De nouveaux documents saisis lors du raid contre ben Laden révélés

Oussama ben Laden, photographié en Afghanistan, en avril... (Archives AP)

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Oussama ben Laden, photographié en Afghanistan, en avril 1998.

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Mort de ben Laden
Mort de ben Laden

Le 2 mai 2011, le mythique chef d'Al-Qaïda Oussama ben Laden était éliminé par des soldats d'élite des Navy SEALs dans sa villa pakistanaise d'Abbottabad. »

Agence France-Presse
WASHINGTON

Les États-Unis ont déclassifié de nouveaux documents saisis dans la maison d'Abbottabad (Pakiskan) lors du raid américain de 2011 qui a tué Oussama ben Laden.

Une centaine de nouveaux documents, sélectionnés et traduits par les services américains de renseignement, apportent de nouveaux éclairages sur l'état d'esprit du chef d'Al Qaïda, ses réflexions tactiques, ou sa grande attention à l'image publique du réseau. En voici quelques aperçus:

MARQUER LE 10E ANNIVERSAIRE DU 11-SEPTEMBRE

Oussama ben Laden voulait marquer avec éclat le dixième anniversaire des attentats du 11-Septembre, en 2011, en lançant une grande campagne médiatique.

«Nous attendons le dixième anniversaire des attaques bénies sur New York et Washington qui sera dans neuf mois», écrit Oussama ben Laden dans une lettre non datée, mais qui, vu la référence, se situerait quelque part en décembre 2010.

«Vous êtes bien conscient de son importance et de l'importance qu'il y a à tirer avantage de l'anniversaire dans les médias afin d'honorer les victoires des musulmans et afin de communiquer aux gens ce que nous voulons communiquer», poursuit-il dans cette lettre, dont le destinataire n'est pas clairement précisé.

Cette lettre figure parmi des centaines de documents qui ont été rendus publics mercredi par les autorités américaines et consultés par l'AFP. Ils ont été saisis lors du raid le 2 mai 2011 des forces spéciales américaines ayant tué le chef d'Al-Qaïda, qui vivait caché à Abbottabad, au Pakistan.

Il n'était pas possible de vérifier indépendamment l'origine des documents ni leur traduction en anglais.

Il y indique encore être «en correspondance avec des frères afin qu'ils fournissent à la chaîne Al-Jazeera plusieurs déclarations lorsque la chaîne commencera sa couverture (de l'anniversaire) le 1er septembre».

Le dirigeant d'Al-Qaïda, dont la logistique pour communiquer vers l'extérieur devenait de plus en plus difficile au fil des années, se plaint même d'avoir envoyé un «enregistrement vidéo il y a environ deux mois, mais qui n'a pas encore été diffusé dans les médias». Et il ajoute : «je prévois de le refaire avant de le diffuser».

Dans un autre document daté du 5 avril 2011, soit moins d'un mois avant sa mort, un certain «Mahmoud» écrit à ben Laden et lui fait des recommandations sur le message qu'il devrait adresser à l'occasion du dixième anniversaire.

Le message «devrait contenir des instructions et des rappels à la jeunesse et au pays entier. Il devrait être générique et ne pas s'attarder aux détails (...) et appeler à la poursuite du djihad», écrit-il à ben Laden.

Ben Laden a été tué le 2 mai 2011 soit un peu plus de quatre mois avant la date anniversaire des attentats.

Le réseau Al-Qaïda devait mettre en ligne le 12 septembre 2011 une vidéo avec des images de ben Laden et un message de son successeur l'Égyptien Ayman al-Zawahiri. La partie de la vidéo concernant Oussama ben Laden était un message trouvé par les forces américaines lors de l'assaut, où il promettait aux Américains de «finir comme les esclaves» de multinationales et de «l'argent juif».

Les attentats du 11 septembre 2001 revendiqués par Al-Qaïda ont fait près de 3000 morts.

L'OBSÉDANTE SÉCURITÉ

Un ciel bas et lourd pour échapper aux drones et la crainte de minuscules détecteurs injectables: la sécurité était une obsession pour Oussama ben Laden.

