Michael Bloomberg: la tentation d'un milliardaire

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Michael Bloomberg rêve de trouver au centre de l'échiquier politique américain un électorat assez important pour lui permettre d'être élu à la Maison-Blanche.

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Richard Hétu

Collaboration spéciale

La Presse

(New York) Qu'arrive-t-il lorsqu'un milliardaire de descendance allemande, un démocrate socialiste juif et un milliardaire juif, tous liés à New York par leur naissance ou leur résidence, s'affrontent à l'occasion d'une élection présidentielle américaine?

Non, ce n'est pas l'amorce d'une blague de Woody Allen. C'est une question qui découle des victoires remportées par Donald Trump et Bernie Sanders lors des primaires du New Hampshire ainsi que des signaux envoyés aux médias par Michael Bloomberg.

Il y a une semaine, l'ancien maire de New York a confirmé la rumeur que son entourage avait ébruitée le mois dernier : il jongle avec l'idée de briguer la Maison-Blanche en 2016 à titre de candidat indépendant. Et la possibilité que le natif de Queens (Trump) et le fils de Brooklyn (Sanders) remportent l'investiture de leur parti respectif pour la présidence pèsera dans la décision du New-Yorkais d'adoption (Bloomberg).

Quant à la réponse à la question qui a des allures de blague ethnique, la voici: Michael Bloomberg aurait de bien meilleures chances d'aider Donald Trump et de frustrer Bernie Sanders que de gagner lui-même l'élection présidentielle. Et voici pourquoi, selon Kyle Kondik, analyste politique à l'Université de Virginie.

«Si Bloomberg se lançait dans la course, il récolterait au départ de 20 à 25% des intentions de vote dans les sondages, dit-il. Mais compte tenu de la polarisation de l'électorat américain, nous ne croyons pas qu'il obtiendrait une part de votes aussi grande à l'occasion du scrutin. Les électeurs jugeraient probablement qu'un vote pour Bloomberg est un vote gaspillé.»

Mais ceux qui finiraient par voter quand même pour Bloomberg auraient été plus susceptibles d'appuyer Sanders que Trump, selon Kondik. L'expert rappelle que l'ancien maire de New York est notamment en faveur du mariage gai, de l'avortement, de la lutte contre le réchauffement climatique et d'un plus grand contrôle des armes à feu.

En dernière analyse, Michael Bloomberg finira peut-être par reconnaître la validité des arguments de Kyle Kondik et de plusieurs autres spécialistes. En attendant, l'homme de 74 ans ne cache pas son dédain pour ce qu'il entend depuis le début de la campagne présidentielle.

«Je trouve le niveau des discours et des débats désespérément banal et insultant pour les électeurs», a-t-il confié au Financial Times la semaine dernière, en précisant que les Américains «méritaient mieux».

De toute évidence, Michael Bloomberg ne manque pas d'estime de soi. Il manque encore moins d'argent. Selon le New York Times, il serait prêt à dépenser 1 milliard de dollars pour financer sa campagne présidentielle, une goutte d'eau dans une fortune personnelle estimée à 39 milliards de dollars.

Une décision sous peu?

Mais il n'a pas tout son temps. Pour s'assurer que son nom apparaisse sur les bulletins de vote de tous les États à titre de candidat indépendant, processus qui nécessite 100 000 signatures ou plus dans certains États, il doit confirmer au début du mois de mars sa candidature éventuelle. Sa décision finale sera notamment influencée par les résultats des deux prochaines étapes de la course à l'investiture démocrate - les caucus du Nevada, le 20 février, et la primaire de la Caroline-du-Sud, le 27 février.

L'histoire des candidats indépendants à la présidence n'a pourtant rien d'encourageant pour Bloomberg.

En 1992, par exemple, Ross Perot avait mené une forte campagne et récolté 19% des votes. Mais le milliardaire texan avait surtout privé George Bush père d'un deuxième mandat en lui soutirant une partie importante de l'électorat républicain. En 2016, Michael Bloomberg fera peut-être le bonheur des républicains en infligeant le même tourment aux démocrates.

Bien sûr, le fondateur de l'empire médiatique Bloomberg LP ne sera pas guidé dans sa décision seulement par des arguments rationnels. Certains le disent jaloux du succès remporté par Trump, pour lequel il n'a pas une haute estime. Petit de taille, mine sévère, tribun médiocre, il ne s'illusionne pas sur son propre charisme. Mais il rêve de trouver au centre de l'échiquier politique américain un électorat assez important pour lui permettre d'être élu à la Maison-Blanche.

«À la question: "Est-ce que Bloomberg se lancera dans la course?", je répondrais: "Probablement pas"», dit Kyle Kondik. «Mais il est milliardaire. Et il pourrait se réveiller un matin et décider, hé, je veux le faire!».

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