Après Tal Afar, les forces irakiennes redorent leur blason

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Formés par des armées étrangères, dont américaine et française, les Irakiens «ont énormément gagné en capacité de combat et en coordination en un an», affirme à l'AFP un responsable militaire français sous couvert d'anonymat.

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Agence France-Presse
Bagdad

En reprenant Tal Afar lors d'une bataille éclair après Mossoul, les forces irakiennes ont marqué des points trois ans après leur débâcle face aux djihadistes. Mais elles font aujourd'hui face à de nouveaux défis, estiment responsables et experts.

En 2014, policiers et soldats abandonnaient leurs postes avant même l'arrivée des hommes du groupe État islamique (EI), qui s'emparaient, sans grand combat, de près d'un tiers de l'Irak.

Trois ans plus tard, le premier ministre de l'époque, Nouri al-Maliki, a été remplacé et son successeur, Haider al-Abadi, répète régulièrement que l'État irakien est de retour, plus fort et mieux organisé.

Aujourd'hui, ce politicien chiite au physique râblé semble avoir gagné son pari: sous son commandement, et avec l'appui de la coalition internationale emmenée par les États-Unis, l'Irak a repris Tikrit, Ramadi, Fallouja, puis Mossoul, entre autres.

«Nos plans de bataille s'enseignent désormais dans des académies militaires», notamment les tactiques de guérilla urbaine et de déminage, s'enorgueillit auprès de l'AFP le général Saad Maan, porte-parole du ministère de l'Intérieur.

Formés par des armées étrangères, dont américaine et française, les Irakiens «ont énormément gagné en capacité de combat et en coordination en un an», affirme à l'AFP un responsable militaire français sous couvert d'anonymat.

Ils ont mené à bien «un combat qui aurait été un défi pour n'importe quelle armée au monde», renchérit le brigadier général Andrew A. Croft, commandant en second de l'aviation de la coalition.

Cela a «renforcé la confiance des forces et leurs capacités à combattre», affirme-t-il à l'AFP. Les différentes forces ont également «réalisé qu'avancer simultanément en coordonnant leurs actions était plus efficace».

En neuf mois de combat à Mossoul, la «plus dure guérilla urbaine depuis la 2e guerre mondiale» par un général américain, les troupes irakiennes ont subi de lourdes pertes.

Mais, alors qu'elles n'ont plus que Hawija (au nord de Bagdad) et trois villes de l'ouest désertique à reprendre, elles ont retrouvé «la confiance de leurs concitoyens et à l'international», souligne l'expert irakien Jassem Hanoun.

«Pas la fin du danger»

Mais, prévenait récemment le ministre des Affaires étrangères Ibrahim al-Jafaari, «la victoire en Irak ne signifie pas la fin du danger de l'EI».

Évoquant la poursuite de la coopération militaire, il indiquait que l'Irak aurait «besoin de «sécurité préventive» contre les cellules terroristes travaillant dans l'ombre».

«L'EI va revenir à son mode opératoire du début et viser zones résidentielles et marchés», affirme M. Hanoun à l'AFP. Or, «les services de sécurité ne sont pas au niveau», faute d'organisation et de transparence.

La question de la poursuite du soutien et de la présence internationale en Irak est aujourd'hui brûlante pour Bagdad, la coalition et surtout Washington qui finalisait en 2011 son retrait après l'invasion de 2003.

Pour le brigadier général Croft, les Irakiens «ont prouvé qu'ils étaient capables d'agir contre l'EI: la stratégie est qu'ils soient à la manoeuvre et que nous les soutenions».

Mais la coopération avec les Américains se heurte à une question majeure: que deviendra le Hachd al-Chaabi, dominé par les milices soutenues par l'Iran?

La majorité des leaders chiites plaident pour maintenir ces unités paramilitaires, actuellement sous le commandement du premier ministre, dans leur forme actuelle.

«Les milices paramilitaires ont problématiquement accompagné l'exercice du pouvoir en Irak depuis les années 1930», rappelle Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou, professeur d'Histoire internationale au Graduate Institute à Genève.

«Volet confessionnel» et question kurde

Le Hachd, dit-il à l'AFP, «n'est que le dernier avatar d'une configuration politico-sécuritaire nationale qui s'est doublée d'un volet confessionnel après 2003».

Pour ce spécialiste de l'Irak, son existence est «un aveu d'échec d'une armée formée par les administrations américaines à grand renfort de moyens financiers et matériels depuis 14 ans».

Ce «volet confessionnel» ainsi que des exactions dénoncées par des ONG des droits de l'Homme, par les forces gouvernementales et paramilitaires, compliqueront la tâche des autorités, prédit-il. «Les haines confessionnelles ont été remises en selle» alors même que Bagdad s'attelle à regagner la confiance des sunnites, minoritaires et écartés des rouages du pouvoir depuis la chute en 2003 de Saddam Hussein.

L'Irak se trouve également face à un rendez-vous décisif: le référendum kurde sur l'indépendance prévu le 25 septembre.

Et alors que la bataille anti-EI a retardé de nombreuses échéances, Bagdad a annoncé des élections législatives et provinciales au printemps 2018.

Un test pour M. Abadi qui a «fait des succès militaires un argument de vente», explique à l'AFP Kirk Sowell, qui publie Inside Iraqi Politics.

Son aura pourrait toutefois pâtir des difficultés engendrées par la chute des cours du pétrole qui «pourraient peser plus lourd» que les victoires militaires pour les électeurs.




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