Nucléaire iranien: Washington et Londres tentent de calmer les inquiétudes

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Le guide suprême iranien Ali Khamenei

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Stéphane BARBIER
Agence France-Presse
Téhéran

Londres et Washington cherchaient jeudi à calmer les craintes exprimées par plusieurs pays sur l'accord nucléaire avec la République islamique, alors que le guide suprême Ali Khamenei conseillait la méfiance vis-à-vis de «certaines» grandes puissances ayant participé aux négociations.

Dans une lettre au président iranien Hassan Rohani rendue publique jeudi, le guide suprême reconnaît que la conclusion de l'accord mardi à Vienne était «une étape majeure», mais il appelle M. Rohani à «faire attention à une possible violation par les autres parties de leurs engagements».

«Vous savez très bien qu'on ne peut pas du tout faire confiance à certains des six États participant aux négociations», l'avertit-il.

Il n'a pas précisé à quels Etats il faisait allusion parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (États-Unis, France, Grande-Bretagne, Chine, Russie) et l'Allemagne, tous signataires de cet accord historique conclu à l'issue de près de deux ans de négociations.

Ali Khamenei, guide religieux et politique, plus haute autorité d'Iran sans le feu vert duquel l'accord n'aurait jamais pu avoir lieu, exprime régulièrement sa méfiance à l'égard des États-Unis.

Diplomatie ou guerre

Le président américain Barack Obama a mis au défi ceux qui s'opposent à l'accord, en Israël et au Congrès américain, de proposer une solution pour empêcher l'Iran de fabriquer une bombe atomique.

«Il n'y a en réalité que deux voies: soit la voie diplomatique, soit la force, c'est-à-dire la guerre», a-t-il lancé mercredi.

La première confrontation de son administration avec un Congrès sceptique aura lieu jeudi prochain. Les secrétaires du Trésor et de l'Énergie ainsi que le chef de la diplomatie, John Kerry, participeront ce jour-là à une audition au Sénat.

Soucieux de rassurer ses alliés dans la région, Israël et les monarchies sunnites du Golfe --qui s'inquiètent de la montée en puissance de leur puissant voisin chiite-, M. Obama a promis la vigilance, tout en soulignant que l'Iran avait un rôle important à jouer, en particulier dans le conflit en Syrie.

Son secrétaire d'État John Kerry a d'ailleurs annoncé qu'il se rendrait le 3 août dans les pays du Golfe.

Signe des craintes de ces pays, le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir a mis en garde jeudi l'Iran contre toute tentative d'utiliser l'argent généré par la levée des sanctions économiques pour financer des «aventures dans la région».

L'accord doit rendre quasiment impossible la fabrication par l'Iran d'une bombe atomique, tout en lui assurant le droit de développer une filière nucléaire civile, en échange d'une levée progressive et réversible des sanctions adoptées depuis 2006 par l'ONU, les États-Unis et l'Union européenne, qui brident son économie.

L'Iran, qui a toujours démenti vouloir se doter de la bombe atomique, restera sous la menace d'un rétablissement quasi automatique des sanctions internationales pendant quinze ans si Téhéran ne tient pas ses engagements, ont précisé les grandes puissances dans un document envoyé à l'ONU.

Convaincre Israël

De son côté, le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond s'est rendu en Israël, qu'il a tenté de rassurer en affirmant jeudi que des «mesures solides» étaient en place pour empêcher Téhéran de développer l'arme atomique.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, très hostile à l'accord, a appelé son interlocuteur à demander à l'Iran de cesser ses «appels au génocide».

Lors d'un entretien téléphonique avec le président Rohani, le premier ministre britannique David Cameron a confirmé qu'il souhaitait rouvrir l'ambassade britannique en Iran fermée depuis 2011. Elle avait été mise à sac par des manifestants hostiles au durcissement des sanctions de Londres contre l'Iran.

«Ils ont parlé de la façon dont l'accord ouvrait la voie à des relations renforcées», a indiqué la porte-parole de M. Cameron, citant la réouverture de l'ambassade, et la «lutte contre la menace» que représente le groupe djihadiste État islamique.

De son côté, Paris jugera «sur pièces» la future politique extérieure de l'Iran après l'accord, a déclaré jeudi le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, qui doit se rendre prochainement à Téhéran.

Outre l'ouverture diplomatique, l'Iran, dont l'économie a beaucoup souffert des sanctions, s'attend à une ruée de responsables politiques et hommes d'affaires vers ce marché prometteur dès la mise en application de l'accord, qui va cependant prendre encore plusieurs mois.

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