Ainsi, dans une lettre datée du 26 septembre 2010, ben Laden donne des instructions précises pour que son épouse puisse le rejoindre sans le trahir par mégarde.

«Avant qu'Oum Hamzah n'arrive ici il est indispensable qu'elle laisse tout derrière elle, y compris vêtements, livres, tout ce qu'elle possédait en Iran. Tout ce qu'une aiguille peut éventuellement pénétrer», écrit-il avant d'expliquer: «Des puces (électroniques, NDLR) ont été développées récemment pour espionner, si minuscules qu'elles peuvent facilement être cachées dans une seringue».

«Et comme on ne peut pas faire confiance aux Iraniens, il est possible d'implanter une puce dans certaines des affaires que vous avez apportées avec vous», affirme-t-il.

Il ne se doute pas que la CIA surveille déjà sa résidence secrète au Pakistan.

Oum Hamzah - la Saoudienne Khairiah Sabar - était l'une des trois épouses présentes lors du raid de commandos américains sur la résidence secrète de ben Laden à Abbottabad. Elle a été arrêtée par les autorités pakistanaises après le raid.

Dans une autre lettre, non datée, ben Laden résume sa philosophie en matière de sécurité: ça marche si on ne dévie jamais des instructions.

«Les procédures de sécurité dans notre situation doivent être appliquées à tout moment et il n'y a aucune marge d'erreur», souligne-t-il.

Garde tes ordonnances

Au fil des documents, ben Laden ou ses lieutenants multiplient les conseils pratiques.

«Nous ne pouvons aller voir des médecins, prends donc tes précautions, en particulier pour tes dents, et garde les ordonnances de tous les médecins que tu vas voir pour que nous puissions avoir les médicaments quand tu nous auras rejoints», écrit le chef d'Al-Qaïda.

«En ce qui concerne l'utilisation d'internet pour correspondre, on peut le faire pour des messages très généraux, mais le secret dont doit s'entourer le moudjahid ne permet pas de l'utiliser, les coursiers étant le seul moyen», peut-on encore lire dans un échange entre «OBL» et l'un de ses lieutenants.

L'un d'eux répond en substance que c'est quand même pratique.

«C'est très compliqué. Comment fait-on pour communiquer en Algérie, Irak, Yémen et en Somalie? Parfois il n'y a pas d'autre moyen, si on prend ses précautions», écrit le numéro deux du groupe, Atiyah Abd al Rahman, dit Mahmoud.

Il recommande aussi de détruire les «puces électroniques» qui circulent entre lui et son chef et de les changer régulièrement.

Non sans arrogance, ben Laden estime que «les faits prouvent que la technologie américaine et des systèmes sophistiqués ne peuvent pas capturer un moudjahid si aucune violation des règles de sécurité ne mène à lui».

Pour illustrer la chose, son numéro deux évoque la mort par «bombardement» d'une vingtaine de combattants, et se lamente qu'ils n'aient pas suivi les consignes : pas plus de cinq réunis à la fois, rappelle-t-il.

Mais cette technologie et en particulier les avions sans pilotes armés de missiles de la CIA font des dégâts dans l'organisation et limitent les déplacements.

Les vols de drone au-dessus du Pakistan, qui se sont fortement intensifiés sous la présidence de Barack Obama, ont coûté la vie à de nombreux militants (et des centaines de civils) et forcé les autres à constamment scruter le ciel.

Dans une lettre à ben Laden datée du 24 novembre 2010, Mahmoud, évoque «un ciel nuageux clément» avant de lancer la femme du chef sur les routes. Ironie du sort, il sera lui-même tué en août 2011, quelques mois après ben Laden, par un drone armé au Pakistan, sans doute opéré par la CIA.

-Avec Christophe Vogt

Une photocopie d'une version traduite par la CIA... (PHOTO AFP) - image 4.0

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Une photocopie d'une version traduite par la CIA d'un formulaire de recrutement d'Al-Qaïda, fournie à l'Agence France-Presse. 

