qui ont perdu leurs enfants, certains ayant même été en contact avec eux alors que l'auteur des attaques sillonnait l'île. C'est un fardeau extrêmement lourd à supporter, d'autant qu'ils ont ensuite été quotidiennement l'objet de l'attention des médias», a-t-elle dit à l'AFP.

Un tiers des mères et un quart des pères ayant participé à l'étude étaient en contact avec leurs enfants par téléphone et/ou textos au moment de la fusillade sur l'île. Dix mères et neuf pères avaient parlé au téléphone avec leurs enfants juste avant qu'ils ne soient tués.

«En l'espace d'un an, il y a eu les attaques, le procès, les commissions d'enquête (...) qui ont fait qu'ils ont dû différer leur travail de deuil. Celui-ci a été mis en sommeil. Ils n'avaient plus l'énergie ni la concentration nécessaires», a précisé Mme Dyregrov.

Une grande majorité des parents (89 % des mères et 85 % des pères) avaient assisté au procès en 2012 qui s'était traduit par la condamnation de Breivik à une peine de 21 ans de prison susceptible d'être prolongée.

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