Aide en Haïti: un record historique au Québec

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Depuis le séisme qui a fait plus de... (Photo: Martin Chamberland, La Presse)

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Depuis le séisme qui a fait plus de 250 000 morts le 12 janvier dans la Perle des Antilles, les Québécois ont versé au moins 66,2 millions de dollars aux organisations humanitaires et de développement qui portent secours aux sinistrés.

Photo: Martin Chamberland, La Presse

Laura-Julie Perreault
La Presse

Il y a eu le déluge du Saguenay en 1996. Et le tsunami de l'Océan indien en 2004. Mais aucun événement à ce jour n'a attisé  la générosité des Québécois autant que le tremblement de terre en Haïti.

Depuis le séisme qui a fait plus de 250 000 morts le 12 janvier dans la Perle des Antilles, les Québécois ont versé au moins 66,2 millions de dollars aux organisations humanitaires et de développement qui portent secours aux sinistrés.

Pour obtenir ce chiffre, La Presse a interrogé une trentaine d'organismes qui ont fait des collectes de fonds au lendemain de la catastrophe naturelle. La grande majorité d'entre eux ont affirmé que jamais, dans leur histoire, ils n'avaient amassé des sommes aussi importantes au Québec.

>>> L'aide humanitaire en graphiques

«Jamais les Québécois n'ont donné autant. Le lien historique et culturel avec Haïti a eu un grand impact», estime Michel Léveillé, directeur général de la section québécoise de la Croix-Rouge canadienne, grande championne toutes catégories des collectes de fonds dans les situations d'urgence.

Les particuliers et les entreprises ont donné 34 millions de dollars à cet organisme, battant la collecte record de 27 millions qui avait suivi le déluge du Saguenay. Les dons québécois pour Haïti relèguent aussi au troisième rang la somme de 17 millions amassée pour le tsunami de 2004.

Dans le reste du Canada, les collectes de fonds pour les victimes du tsunami restent inégalées. À l'époque, la Croix-Rouge canadienne avait recueilli 300 millions de dollars; elle a amassé 200 millions pour Haïti.

Ce séisme si proche

Joint à Léogâne, l'une des villes les plus dévastées par le séisme, Patrick Robitaille, un Montréalais qui y coordonne la construction d'abris, offre sa propre explication: «En général, plusieurs facteurs déterminent la générosité des Québécois. La couverture médiatique et la proximité géographique et culturelle en font partie. Haïti est un exemple éloquent. Les images chocs et le nombre de morts ont frappé l'imagination. Au plan culturel, la proximité est aussi très grande, notamment à cause du fait français, mais surtout parce que les Haïtiens sont une partie intégrante de la société québécoise», soutient le travailleur humanitaire qui, dans le cadre d'une recherche universitaire, a étudié les mécanismes de a générosité.

Faire son poids

Les sommes versées par les Québécois représentent environ 25% des sommes recueillies dans tout le Canada, soit l'équivalent du poids démographique du Québec dans le Canada (environ 23%).

Selon notre compilation auprès des grandes organisations humanitaires, plus de 254 millions de dollars ont été amassés d'un océan à l'autre pour Haïti, dont 220 millions dans le mois qui a suivi le séisme.

Ceux qui s'intéressent au comportement des donateurs québécois y voient une petite révolution. Traditionnellement, les Québécois donnent beaucoup moins que les autres Canadiens aux organismes à but non lucratif. À titre d'exemple, en 2007, alors que les Canadiens ont déclaré à Revenu Canada plus de 8 milliards en dons de charité, les Québécois n'en ont déclaré que le dixième. «Les Québécois sont généreux, mais différents du reste du Canada», explique Nicolas Moyer, coordonnateur de la Coalition humanitaire, qui amasse des fonds pour CARE, Oxfam et Aide à l'enfance lors de situations d'urgence.

«Longtemps, les Québécois ont donné à l'Église catholique, qui s'occupait à la fois de l'éducation, des hôpitaux et des plus démunis. Après la Révolution tranquille, les Québécois ont donné à l'État en s'attendant à une redistribution. Avec cette mentalité, il a fallu un certain temps avant que les Québécois donnent aux organismes à but non lucratif, note-t-il. Dans le reste du Canada, la mentalité, plus protestante, est différente. Les gens se méfient davantage de l'État et préfèrent choisir à qui ils vont donner.»

Présidente désignée de l'Association of Fund-Raising Professionals, une association de professionnels de la co llecte de fonds, Susan Reitz estime que le cas haïtien démontre un changement de tendance... et de génération. «Les Québécois donnent de plus en plus et sont plus structurés dans leurs dons. Et contrairement aux baby boomers, qui donnent surtout à des organismes de santé, les générations X et Y donnent davantage aux causes internationales», soutient celle qui se spécialise depuis 20 ans dans les campagnes de financement.

Elle note aussi que les dons aux organisations humanitaires s'ajoutent à l'argent que les quelque 100 000 Québécois d'origine haïtienne ont fait parvenir à leurs proches affectés par le tremblement de terre. Cette somme n'a pas encore été comptabilisée, mais elle pourrait représenter plusieurs dizaines de millions de dollars et modifier passablement le portrait de la générosité québécoise.

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