PHOTO AFP

BEN LADEN, DIRECTEUR DES RESSOURCES HUMAINES

Gérer une organisation comme Al-Qaïda n'est pas une mince affaire. Oussama ben Laden en était conscient et administrait le réseau international en véritable directeur des ressources humaines.

«S'il vous plaît, remplissez les informations requises précisément et honnêtement. Écrivez de manière claire et lisible. Nom, âge, situation maritale. Voulez-vous commettre un attentat suicide?»

Le formulaire de recrutement de la nébuleuse commence par les habituelles questions d'état civil, mais dérape vite: «Qui devons-nous contacter si vous devenez un martyr?»

Ce document, qui porte l'entête de «la Commission de sécurité, Organisation Al-Qaïda», figure parmi des centaines de pages qui ont été déclassifiées mercredi par les autorités américaines.

Recruter un réseau international de djihadistes lorsqu'on est l'homme le plus recherché du monde, traqué par les drones américains ou retranché dans une villa d'Abbottabad, nécessite de l'organisation.

Les documents, pour la plupart des notes internes ou des brouillons de discours jamais prononcés, donnent à voir un ben Laden obsédé par l'administration.

«Science de l'administration»

«L'une des spécialités dont nous avons besoin et que nous ne devons pas négliger est la science de l'administration», peut-on lire dans une note qui appelle à des formations professionnelles.

Il appelle à l'entraînement des plus motivés, avec les plus fortes convictions religieuses et surtout les diplômés, dans des lieux sûrs au Pakistan.

«Il faut être pieux et patient», insiste une note d'organisation, qui rend hommage à la discrétion de ceux ayant commis les attentats de 1998 contre l'ambassade américaine à Nairobi.

«Toute personne qui manifeste de l'ennui, qui ne finit pas les tâches qui lui sont assignées et qui s'énerve vite, nous devons la retirer des missions extérieures. Au Kenya, les frères sont restés dans la maison pendant 9 mois».

Le chef d'Al-Qaïda explique ne pas avoir besoin de connaître les détails de ces «missions extérieures», titre donné aux attaques contre les intérêts occidentaux.

«Mais quand les missions extérieures étaient retardées, j'étais obligé de m'intéresser à la question», déplore-t-il dans une autre note.

Et pour cause, les événements ne se passent pas toujours comme prévu. Dans un document qui, selon les analystes de la CIA, aurait été rédigé par Oussama ben Laden ou un haut responsable d'Al-Qaïda, le groupe s'inquiète du déploiement trop rapide de certaines recrues.

«Les autres frères sont nouveaux et nous nous précipitons pour les envoyer très vite, avant que leur sécurité ne soit en jeu ou que leurs documents ne soient expirés».

Le cas d'un volontaire, resté seulement deux mois dans les rangs d'Al-Qaïda avant de retourner dans un pays occidental, est par exemple cité.

«Nous lui avons fourni une formation en explosifs et il est rentré (...) et nous n'avons plus entendu parler de lui depuis», s'inquiète l'auteur de la note.

Lorsque l'organisation s'est retrouvée dans une situation délicate, avec les djihadistes expérimentés qui ont combattu en Afghanistan dépourvus de documents de voyages, car connus des services de renseignement étrangers, ben Laden y a apporté une réponse étonnement digne d'un administrateur: «Nous avons besoin d'un département pour le développement et l'organisation».

Pour éviter d'envoyer de nouvelles recrues qui manquaient d'expérience, le groupe a même prévu de charger un lieutenant de lancer des recherches de djihadistes et d'enseigner les meilleures pratiques de combat dans un centre d'excellence.

«Nous enverrons quelques frères brillants (...) étudier à l'université», ajoute une note, promettant de créer une nouvelle génération de moudjahidin, diplômés en sciences politiques, économie ou ingénierie.

Des chimistes également, pour la «fabrication d'explosifs, ce pour quoi nous avons un besoin urgent».

Mais aussi des spécialistes des médias et de la communication.

-Avec Dave Clark

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