Revendications de l'EI: le doute s'installe

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«Aujourd'hui Daech (acronyme en arabe de l'EI) a tendance à revendiquer tous les attentats, parce qu'ils se sont réduits militairement et donc il faut qu'ils continuent à avoir une affirmation dans l'espace médiatique» a déclaré mardi matin le ministre français de l'Intérieur Gérard Colomb. «Donc pour eux tout est bon à revendiquer».

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

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Michel MOUTOT
Agence France-Presse
Paris

Le groupe État islamique a longtemps eu la réputation de ne revendiquer que des attentats qu'il avait organisés ou inspirés. Mais au cours des derniers mois, en déroute sur le terrain, sa fiabilité est mise en doute, assurent officiels et experts.

L'affirmation de l'EI selon laquelle le tireur de Las Vegas Stephen Paddock, riche comptable à la retraite habitué des casinos, était en fait «Abou Abdelberr l'Américain», «soldat du califat» récemment converti à l'islam en mission vengeresse a été accueillie avec scepticisme par les enquêteurs et les services spécialisés.

Le FBI s'est empressé de publier un communiqué dans lequel il déclarait n'avoir établi «aucun lien à ce stade» entre le tueur du Mandalay Bay «et un groupe terroriste international».

«Aujourd'hui Daech (acronyme en arabe de l'EI) a tendance à revendiquer tous les attentats, parce qu'ils se sont réduits militairement et donc il faut qu'ils continuent à avoir une affirmation dans l'espace médiatique» a déclaré mardi matin le ministre français de l'Intérieur Gérard Colomb. «Donc pour eux tout est bon à revendiquer».

La procédure d'authentification d'une attaque ou d'une tentative, même déjouée ou avortée, a longtemps été immuable: avant de passer à l'action, voire pendant l'attentat si c'était possible, le djihadiste devait faire allégeance au chef du groupe, le «calife» autoproclamé Abou Bakr-al-Bagdadi et revendiquer son action au nom du djihad.

À défaut, laisser en évidence, à son domicile ou dans sa voiture, un drapeau noir de l'EI peut suffire. Un enregistrement audio ou vidéo peut être enregistré, mis en ligne ou envoyé à un correspondant chargé de le publier.

Avec l'attentat de Nice en juillet 2016, au cours duquel 86 personnes ont été tuées par un Tunisien de 31 ans fonçant dans la foule avec un camion, apparaissent les premiers doutes. L'EI s'est empressé de revendiquer l'attaque, qui a eu un effroyable retentissement, mais depuis rien n'a permis de relier Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, le conducteur du poids lourd, à l'EI ou à la mouvance djihadiste.

«Tout ce qu'il voit»

«Ce massacre ne relevait pas du djihadisme, l'auteur avait des problèmes mentaux énormes» affirme à l'AFP Farhad Khosrokhavar, de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). «Mais personne ne vous écoute. Il y a des moments où les sociétés sont aveuglées. Et elles font du coup le jeu de Daech».

Alors que les défaites militaires s'enchaînent sur le terrain, en Syrie et en Irak, et que l'emprise du «califat» sur le terrain se réduit comme peau de chagrin, les revendications douteuses se multiplient.

Le 17 septembre, la passagère quinquagénaire d'un vol Paris-Londres au départ de l'aéroport de Roissy se voit refuser l'accès à bord. Elle lance que l'avion va exploser, entraînant son arrestation, l'évacuation de l'appareil, qui repartira après une fouille en règle.

Le lendemain le journal en ligne al-Naba, publié par l'EI, affirme, contre toute évidence, qu'un de ses «détachements de sécurité» a réussi à poser des explosifs dans l'aérogare, qui ont hélas été «découverts par les forces croisées».

Pour Paul Cruickshank, du Combating Terrorism Center de West Point, «l'EI a au cours des derniers mois faussement revendiqué des attaques et des incidents qui n'avaient aucun lien avec le djihadisme (...) Cherchant désespérément à attirer l'attention, ils vont revendiquer à peu près n'importe quoi, sachant que leurs sympathisants ne croient ni le gouvernement ni les médias».

Évoquant le tueur de Las Vegas, Shiraz Maher, expert en radicalisation islamiste au King's College de Londres, a estimé que «si le gars est un converti et a été en contact avec l'EI, quelqu'un le saura. Des amis, des parents, les forces de l'ordre devront faire la lumière là-dessus».

Pour le spécialiste des mouvements islamistes Mathieu Guidère, la déroute de l'EI sur le terrain, et la perte de ses bastions comme Mossoul et Raqa, explique une certaine improvisation dans les revendications.

«Aujourd'hui, celui qui publie les communiqués de l'agence Amaq (organe de propagande de l'EI) est derrière sa télévision, regarde CNN ou Al Jazeera et revendique», dit-il à l'AFP. «Nous ne sommes plus devant des gens qui demandent des preuves. Il a tendance à revendiquer à peu près tout ce qu'il voit».




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